Sidération

Samedi, Affaires étrangères de France culture débattait de la situation au Moyen Orient.

J’en déduis que rien n’est écrit. Les populations sont favorables aux Palestiniens, mais pas les gouvernants, qui ont été pris par surprise. Certains se demandent comment exploiter la situation à leur avantage, comme l’Arabie saoudite, d’autres, comme l’Egypte, qui en appelle à la médiation de la Chine, ont probablement peur d’être engloutis. Quant aux Américains, ils pourraient avoir pris fait et cause pour les Israéliens afin de pouvoir avoir un peu de contrôle sur eux.

Au fond, tout dépend maintenant de ces dits Israéliens. Les terroristes qui les ont attaqués ont probablement parié sur une réponse disproportionnée, qui provoquerait un soulèvement des opinions publiques de la région et d’ailleurs contre Israël, gonflerait leurs rangs, et plongerait le monde dans l’attentat et la terreur.

De l’intérêt des droits de l’homme et des médiations humanitaires, qui endorment les pulsions de mort ?

New deal

L’histoire semble parfois tenir à un fil. Lorsque Roosevelt est élu, les USA s’enfoncent dans la crise. La démocratie a fait la démonstration de son inefficacité, voire de ses vices constitutifs, le totalitarisme triomphe partout.

Roosevelt dit, en substance : ce dont je suis sûr, c’est que la politique de mon prédécesseur va nous être fatale, je ne sais pas où je vais, nous allons apprendre de l’expérience.

Imaginons que l’on ait été à sa place… N’aurait-on pas tremblé sous nos responsabilités ?

Peut-être, comme tout homme politique, comme tout « leader », se croyait-il infaillible, et immortel ?

(Réflexions venues de The confindence man, une émission sur le New deal de BBC4.)

Sam Bankman-Fried

BBC4 consacre un reportage à Sam Bankman-Fried, jeune auteur du dernier scandale financier en date.

Bienvenue chez les apprentis sorciers ? Voyage chez « l’élite » mondiale. Petit groupe de gens qui élèvent leurs enfants dans un cocon, en leur disant qu’ils sont des génies. Ce qu’ils croient puisqu’ils vont dans les meilleures universités, qui leur sont réservées. Des enfants qui restent en enfance, qui vivent en vase clos, s’habillent comme des enfants, ne savent pas manger, et dont le travail est un jeu électronique. Car le financier utilise le même type de talent que celui du joueur électronique. On le prétend mathématicien, mais, contrairement au mathématicien, il ne démontre rien, il fait des « choses » qui paraissent très compliquées au reste de la population. Seulement, elles ne le paraissent pas tant que cela aux « pirates » et à la nature…

Le plus surprenant est que ces génies veulent faire le bien. Pour cela, ils utilisent la finance des cryptomonnaies. Car c’est une finance, numérique, qui n’est pas réglementée, et qui permet de gagner, quasiment du jour au lendemain, des dizaines de milliards, voire beaucoup plus. Et quel est le bien selon eux ? Ce n’est pas arrêter les guerres ou mettre un terme à la pauvreté, c’est éliminer la menace de l’intelligence artificielle ! Des possédés, M. Dostoïevsky ?

Fin de cycle ?

Dans son analyse du changement, ce blog cherche l’explication systémique. Que peut-on dire des événements récents ?

Depuis des décennies l’économie de marché s’était imposée. La planète était la plaque tournante du commerce. Et ce qui va avec le commerce, c’est la monnaie. Toute l’activité mondiale consistait à naviguer entre ce que l’on trouvait de « moins cher », or le prix est artificiel. Le poulet était élevé à un endroit, congelé à un autre, découpé dans un troisième, puis consommé encore ailleurs. En ayant voyagé en avion, entre-temps.

Puis on a découvert une conséquence imprévue du marché « global » : le virus, la peste. Le modèle de développement économique du monde était vicié, par nature. Il n’était pas « durable ».

Entre-temps, une autre conséquence, plus subtile, était apparue. Thomas Picketty avait noté l’apparition d’inégalités de plus en plus criantes. Voilà qui était inattendu : le marché n’est-il pas pacifique par définition ? Ne fait-il pas la prospérité générale ? Apparemment non. Le Brexit et Donald Trump sont venus le dire. Le marché fait des pauvres. Et le pauvre est méchant, car il ne comprend pas pourquoi il est devenu pauvre, sans avoir démérité. Et, il n’est pas impossible que cette inégalité se ressente autrement plus durement ailleurs. Si bien que la rhétorique occidentale, fondée sur le bien universel et les droits de l’homme, est maintenant réfutée en bloc, comme une hypocrisie massive, et remplacée par l’appel sans complexe à la loi du plus fort. Si l’Occident n’était pas encore aussi puissant, il aurait probablement été passé par les armes ?

Et ensuite ? Probablement, temps troublés. L’avenir est imprévisible.

Enseignement ? Les Lumières ont parlé de raison, sans définir très bien le terme. Il est possible qu’il y ait ici un champ d’application pour la raison : éviter que certains ne poussent trop loin leur avantage et provoquent chez d’autres le désir de meurtre. Cet aveuglement tient probablement à un excès de division des tâches. Une société est un équilibre, l’action doit rapidement appeler la réaction ?

France forte ?

