Faiblesses d’un pouvoir fort

Il y a peu, la BBC s’inquiétait de ce que la constitution de la 5ème République donnerait tous les pouvoirs au Front National, s’il était élu.

Mais cela a déjà été le cas. Le pays a été réformé de fond en comble : de l’ascenseur social de la 3ème République aux champions nationaux gaullistes, tout a été retourné contre son intention. Le général de Gaulle avait cru qu’un pouvoir fort lui permettrait de contrôler les « intérêts spéciaux », et ce sont les dits intérêts qui se sont emparés du pouvoir !

De la difficulté de réformer une nation ?

Les vertus de l’arsenic

Depuis que j’écoute la BBC, je me passionne pour les affaires criminelles. Les raconter, est-ce un talent britannique ? Ou y a-t-il la même chose en France, mais je ne m’y suis pas intéressé ?

Il est vrai qu’entendre une histoire dans une langue étrangère ajoute beaucoup à sa séduction.

J’en tire la conclusion que les véritables histoires criminelles dépassent de loin la fiction. Je trouvais, par exemple, qu’Agatha Christie faisait un usage excessif de l’arsenic. Or, en son temps, il était visiblement d’usage courant. Je ne sais pas si c’est toujours le cas, mais on l’utilisait beaucoup dans les jardins. Et il était apparemment fréquent qu’il finisse dans un plat.

Ce que le crime véritable a d’intéressant est qu’il laisse toujours un doute. Il est quasiment impossible de prouver la culpabilité de qui que ce soit. Pour maintenir notre croyance en l’efficacité de la justice, la société doit être prête à sacrifier quelques innocents.

(L’émission s’appelle : Poison farm.)

Nanoparticule

On aurait trouvé des quantités de nanoparticules dans les bouteilles d’eau minérale. Jusque-là on ne savait pas les détecter.

J’ai découvert la nanoparticule au hasard d’une mission pour une entreprise qui, justement, avait les moyens de les mesurer. Elles sont inquiétantes, car notre système immunitaire est sans défenses face à elles.

Faut-il avoir peur de l’eau minérale ? Peut-être faudrait-il examiner ceux qui en consomment beaucoup ? (On peut imaginer que si les effets néfastes étaient manifestes on en aurait déjà pris conscience.)

En tous cas, on voit une nouvelle fois le progrès en marche. On « innove », puis on découvre que l’innovation avait des conséquences imprévues. La science est pleine de surprises.

Franchir l’impossible

Un jeune Malgache, Rija Rakotoarisoa, raconte « how he did it », façon traité de management.

C’est simplement écrit et passionnant. A chacun des 14 épisodes, on se demande comment on aurait fait à sa place. Et on aurait peut-être bien renoncé. Cela commence par ce que l’on nomme en France pauvreté : devoir emprunter pour manger, et s’éclairer à la lampe à pétrole. Mais il y a aussi un puissant désir de faire des études. Alors, il faut gagner sa vie, bien travailler à l’école, pour avoir une bourse, et faire 12km à pied par jour. Puis c’est l’arrivée en France, grâce à un oncle, pour préparer les grandes écoles. Mais comment faire, lorsque l’on ne parle quasiment pas le français ? Et cela continue comme cela, tout au long de sa carrière.

Une vie de champion ? A chaque revers, il réfléchit froidement. Ne jamais se laisser abattre. Tirer le maximum de ses forces et faire des compromis. Devant trouver des revenus tout en étudiant, il ne peut avoir de mention, ce qui devrait lui fermer toutes les portes. Eh bien non. Il veut ce qu’il y a de mieux, et cherche une voie de contournement pour l’obtenir, et la trouve, à chaque fois.

Cette vie ressemble beaucoup à celle de mon père et de la génération née un peu avant ou un peu après la guerre. Des gens pauvres qui s’élevaient dans la société grâce à leur détermination et à notre système éducatif. Cela confirme peut-être ce que je disais il y a peu concernant la domination de la vie politique anglaise par les « Asiatiques ».

Notre société moderne a cassé cette dynamique. Et je ne suis même pas sûr que l’histoire du livre puisse se répéter aujourd’hui : « l’ascenseur social » éducatif est désormais réservé à « l’élite ». Or, la société a besoin de l’élan vital de ses citoyens. Ce livre serait-il à étudier sérieusement pour en tirer le moyen de le faire revivre ?

Brexin ?

56% des Anglais seraient favorables à un retour dans l’UE. Qu’est-ce qui peut les empêcher de revenir ? Une émission de la BBC.

Escroquerie. Il ressort de l’émission que c’est le cadet des soucis de l’Anglais. Il pense avoir fait une erreur, mais il a d’autres sujets de préoccupation.

Mais l’émission n’était pas totalement perdue. J’en retiens que Mme Thatcher avait obtenu un rabais massif. Elle ne payait qu’un tiers de ce qu’elle devait ! Décidément, les Anglais avaient su tirer les ficelles de l’UE, et la traire. C’est peut-être ce qui a perdu Lord Cameron. Il a cru que tout lui était permis. Je continue à penser que le Brexit a sauvé l’UE. (Elle a encore beaucoup de chances de crever, mais, avec les Anglais à bord, sont trépas était certain.)

