Inspiration

Je me suis intéressé à l’artiste sur le tard. Comme souvent, j’avais tort. L’artiste moderne n’est plus un artisan qui a appris son métier d’un long compagnonnage. Depuis le 19ème siècle, au moins, c’est un intellectuel. C’est un « bourgeois bohème », il vient d’une famille aisée qui lui a payé des études. Sa vie est oisive. Au fond, toute son oeuvre consiste à se rebeller contre sa classe, à « épater le bourgeois ».

Son art est refus de la société et de la réalité. Il cherche l’inspiration dans la drogue et la destruction des traditions, de versification ou autre. Et cela débouche sur une impasse. L’artiste moderne est un être absurde ? En dehors d’un extraordinaire sentiment de supériorité, il n’a rien à dire ? Il n’a pas appris l’humilité, c’est son drame ?

Guerres de religions

De Gaulle pensait que le monde était un affrontement de cultures. Les Soviétiques, en particulier, poursuivaient la politique des Tsars.

L’émission de Christine Ockrent expliquait que M.Poutine n’arrêterait pas sa guerre avant une capitulation sans conditions de l’Ukraine, et, probablement, un démantèlement de l’Union Européenne. Et qu’il exerçait une curieuse fascination sur M.Trump, qui n’était qu’un jouet entre ses mains.

Faut-il en venir à de Gaulle ? La Russie s’est toujours vue comme le supplément d’âme d’une Europe portée à la folie. C’était le Slavisme. « Communiquer au monde une âme vivante, donner la vie à l’humanité meurtrie et déchirée, en la réunissant à l’éternel principe divin. »

M.Poutine mènerait-il une croisade contre la perversion qui s’est emparée de l’Ouest, verrait-il l’Europe comme l’axe du mal, un foyer de « wokisme », serait-ce en cela qu’il partagerait les idées de M.Trump ?

(D’ailleurs ne lisait-on pas que Mme Clinton, au temps où elle était Ministre des affaires étrangères, a tenté de renverser M.Poutine ? M.Obama enjoignant l’Europe d’absorber la Turquie, afin qu’elle rejoigne son camp ?)

Planification

Pierre Mendès-France parle de planification. On a oublié la raison de celle-ci. C’était les crises économiques qui ravageaient le monde, et qui ont suscité la dernière guerre.

Plusieurs solutions semblent avoir été envisagées. Schumpeter et les barons de l’industrie américains pensaient que seuls les monopoles pouvaient encaisser les chocs, d’autres estimaient que le capitalisme devait être encadré, par le plan. Comme le disait un précédent billet, en France, celui-ci impliquait la consultation d’un grand nombre de personnes, du syndicat au patronat. Il n’était pas dictatorial.

L’ère des crises semble de retour. Il n’est pas impossible que le plan doive-t-être à nouveau envisagé. (En particulier, il pourrait nous éviter le mouvement brownien actuel, successions de réformes qui se contredisent et de gestes « populistes ».) Pas un plan imposé d’en haut par des esprits supérieurs, mais un plan qui fasse l’objet d’un travail sérieux de préparation et de consultation. Un plan au sens architectural du terme, de réalisation d’un projet commun.

Monde d’après

Soudainement, les journaux anglo-saxons sont pleins de l’éclatement de la bulle intelligence artificielle. A quoi va ressembler le monde d’après ?

La question est-elle là ?

Ne serait-on pas victime d’une forme de pensée magique ? Les Anglo-saxons parlent de « technofascisme » : c’est la technologie qui doit faire le bonheur humain, pas question de lui opposer la moindre entrave. L’intelligence artificielle est un désastre écologique, elle consomme des ressources immenses pour des résultats ridicules, elle tue ceux qui la prennent pour un ami, et suivent aveuglément ses conseils, etc. Mais, on ne fait rien.

Solution aux « limites à la croissance » ? Renoncer au « technofascisme » ? Réinventer toutes les activités humaines, de façon à ce qu’elles ne gaspillent plus et que leurs « déchets » soient réutilisables. Cette tendance est déjà à l’oeuvre : il faut l’encourager et cesser de gaspiller des ressources en financement d’utopies dangereuses ?

Surtout, la société doit redevenir une société. « L’homme est la mesure de toute chose ». Fini le « laisser-faire » ? Elle doit reprendre le contrôle de ce qu’elle produit pour le mettre au service de l’humanité ?

Ce qui demeure pourtant du programme du CNR, c’est son esprit, celui de la Libération, celui de l’optimisme, du volontarisme et de la solidarité nationale qui ont accompagné la liberté retrouvée. L’idée, enfin, que, face à la misère, le politique doit et peut agir.

Le Conseil national de la Résistance, sous la direction de Claire Andrieu, Folio, mars 2025

Retrouvons l’esprit du CNR ?

Sagesse

Première dans l’histoire française ? Il semblerait que nous ayons toujours un gouvernement. Or aucun parti n’a de majorité. Conjurer les maux des troisième et quatrième républiques est-il possible ?

