Capitalisme déchainé

Il semble qu’Hegel ait vu juste : le changement tend à procéder par opposés.

La « supply chain » était l’alpha et l’omega de l’économie mondiale. Soudainement, elle est son talon d’Achille.

On découvre que la libre circulation du virus lui est consubstantielle ; que les Russes et les Chinois sont des puissances impérialistes, qui s’en servent comme arme ; et il y a le pétrole, qui n’en finit pas de changer de prix… Ce qui semblait stable, « aller de soi », fait du yoyo. On ne peut plus compter sur rien.

Mais, faire et défaire, c’est toujours travailler. Qu’à cela ne tienne : l’entreprise doit modifier sans cesse ses canaux d’approvisionnement. Par la simulation. Un nouveau marché pour l’édition de logiciel. En particulier.

A-t-on gravement sous-estimé la résilience du capitalisme ? Schumpeter avait-il raison : la destruction créative est son principe de vie ? Grâce à elle, il peut croître sans jamais toucher le ciel ?

Là où il avait peut-être tort était la façon de résister à ses crises : le monopole. Ce que l’on appelle maintenant « open innovation », ou « web 3.0 » (l’innovation par constitution d’alliances opportunistes) paraît plus résilient. Adieu les dinosaures, Etats totalitaires et multinationales ?

Dommage que nos grands esprits pensent tout savoir sur le changement ? Il y aurait une question à étudier ? Et ce serait peut-être bon pour leur santé ?

L’intellectuel et le crime

Au 14ème siècle, on s’entretuait à Oxford (article).

Cause ? de jeunes hommes, des armes, des femmes, de l’alcool. Voilà l’explication que donne l’article.

Seulement, Oxford était supposé former des religieux. Ni la religion, ni l’éducation de l’esprit ne semblent adoucir les moeurs. Au contraire ?

Grève aux USA

L’automobile américaine est en grève. Phénomène anglo-saxon : l’Angleterre est, elle aussi, systématiquement, en grève ? Pourquoi maintenant ? Réelle crise ou rapport de force favorable ?

Ce que je lis en ce qui concerne les USA parle de véhicules électriques. Les fabricants locaux produisent moins de modèles traditionnels et construisent de nouveaux sites de production pour les modèles électriques dans le sud du pays, non syndiqué. Il se trouve d’ailleurs que leur concurrent, Tesla, a un personnel qui ne l’est pas. (On ne parle pas de concurrence chinoise aux USA.)

A cela s’ajoute peut-être le fait que les voitures électriques, du fait du prix de la batterie, sont plus chères que les autres. (D’où moins de ventes ? Nécessité d’une baisse de la masse salariale ?…)

Dans ces conditions, que peuvent gagner les syndicats ? Plus leur victoire à court terme sera grande, plus leur défaite sera complète, à long terme ?

Grève comme pathologie sociale d’une société d’individus ?

Verte complexité

Nickel miners linked to devastation of Indonesian forests 
Rising demand for electric vehicles and the batteries that power them leads to more trees being felled
Financial Times (dimanche matin)

La vie de l’écologiste n’est pas simple. Comme le constatait le rapport des « limites à la croissance », qu’il n’a malheureusement pas lu, éviter un mal semble en créer un autre, peut-être pire.

Solution ? Changer de « système » (au sens « systémique » du terme). Tout semble dire que l’écologiste n’est pas parvenu à le faire et que ses efforts sont vains. (A moins qu’il ne pense qu’il a au moins gagné de ne plus respirer les vapeurs d’essence.)

7 octobre 2023

Anniversaire de la guerre du Kippour ? Israël est attaqué par des commandos palestiniens. Une fois encore ses services secrets d’élite n’avaient rien vu venir.

J’écoutais hier un membre du conseil municipal de Jerusalem dire qu’ils étaient manipulés par l’Iran, qui en voulait à l’Occident. Et que ces gens étaient des fanatiques.

On peut aussi observer qu’il y a beaucoup de similitudes avec la guerre du Kippour. A savoir, pour commencer, qu’Israël se croit invulnérable, et donc tout permis.

Cela montre peut-être les bénéfices des « droits de l’homme ». A l’époque où l’Occident n’en avait pas encore abusé, il aurait probablement pris parti pour les Palestiniens, contre les fondamentalistes juifs qui annexent leurs territoires à tour de bras. Ce qui aurait, peut-être, évité de tels événements ?

Mat en deux coups ?

Devenu nounou, l’Etat en France se veut protecteur (La Tribune de la semaine, de samedi matin.)

Notre gouvernement craint le mécontentement populaire, et pense que le salut est dans l’anesthésie. Mais la dette menace de nous enfoncer dans un cercle vicieux. Il faudrait prendre des mesures…

Les limites du jacobinisme jupitérien ? Quand on prend le Français pour un imbécile, il vous donne raison ?

L’armée du doute

Climat : les scientifiques, premières cibles de l’armée du doute sur le réchauffement. (Le Monde de jeudi)

Je découvre « l’armée du doute ». Toute annonce des « spécialistes du climat » ferait l’objet de centaines de commentaires rageurs.

