Démocratie

Les théories de la démocratie tablaient sur l’affrontement des idées.

Seulement, comme le montre la science, l’affrontement ne donne rien. Pour parvenir à une décision un rien intelligente, il faut construire des raisonnements, faire des hypothèses, les tester. Au fond, la raison, c’est cela.

Aujourd’hui, ce mode de réflexion est totalement absent du débat public. L’intelligence artificielle, qui rend hystériques nos gouvernements et nos économistes, en est l’exemple même.

The amount of energy required to supply the data centers powering AI is so vast that meeting that need may be more than a lifetime away, according to a senior executive at Apollo

Bloomberg News (@bloomberg.com) 2025-10-22T17:00:24Z

Urgence

Je reçois un mail qui parle « d’urgence climatique ».

Cela m’a rappelé une maxime de l’ancien trésorier de mon association, un patron de PME : « ne pas confondre urgent et important ».

Il est possible que c’ait été l’erreur commise par les militants de la transition climatique, la raison pour laquelle on assimile celle-ci à une mode imposée par la contrainte de la norme. Une mode qui a fait son temps.

Si l’on en croit ce que l’on entend et ce que l’on lit, les partis politiques ont ignoré les revendications de leurs populations. Ce qui a provoqué une poussée dite « populiste », opposée, en particulier, à la transition climatique.

Enseignement ? Ecouter le citoyen est important.

Chestov

On dit que Léon Chestov fut un philosophe important. Mais il n’est pas simple de se faire une idée d’une oeuvre en vingt minutes.

Apparemment il partageait le pari de Pascal. Ce qui fait notre vie est risible, même pas absurde. On découvre l’essentiel quand on a renoncé à toutes les illusions. Et tout est illusion, idolâtrie ?

Voilà le type de philosophie à laquelle on aboutit lorsque l’on reste dans sa chambre ?

Nihilisme

Le combat d’Albert Camus et d’Hannah Arendt fut celui du nihilisme. On a oublié, aujourd’hui, ce que cela signifiait.

Le billet précédent, sur l’absurde, le rappelle. Certains, généralement des intellectuels, veulent réaliser une utopie, par la révolution. En fait, ils ne comprennent rien aux beautés de l’existence, de la société, ils les trouvent « absurdes ». Il faut les remplacer par un idéal abstrait. Il en résulte le totalitarisme, la destruction de l’individu. Le nihilisme est le crime contre l’humanité (au sens de ce qui fait de l’homme un homme).

Quand on y réfléchit bien, c’est un mal extrêmement répandu. Il affecte le Socrate de Platon, qui veut tout sacrifier au « bien » qu’il a en tête. C’est aussi l’histoire du « Consensus de Washington », qui a voulu imposer au monde un modèle utopique de capitalisme. Et M.Macron, avec sa « start-up nation » et ses « premiers de cordée », est peut-être bien un nihiliste. C’est un mal qui nous guette tous.

L’antidote, selon Camus, c’est la « révolte ». Il s’agit de constater ce qui ne va pas dans la société, certes, mais surtout de chercher à l’améliorer, non de la détruire. Et cela demande un préliminaire : « l’aimer ». « Je me révolte, donc nous sommes », dit Camus. Mieux : « Aime et fais ce que tu veux », de Saint Augustin ?

Averroès

Un temps l’Islam a aspiré toutes les connaissances du monde. Averroès paraît avoir été le point culminant de ce mouvement. Il vivait avec l’oeuvre d’Aristote. Pour lui, raison et foi allaient ensemble. Il semble même avoir pensé que le théologien était une sorte de charlatan, le seul bon croyant était philosophe. On ne croit bien qu’avec la raison.

Puis le cours de l’histoire s’est inversé. Il a été disgracié. L’Islam s’est replié sur lui-même. Et son oeuvre a inspiré l’Occident, quoi qu’elle ait aussi suscité de vives oppositions.

De l’influence de la foi et de la raison sur les sociétés ?

Toute une vie, de France culture.

Sens du changement

D’après un expert : « les centrales nucléaires rejettent plus de 600 TWh. La consommation de gaz fossile en France est environ de 500 TWh ».