On apprend aussi que ce que l’Angleterre n’aimait pas dans l’UE, c’était la liberté de circulation. Elle veut maîtriser son immigration. Ce qui est surprenant puisque l’immigration nette est actuellement de plus d’un pourcent de la population. Là aussi cela semble confirmer un de mes biais : l’Anglais aime son empire, mais pas le continent.

L’homme et l’artifice

Powerpoint a une fonction illustration automatique (« concepteur de création »). Comme le correcteur orthographique, c’est l’intelligence artificielle mise à la disposition du petit peuple. C’est amusant à utiliser, une fois que l’on a compris les règles du jeu.

En effet, c’est d’une insigne stupidité. Pour une raison qu’il reste à expliquer, l’illustration est une sorte d’exact envers de ce que dit le texte qu’elle est supposée traduire. Pour obtenir quelque-chose d’intéressant, il faut se réduire à un seul mot. Ou jouer de l’effet de surprise. Surtout, le système a fort peu de mémoire. Ce qui rend compliqué l’essai erreur. Du coup, il faut apprendre à jouer, au contraire, sur cette caractéristique : on peut obtenir des effets curieux, en faisant perdre au système ses souvenirs. Ensuite, comme tout ce que fait Microsoft, cela ressortit au sens de l’esthétique de Bill Gates. Comme le disent les traités d’anthropologie : la marque du fondateur sur une culture d’entreprise est indélébile.

De l’effet du marketing sur l’esprit de nos dirigeants ?

Trumpisme

Les démocrates américains votent Trump. Avec lui c’est l’avenir de la démocratie qui se joue. Slogan simple et efficace. (Nouvelles de la BBC, hier.)

Et surtout, cela doit forcer leur extrême gauche à entrer dans le rang ? Car, c’est bien plus là que se trouve le danger que chez M.Trump ?

Apparemment, la situation de l’Américain se serait améliorée sous M.Biden, mais l’amélioration ne lui serait pas attribuée. Que trouve l’Américain à M.Trump ? Vengeance ? Rancoeur tellement forte que rien ne peut l’atténuer ? Peut-être serait-il bien de s’interroger sur ce qui en a été la cause ?

Jacques Delors

Je me souviens d’une habitante du seizième qui se lamentait de l’élection de François Mitterrand et de sa bande d’incultes, même pas polytechniciens. Parmi lesquels Messieurs Delors et Beregovoy.

Qui était Jacques Delors ? Surprise : un Gaulliste ! Il était passé au PS mais, apparemment, sans changer d’opinion. C’était surtout un syndicaliste chrétien. Et il a nationalisé. Mais il a été l’homme de l’Europe. Il n’était pas le candidat de Mitterrand, mais le seul acceptable par le reste de l’Europe. Et, avant de prendre son poste, il a eu l’idée de faire un bilan de la situation. Il a découvert que l’Union européenne menaçait de ne pas se relever des coups que lui avait portés Mme Thatcher. Qu’elle avait besoin d’un projet.

Pourquoi n’est-il pas ensuite devenu président de la France, alors qu’il était favori ? Parce qu’il a eu peur du PS, qui avait amorcé le virage qui en a probablement fait ce qu’il est peut-être aujourd’hui. (Plus rien ?)

(il avait la) crainte de se retrouver prisonnier d’un Parti socialiste français qui, après les années Mitterrand, basculait à gauche (Henri Emmanuelli était devenu premier secrétaire en 1994) et dans lequel le catholique progressiste et pragmatique qu’il n’avait jamais cessé d’être ne se reconnaissait pas. Ce n’est pas un hasard s’il a été sensible au concept allemand d’« économie sociale de marché ».

Article de Telos.

Modèle de pensée

La même personne peut se voir comme un rebelle réussi ou un carriériste raté. Ce qui fait notre bonheur ou notre malheur est la façon inconsciente dont nous « modélisons » le monde, semble-t-il.

De cette perspective découle notre action. Et cette action nous renforce dans nos croyances. Vicieuses ou vertueuses. Voilà ce que dit Martin Seligman. Ce qu’il est facile de vérifier dans sa vie quotidienne.

Le changement, en grande partie, est donc un changement de perspective. Par exemple, nous pensons, avec Darwin, que nous descendons de l’animal. Il semblerait que certaines cultures croient, au contraire, que les animaux descendent de nous. Cela change tout dans leur rapport à la nature. Notre science physique, autre exemple, part du principe, manifestement faux, que l’univers est fait « d’individus », atomes, étoiles, etc. Que donnerait une autre modélisation ?

Et si l’on jugeait les modélisations non par leur apparente ressemblance à la réalité, mais par leurs conséquences ?

Bonne guerre ?

Un journaliste automobile me disait que la question de la voiture électrique avait été abordée « n’importe comment ». Par exemple, une étude aurait montré que dans 9 cas sur 10, le câble de chargement d’une voiture hybride de flotte d’entreprise n’était pas utilisé. Si bien que le moteur charge la batterie. Et que la consommation d’essence est de 30% supérieure à celle d’un véhicule ordinaire.

Lorsque les USA ont décidé de gagner la guerre, ils ont conçu un plan méthodique pour écraser leurs adversaires. Peut-être faudrait-il se souvenir de cette leçon ?