Ce qu’il reste maintenant à faire, c’est de trouver un moyen de réformer sans éclater.

Conduite du changement au sens premier du terme ?

Mortelle éducation

In Rewilding Education, Professor Hilary Cremin argues that modern schooling is defined by an obsession with standardisation and outdated thinking, while it fails to nurture creativity, critical thought, or the physical and mental health of students and teachers.

Rewilding Education challenges the ‘myth of social mobility’, arguing that education functions more as a sorting mechanism than a levelling force. High-performing school still admit disproportionately few disadvantaged young people, and poverty remains the strongest available predictor of student outcomes.

Article

L’enseignement anglais semble ressembler au nôtre.

L’auteur du livre cité propose un grand bouleversement. Un enseignement qui permette à l’enfant de s’épanouir et de développer un sens critique.

Il ressemble étrangement à celui qu’a voulu imposer 68. Et qui, en France, a produit la destruction d’un système éducatif qui était, pourtant, l’élément central du projet républicain. D’où la situation décrite ci-dessus.

Comment traduit-on Yakafocon en anglais ?

La société comme système

Claude Lévi-Strauss :

« Chaque langue, chaque croyance religieuse, chaque forme d’art traduit une expérience totale qui n’est pas la même pour tous les peuples et qui exprime de façon très précise et très concrète ses besoins particuliers« . 

La langue ne peut pas être considérée en dehors du tout qu’est une société humaine et son environnement. Elle a une fonction. (Emission.)

Plus paradoxalement, il semble croire qu’il est possible de reconstituer le tout à partir de l’une de ses parties, la langue, en particulier.

C’est aller un peu vite en besogne ?

Louis Leprince-Ringuet

Louis Leprince-Ringuet n’était pas l’homme que je croyais.

Dans ma jeunesse, il était présenté, avec beaucoup d’autres, comme une « vache sacrée ». Il représentait la science moderne, et la grandeur de la France. Ses propos profonds sur le progrès étaient lecture obligée.

Esprit 68 ? Je soupçonnais une « vieille barbe ». Et ses travaux sur les rayons cosmiques paraissaient la physique du pauvre.

En fait, c’était un homme simple, pragmatique et de bon sens. Elève peu brillant, il était entré à polytechnique à une époque où la concurrence n’était pas féroce (pendant la première guerre mondiale). Il avait commencé une carrière dans les câbles marins, puis s’était transformé en physicien – expérimentateur. Un artisan de la conception de machines. Il avait été un des pionniers de l’étude des propriétés des atomes, d’où les rayons cosmiques, car on n’avait rien de mieux alors. Ce qui le forçait à l’escalade des montagnes.

En ces temps, les physiciens étaient une toute petite communauté de quelques personnes. Ils se connaissaient tous.

Curieusement, il expliquait que la physique de son époque n’avait rien de très compliqué. Et il semblait trouver que la gloire des théoriciens était usurpée. (C’était des rêveurs qui n’étaient rien sans l’expérience.) Y compris celle d’Einstein, qui la devait surtout à son physique.

(France culture : Mémoires du siècle – Louis Leprince-Ringuet (1985))

Vers mystérieux

Jules Supervielle est interrogé sur la prose et la poésie (émission) :

Presque toute poésie a un coefficient de prose sous peine d’être incompréhensible. Ainsi un auteur comme Victor Hugo a un coefficient de prose très fort. […] Mallarmé est à l’autre extrême, chez lui le coefficient de prose dans ses meilleurs poèmes est très faible, il est presque nul. On manque un peu de concept pour guider le lecteur. Chez les surréalistes le coefficient de prose est aussi très faible.

Phénomène mystérieux. Le sens a plusieurs façons de s’exprimer. Dans le fonds, mais aussi dans la forme. Et, paradoxalement, trahir l’orthodoxie de la forme, ce qu’est la poésie, permet de dire à l’interlocuteur ce qu’il était impossible de signifier autrement.

En revanche, plus on s’éloigne de l’orthodoxie, moins on a de chances d’être compris.

Avec mon mauvais esprit usuel, je me demande s’il n’existe pas une sorte d’optimum. Un moment où beaucoup pensent avoir compris, alors qu’ils n’ont rien saisi, et peut-être même que rien n’était dit. Le secret du succès de « box office » ?

Saint Simon

Redécouvrons Saint Simon ?

Il semble avoir voulu achever la révolution en donnant au peuple la place qu’elle lui destinait. Il proposait ce que la systémique nomme un « changement à effet de levier » : faire passer le pouvoir de la classe des parasites à celle des producteurs (le reste de la population).

Il voulait procéder par amélioration et non par révolution. (Avec philosophie.)

Mais, la politique demandant des professionnels, ne sommes nous pas condamnés au parasitisme ? A moins de parvenir à contrôler nos « représentants », pour qu’ils méritent ce nom ? Intéressant problème de conduite du changement ?