Fraude scientifique

There is a scientific fraud epidemic — and we are ignoring the cure
Rooting out manipulation should not depend on dedicated amateurs who take personal legal risks for the greater good

Financial Times, mercredi dernier

Nous avons vécu un grand moment libéral. Le marché était le bien, et il fallait qu’il gouverne toutes nos activités. Et ce à commencer par la science. M.Sarkozy, chez nous, a affirmé haut et fort que son mal était qu’elle n’était pas assez évaluée, par exemple. Publish or perish.

Un jeune docteur du MIT m’a dit que devant la charge de travail qu’était une carrière universitaire, il avait préféré se faire employer par Amazon. Pour survivre dans cet univers impitoyable, certains, qui en outre n’avaient peut-être pas ses capacités scientifiques !, ont peut-être choisi la solution du sociologue Merton, l’innovation, c’est à dire tricher.

Il reste maintenant à retrouver un esprit scientifique. Une chose semble avoir été démontrée, c’est que ce n’est pas celui du marché.

Principes constitutionnels

Une constitution doit être adaptée à la culture d’un pays. De mes lectures, je déduis, à tort ou à raison, que de Gaulle estimait que le régime propre à la France était la royauté. Le roi ayant une alliance avec le peuple pour maîtriser les « intérêts spéciaux ».

Comme souvent, observation juste, conclusion fausse ?

Car, effectivement, notre classe politique donne le spectacle de la lutte entre les ambitions personnelles. C’est ce qui torpille tout espoir de démocratie parlementaire. Il ne faut pas espérer que cela change. Contrairement aux théories des Lumières, le pouvoir attire, chez nous, ce qui ne devrait pas s’y trouver.

Seulement, de Gaulle n’avait pas prévu que son système donnait le pouvoir absolu à l’un de ses ambitieux, à l’intérêt particulier, sur l’intérêt général !

L’électeur a cherché à corriger ce biais, en créant des contre-pouvoirs. Le gouvernement tient, tant que l’opposition, majoritaire, ne s’unit pas. Il est donc possible que lorsqu’elle s’unit, pour faire tomber le gouvernement, c’est qu’elle défend l’intérêt général.

Un petit effort et nous aurons un système qui utilise l’énergie de l’intérêt individuel pour faire l’intérêt général ?

(Suite du billet précédent.)

Sur de Gaulle :

Faible constitution

Un précédent billet disait que la BBC en voulait à notre constitution. Elle permet la dictature. En particulier d’un parti extrémiste. Certes, mais quoi d’autre ? Le régime parlementaire, manifestement, ne donne pas de bons résultats en culture latine. Pour qu’il marche, il faut l’amour de la « race » nordique, ou le bipartisme anglo-saxon ?

Quant au peuple français, il semble faire preuve « d’intelligence collective », et s’évertuer à torpiller l’esprit de la constitution monarchique du grand Charles. On l’a oublié mais, dès l’avènement de la 5ème République, le Sénat, où siégeait Mitterrand, s’était installé en contre-pouvoir. Ensuite, il y a eu la cohabitation. Puis, aujourd’hui, un gouvernement minoritaire à la fois à la Chambre et au Sénat. 49.3, certes, mais sans cesse au bord du gouffre. Le Français semble vouloir rappeler au gouvernement qu’il n’est pas une élite, mais un élu. Le Français fait la nique à l’autorité ? Dès la maternelle, je l’ai remarqué.

Et si cette « cinquième équilibrée » était le bon choix ? Et si le Français, le coeur à gauche, le portefeuille à droite, voulait un syndic de copropriété ? Un gouvernement qui s’occupe de la gestion du patrimoine commun, en lui présentant ses analyses de la situation et ses propositions de solution, et en lui demandant ce qu’il en pense ? Et, pour le reste, qu’il lui donne l’illusion de penser, des grands débats d’opinion, de nouvelles affaires Dreyfus, sans pour autant que ça n’ait aucune incidence sur la marche des affaires de la société ? Comme cette étudiante sicilienne, qui était venue dans mon cours de conduite du changement, convaincue que c’était l’endroit où l’on refaisait le monde, sans rien faire ?

Occident : le retour ?

Il y a quelques temps, j’écoutais Amin Maalouf parler de l’état du monde. Il disait que la situation était désespérée, mais que personne n’avait d’alternative au modèle occidental.

Paradoxalement, le camp qui prétendait proposer une voie nouvelle est désormais entre les mains de l’Iran et de la Corée du nord. Voilà qui ne fait pas rêver. Et c’est toujours l’Ouest qui apporte de l’aide. On aime bien la maudire, mais, quand on est en difficultés…

Et si l’Occident avait une seconde chance ? Je crois qu’il suffirait qu’elle apprenne de ses erreurs pour trouver une stratégie intelligente.

Quand les Russes lui ont demandé de les aider à bâtir leur démocratie, elle leur a envoyé la lie de son humanité. Quant à l’Afghanistan, il a eu droit à son armée ! Pourquoi n’a-t-elle pas fait comme au temps du Plan Marshall : concevoir une aide qui pousse la nation du « bon côté » ? (Réponse : parce que au temps de la guerre froide, elle avait peur, et que la peur rend intelligent !)