En termes de croissance, la France ferait mieux que l’Allemagne. Nucléaire et réformes du gouvernement en seraient la cause.

Certes, mais lorsque l’on considère leur situation, ce n’est pas pareil. L’une est puissante, efficace, riche. L’autre, c’est le contraire.

Ce qui est surprenant est que, en 2000, elles étaient au même niveau. La France a plongé entre 2000 et 2012. Subtile manoeuvre : piquer vers le bas, pour prendre de la vitesse ?

(Article de Telos.)

La guerre de Troie n’aura pas lieu

Les services secrets israéliens ont cru aux vertus du numérique. Et ils n’ont pas écouté les Egyptiens, qui les avertissaient que quelque-chose de louche était en préparation. Peut-être aussi sous-estimaient-ils la volonté et les compétences des Palestiniens. Voici ce que j’ai entendu à la BBC, hier matin.

Un expert du renseignement américain disait qu’Israël était tombé dans le piège du Hamas. Toute la population palestinienne est désormais faite de terroristes en puissance ?

Avec une meilleure préparation, il ne se serait rien passé. Il n’y aurait pas eu de raison de se venger. Et l’on ne serait pas au bord d’une spirale qui pourrait entraîner beaucoup de monde. N’est-ce pas l’histoire de toute notre société ? Elle est secouée par des guerres, alors qu’il aurait très bien pu ne rien se passer ?

Vraiment ? Il semble aussi, lorsque l’on considère l’histoire, que des tensions montent au sein des sociétés. Si on les laisse croître, ce n’est pas qu’on les ignore, mais parce que l’on se croit assez fort pour les contenir. Hybris ?

Rishi Sunak

Usure des années au pouvoir, Cameron et le Brexit, Boris Johnson, le fou-furieux, Liz Truss et son « mini budget », qui a failli être fatal au pays, des grèves incessantes, des transports, des écoles, du système de santé… les conservateurs anglais ont tout pour être mal en point.

Mais Rishi Sunak semble demeurer calme et ne pas céder à la panique. Désolé, je n’ai pas les moyens de vous donner les augmentations que vous réclamez, ou de poursuivre tel projet ferroviaire dont plus personne ne maîtrise le coût, ou encore, nous ne serons pas capables d’atteindre nos objectifs environnementaux, sans causer des dommages graves à la société…

Vu de loin, ce qui manque au pays, c’est ce que l’on a appelé « levelling up ». L’Angleterre est de moins en moins innovante et repose de plus en plus sur la « compétitivité coût », qu’elle doit en grande partie à une immigration massive. Mais comment inverser une telle tendance, au pays du laisser faire et du beau discours ?

Sir Kier Starmer, lui aussi un fort decent fellow, et les travaillistes vont probablement chercher à améliorer les conditions de vie de la population. Ce qui ne devrait qu’empirer l’état de la nation.

(Le plus surprenant est que la dite population ne se révolte pas.)

Balkans du sud

L’histoire se répète. Les peuples sont victimes d’hybris. Ils ne prennent pas garde aux mécontentements qu’ils provoquent. Les manifestations de ceux-ci les surprennent. Et soudainement, ce qui était une calme journée ensoleillée devient une guerre mondiale. Relisons Zweig ?

Il s’est passé un phénomène étrange. Pendant un demi-siècle l’Occident a gouverné le monde. Ce fut le temps des peaceniks. Il n’a été question que de protéger les faibles et la planète. Un phénomène peut-être, sans précédent. Et, pourtant, nous découvrons, aujourd’hui, que ces bons sentiments ont eu une conséquence inattendue : une haine irrépressible, un appel au meurtre, qui s’exprime sans aucune retenue, comme si elle était normale, une sorte de droit de l’homme.

Israël, pris par surprise, exerce une juste revanche. Ce faisant, il va faire beaucoup de victimes, qui vont en appeler à une juste revanche… Dans ces conditions, comment les « forces du mal » qui ne cherchent qu’à abattre l’Occident vont-elles utiliser ces événements ?

Forcer le chômeur à travailler

En Angleterre, comme en France, il est question de forcer le chômeur à travailler.

Voilà qui paraît simple bon sens ?

Mais que veut dire engager quelqu’un contre sa volonté ? Le loup dans la bergerie ?

La solution au problème de l’emploi, alors ? Trouver des personnes motivées pour l’emploi qu’on veut leur fournir, quitte à leur apporter une formation, pour compléter la leur.

(Quant à la démotivation des personnels, elle pourrait résulter du phénomène suivant : nous sommes tous des diplômés, nous entendons par là : des « chefs ». En conséquence, les subalternes sont considérés comme des inférieurs. Et aucun chef ne veut être inférieur. Mat.)

Iliade, roman d’apprentissage ?

L’Iliade est une curieuse histoire. Ce n’est pas celle du siège de Troie. C’est celle de la colère d’Achille.

Mais c’est surtout le temps où les dieux se séparent des humains, et le moment où Achille devient mortel.

Et si l’Iliade était, tout simplement, une sorte de roman d’apprentissage, me suis-je demandé ? Apprentissage de la nécessité de maîtriser ses passions ? Le commencement de la raison, c’est prendre conscience que l’on n’est pas un dieu ?

(Réflexion suscitée, as usual, par une émission de In our time, de la BBC.)