Or, il existe des moyens de récupérer une grande partie de cette énergie. D’une manière générale, il y a énormément de pertes énergétiques actuellement. Rien que le séchage, dit cet expert, représente 20% de la consommation d’énergie de l’industrie, et elle pourrait être réduite par un facteur de l’ordre de 2 à 5, par des techniques conventionnelles. (Avec, corrélativement, réduction bien plus considérable des émissions de CO2, de polluants et récupération d’eau.)

Il y a peu Jean Tirole a publié une tribune. « l’Europe investit encore massivement dans l’automobile, tandis que les États-Unis concentrent leurs efforts sur l’intelligence artificielle, la biotechnologie, l’espace. » Et s’il faisait fausse route ? Et si l’avenir n’était pas dans quelque invention futuriste, mais dans la réinvention « conventionnelle » de notre activité ?

Princesse de Clèves

J’ai toujours aimé que l’on me lise des histoires. Au fond, je ne sais pas lire. Je l’ai constaté une fois de plus en entendant parler de la princesse de Clèves (qui doit sa renommée actuelle au président Sarkozy).

Pour moi, c’était une sorte d’exercice de style pour précieuse un rien ridicule.

En réalité, la fin est plus subtile dans la réalité que dans mon souvenir. Si la princesse finit par éconduire le duc, c’est parce qu’elle doute que la passion de celui-ci soit solide. Seul son mari a été capable d’une telle passion, mais elle ne l’a pas aimé. (Racine ?)

(Concordance des temps.)

Messianismes

Un précédent billet parlait du « slavisme » des Russes. Il semble qu’il y ait des cultures qui aient une vocation messianique.

Les USA, en particulier, ont été fondés par des fanatiques religieux. Ils demeurent une nation de croyants, préférant instinctivement le Djihadiste à la raison des Lumières (jusqu’à ce que le Djihadiste leur lance des bombes). Ces croyances semblent faire bon ménage avec les affaires. Les unes et les autres seraient peut-être étroitement liées.

Quant à la France, c’est la patrie des droits de l’homme et de la raison. Elle aussi a voulu convertir le monde.

Tout cela s’affronte et se contient, probablement, réciproquement. L’action provoque la réaction. On a besoin les uns des autres ?

En fait, les nations sont beaucoup plus complexes que ne le dit cette analyse. Par exemple, actuellement, la France des droits de l’homme et de la raison a disparu. De même, les USA n’étaient pas les mêmes avant et après Trump. Et la Russie a vécu, à la fin du siècle dernier, une histoire d’amour avec l’Occident.

Comme les êtres vivants, les nations sont prises entre des pulsions contradictoires et elles sont influençables ? Si elles ont une « nature », ce n’est que lors des crises qu’elle se révèle ? Ou, si elle ne le fait pas, elles disparaissent ?

Absurde imprévu

La pensée captive (Czeslaw Milosz) raconte ce qui arrive à la pensée dans un régime totalitaire.

Un paragraphe traite de l’effet inattendu qu’a « l’absurde » sur l’intellectuel. L’intellectuel ne comprend pas à quoi rime ce qui l’entoure. Le monde est absurde. Loin de vouloir se suicider, il se met alors à haïr le reste de la population, qui ne partage pas son point de vue. Il la qualifie, en bloc, de « bourgeoise », pour son matérialisme abject.

En fait, l’absurde n’est pas une fatalité, pour l’intellectuel. L’homme doit imposer sa volonté à la nature, lui donner un sens. C’est comme cela qu’il en vient à être révolutionnaire et totalitaire.

Voilà qui est extraordinairement éclairant.

Inspiration

Je me suis intéressé à l’artiste sur le tard. Comme souvent, j’avais tort. L’artiste moderne n’est plus un artisan qui a appris son métier d’un long compagnonnage. Depuis le 19ème siècle, au moins, c’est un intellectuel. C’est un « bourgeois bohème », il vient d’une famille aisée qui lui a payé des études. Sa vie est oisive. Au fond, toute son oeuvre consiste à se rebeller contre sa classe, à « épater le bourgeois ».

Son art est refus de la société et de la réalité. Il cherche l’inspiration dans la drogue et la destruction des traditions, de versification ou autre. Et cela débouche sur une impasse. L’artiste moderne est un être absurde ? En dehors d’un extraordinaire sentiment de supériorité, il n’a rien à dire ? Il n’a pas appris l’humilité, c’est son drame ?