Idem pour les droits de l’homme. C’est une bonne idée de penser que tous les hommes sont faits de la même pâte. Cela peut éviter les famines et les guerres. Mais pourquoi vouloir bouleverser des régimes ?

Même l’inefficacité de la démocratie et de l’UE a du bon : pendant que l’on discute, on ne se bat pas, c’est certainement la meilleure façon de ligoter la « volonté de puissance ».

En fait, ce que doit rétablir avant tout l’Ouest, c’est sa capacité de séduction. Sa puissance économique et le bonheur de ses peuples. Elle doit être « un employeur de référence » comme disent les « entreprises à mission ».

Et pour cela, elle doit veiller à son vice constitutif : son instinct de mort, l’émergence d’une oligarchie qui s’en prend à son propre peuple, et qui la détruit.

Il est possible qu’une réelle démocratie soit ce que Montesquieu a envisagé : un équilibre de forces. Toute la difficulté est de faire que cet équilibre puisse avancer. Ce qui ne peut réussir que s’il y a consensus, ou encore « anxiété de survie » partagée.

Les inconvénients du libertarisme

Après Sam Bankman-Fried, c’est Binance qui passe en jugement. On lui reproche d’avoir permis le financement d’à peu près tout ce qu’il peut y avoir de criminel et de terroriste.

Les crypto monnaies étaient un rêve des libertaires qui nous dirigent. Le mal, selon eux, c’était la société, la main visible de l’Etat. Un système qui s’en passerait ne pourrait qu’être vertueux.

Il est possible qu’ils aient retrouvé les idées des économistes français des Lumières, pour qui la main invisible du marché devait régler l’existence des individus.

Il est aussi possible que la démonstration qu’ils ont faite est qu’une société est un organisme complexe, qui guide gentiment ses membres, et leur évite de faire de grosses bêtises.

Peut-être aussi faut-il voir dans ces jugements le pragmatisme anglo-saxon. Il a un temps fermé les yeux sur ces agissements, après tout il est protestant, il aime l’initiative individuelle, et les génies autoproclamés du numérique sont issus des meilleures familles. Mais il y a un temps pour tout. Il y a un moment où l’intérêt général se rappelle au souvenir de la nation. Fin de la récréation.

Les bénéfices de la RSE

Opinion d’un participant à une formation d’administrateurs indépendants.

C’est le royaume de l’économie tenue par et pour la finance avec tout ce qui va avec et en particulier le dernier truc à la mode : l’engagement RSE que l’on nous explique être la participation volontaire et hautement responsable des entreprises pour sauver le monde… tout en faisant toujours plus de pognon pour les actionnaires… donc si les futurs administrateurs indépendants que nous sommes pouvons en prendre au passage, ce sera parfait, nous explique-t-on doctement !

Sous couvert de l’obligation de parité dans les CA, la promo est constituée à 85% de jeunes et brillantes quarantenaires aux dents très très longues qui vous expliquent sans rire qu’encaisser un max de pognon comme futures administratrices dans les CA des entreprises du CAC 40 est parfaitement compatible avec leurs miraculeuses et nouvelles valeurs environnementales et sociétales, puisqu’elles ne roulent plus en SUV diesel de fonction mais en Tesla électrique et qu’elles sont passées de 10 à 1 livraison Amazon par semaine ; je passe sur leur shampoing solide qui, remplaçant celui liquide sous emballage plastique, va sauver la planète… le monde (de l’Entreprise) va décidément bien mal…

Cry, Argentina ?

Ils sont fous, ces Argentins ?

M.Trump est devenu une marque mondiale. L’homme de marketing a réussi au delà de ses espérances. Quand plus rien ne va dans un pays, on appelle super-Trump. Car, il faut guérir le mal par le mal. Or, les Argentins, jadis un des peuples les plus riches du monde, ont une inflation de 140%, et un taux de pauvreté de 40%. Et, effectivement, cela devait aller très mal car il n’y avait plus en finale que deux candidats d’extrême droite… (La gauche, défenseur de l’opprimé, ne devrait-elle pas se poser quelques questions ?)

Apparemment, le problème dont souffre les Argentins serait relativement simple à expliquer : ils consomment énormément de subventions et paient peu d’impôts…

Dans ces conditions, il n’y a de rationnel que le miracle ?

(Inspiré par Affaires étrangères de France Culture.)

Corsaires berbères

L’empire Ottoman avait laissé s’installer au Maghreb des corsaires, qui écumaient la Méditerranée. Ils isolaient efficacement les Ottomans de la nuisance occidentale. Ceux sur qui ils mettaient la main étaient réduits en esclavage ou revendus contre rançon. Il s’y retrouvait les aventuriers de toute l’Europe. D’ailleurs, par certains côtés, c’était une société tolérante, où chacun pouvait pratiquer sa religion, et où l’esclave ayant quelque talent pouvait s’élever dans la société, parfois très haut.

Comme dans les romans des Lumières c’était peut-être un monde qui aurait pu donner quelques leçons à l’Occident, qui garde un fond de barbarie. En tous cas, dès que l’Occident a eu une flotte assez puissante il a rasé les villes corsaires, ce qui a ouvert la voie à la colonisation française.

C’est, du moins, ce que j’ai retenu de In our time, de la BBC.