Je n’imaginais pas que c’était possible. Il me semblait que tout doute concernant le réchauffement climatique faisait l’objet d’une censure implacable. Mais la critique est anonyme, ce qui fait qu’elle désamorce la censure. (Rappelons-nous qu’Internet fut un rêve libertaire ?)

Enantiodromie ? C’est parce que la pensée officielle ne veut pas laisser de prise au doute, qu’elle n’est pas crédible ?

Zenon et le mathématicien

Zenon est célèbre pour ses paradoxes.

Les mathématiciens disent : il n’avait pas compris la notion d’infini.

Comme souvent, il est dangereux de prendre quelqu’un pour un imbécile. Il avait peut-être un point de vue différent du nôtre.

Zenon était un disciple de Parménide. Et Parménide s’opposait à Heraclite, qui disait que tout était changement. Pour Parménide, donc, rien ne changeait. Pour lui, il y avait la vérité et l’opinion. L’opinion signifie que nous sommes victimes d’illusions. Et ces illusions nous font croire que tout change.

En conséquence de quoi, Zenon démontre qu’effectivement ce que nous croyons juste est faux.

Ses exemples ressemblent beaucoup à ceux de ce blog : à quel nombre de cheveux peut-on dire que quelqu’un est chauve ? A un cheveu près peut-on être chauve ?

Effectivement, observe le scientifique, on ne peut pas découper le temps ou la matière en morceaux aussi petits que l’on veut. Au bout d’un moment, il se passe quelque-chose de bizarre. Ce que démontre Zenon, c’est que le mathématicien est prisonnier d’une illusion. L’infini est une fiction.

Pour autant, Zenon a probablement aussi tort : « l’opinion » est une partie de notre vie. D’ailleurs parler « d’opinion » et de « vérité » est une « opinion ». C’est prendre pour argent comptant les illusions de son esprit.

(Réflexion librement inspirée de In our time de la BBC.)

La révolution du « faire »

L’autre jour, les familles de mes voisins de table appartenaient au secteur médical. De l’étudiant au professeur, on y trouvait de tout. Et ce qui se disait de notre système de santé était inquiétant. Il est inefficace, et ne tient que grâce aux étrangers, qui espèrent exercer en France. Le gouvernement voudrait mettre un terme à son agonie. Dommage, soupiraient mes interlocuteurs, il a si bien marché. (Après m’avoir dit de me méfier des urgences.)

L’autre jour, un dirigeant regrettait le temps où il pouvait profiter de l’accompagnement des chambres de commerce. Aujourd’hui, il espère l’avoir des bénévoles de mon association.

Si l’on reprend les 15 ans d’observation de ce blog, il est tentant d’interpréter l’histoire ainsi : pour diverses raisons, la société a donné le pouvoir à l’intellectuel. Celui-ci a décidé que le monde se dirigeait par des idées. Il se trouve que le « libéralisme » économique a pour devise le « laisser faire ». Pourquoi se fatiguer ? L’équation économique est reine. D’où désastre. Ce que constate le gouvernement, qui en déduit qu’il faut achever le malade.

Aujourd’hui, il n’est question que d’industrie. On redécouvre qu’il faut à nouveau utiliser ses mains, « faire ». Et si c’était ce que l’on demandait à notre gouvernement : se retrousser les manches, et faire fonctionner les services publics ?

(PS. cela s’appelle « conduite du changement ».)

6 octobre 1973

Le 6 octobre 1973, le jour où tout a changé ?

Il y a 50 ans, commençait la guerre du Kippour. Les services secrets israéliens, les meilleurs au monde, et américains, sont pris par surprise par l’attaque de l’Egypte et de la Syrie. On s’interroge alors : et si l’enfer était pavé de bonnes intentions ? Et si l’on avait involontairement créé au Moyen-orient de nouveaux Balkans : un catalyseur de guerres mondiales, désormais nucléaires ?

Les producteurs de pétrole frappent l’Occident. Ils veulent lui porter un coup fatal.

Ce qui l’amène à démanteler l’organisation mondiale d’après guerre, conçue pour garantir la paix, et qui avait assuré sa prospérité. Conséquences multiples et en cascade : « désertification » des régions industrielles occidentales, avènement de Mme Thatcher et de M.Reagan, qui mettent un terme à l’inflation, le gouvernement israélien saute et le Likud règne sur Israël…

Mais le pire n’est pas certain. Anouar El Sadate, qui avait conçu la campagne victorieuse, avait l’espoir de rééquilibrer le rapport de forces entre Israël et les pays arabes. Rendre leur honneur à ceux-ci. Il voulait une paix des braves, apparemment. Il s’est rendu en Israël pour la négocier. Ce qui lui a été fatal. Peut-être a-t-il négligé certains intérêts ? Ou, peut-être, lorsque l’humeur populaire tourne au fanatisme, vouloir la paix est une condamnation à mort ? En tous cas, il nous a peut-être évité de nouveaux Balkans.

(Réflexions suscitées par Archive on 4, de BBC4 : How the Yom Kippur War changed everything for everyone.)