Lors d’un oral, un examinateur m’a dit n’avoir jamais rencontré quelqu’un d’aussi distrait que moi. Aujourd’hui, je trouve cette remarque flatteuse : il y a tellement rare d’être trouvé unique !
Sur le tard, je prends conscience que cette distraction se comporte bizarrement. Ce qui la caractérise est mon incapacité à écrire une phrase correctement. Entre son début et sa fin, mon esprit a changé de cours. Si bien, par exemple, que le masculin devient féminin, et inversement. Et que dire des accords, qui se font au hasard de la dernière idée qui m’est venue.
Ce qui fait aussi que je suis un mauvais joueur : je perds sans arrêt le fil de la partie. Et que j’ai toujours eu du mal à suivre un cours. Mon esprit divague.
Il serait intéressant de trouver les origines du mal.
En tous cas, il a des conséquences imprévues. Connaissant mon manque de fiabilité, je n’arrête pas de relire mes textes. Ce qui me rend, paradoxalement, souvent remarquablement plus fiable que la moyenne. C’était particulièrement patent à l’époque où j’écrivais du logiciel. Dans ma jeunesse, j’avais aussi un art de retomber sur mes pattes qui surprenait mes professeurs. Me voyant distrait, ils me demandaient souvent ce qu’ils venaient de dire. Et, miracle, je parvenais à retrouver quelques éléments de discussion, et à les restituer dans un tout original, dans lequel s’entendait l’esprit à défaut de la forme.
J’anime beaucoup de réunions. Il s’agit toujours de résoudre un problème compliqué, sans avoir plus de deux heures pour cela. Curieusement, c’est au moment où je me dis que je suis échec et mat, que je n’y comprends rien et que l’on n’y arrivera pas, que surgit une solution. La créativité demande-t-elle d’être distrait ?
Théorie de la complexité ?