Les illusions de Condorcet

Condorcet a inventé la « mathématique sociale », qui a été redécouverte par les économistes d’après guerre.

Il pensait que la justice était une question d’équations. Il est passé à côté de la complexité de la vie. Mais, en dépit de cela, il s’est cassé les dents sur des problèmes extrêmement simples. En particulier en ce qui concerne la théorie du vote. Il pensait que, pour faire le bonheur des peuples, il fallait trouver un moyen pour que le candidat élu soit celui qui aurait été préféré à tous les autres en combat singulier. Seulement, il n’y a pas toujours un tel candidat ! Il existe des cas, et on le voit dans nos élections, où l’on préfère a à b et b à c, mais c à a.

Surtout, il n’avait pas observé les phénomènes consubstantiels à la politique. Les politiques ne sont pas des virtuoses du gouvernement, mais des élections. Arrivés au pouvoir, ils découvrent qu’il ne donne pas le pouvoir sur la réalité. Gros Jean comme devant. Et c’est un milieu à part, qui tend à éliminer le plus dangereux, qui est généralement le plus compétent. La complexité se niche d’ailleurs dans des recoins inattendus : le politique honnête peut être le pire des incendiaires, quand il est prêt à couler un gouvernement qui ne fait pas exactement ce qu’il pense juste. (Clémenceau a été fatal à moult gouvernements et Mendès-France a été victime d’un fanatique.) Ce qui fait que ce qui émerge généralement est le pire, et non le meilleur. Et que le peuple adopte un « vote sanction ». Comme c’est actuellement le cas. Mais quelqu’un qui s’annonçait comme un « sale type » peut aussi se transformer et faire des miracles, comme ce fut le cas de Stresemann, qui aurait peut-être pu éviter à l’Allemagne le nazisme, s’il n’était pas mort prématurément.

Heureusement, le gouvernement ne fait pas le bonheur. Comme un orchestre, un pays peut vivre sans chef. Leçon ? La démocratie n’est pas une question d’élections, mais de vertu, comme le disait Montesquieu, à qui l’on attribue l’invention de la sociologie ?

Etudions la sociologie, plutôt que les mathématiques ?

Art de la négociation

Des proches de l’Iran tuent des Américains. M.Biden doit riposter, mais il ne veut pas provoquer l’Iran, comment faire ?

Il annonce des frappes multiples. On lui reproche d’avoir compromis l’effet de surprise. Et si c’était ce qu’il avait voulu faire ?

Ainsi, il ménage la chèvre et le chou. Il dit qu’il va frapper, mais, il s’assure que les dommages ne seront pas irréparables, et ne forceront pas l’Iran à une riposte, qui ne lui convient pas, d’ailleurs.

Tit for tat, dent pour dent, est la meilleure façon de se faire des amis, dit un article de ce blog.

Ptite tête

Le volume du cerveau de sapiens aurait régressé en 10 ou 20.000 ans. Abêtissement ? Question que se posait une émission de la BBC. (The body : a guide for occupants.)

Quantité ou qualité ? Toutes les têtes ne semblent pas avoir le même volume, et pourtant fonctionner aussi bien. En particulier, la tête féminine est plus petite que son équivalent masculin. Le volume du cerveau semble aussi avoir un lien avec la taille de la personne.

On pourrait aussi se demander si le volume ne tient pas au câblage. Le propre d’homo sapiens, me semble-t-il, est sa capacité à bâtir des sociétés, et des réseaux sociaux. Le professeur Cialdini constate que nous cherchons à économiser nos cerveaux et que nous le faisons en utilisant des euristiques sociales (si les autres le font, ce doit être bien…). Peut-être avons nous un cerveau économe ? A l’image de ces puces électroniques qui sont optimisées pour traiter un petit nombre d’instructions particulièrement fréquentes ?

Si c’est le cas, l’intérêt de ce codage doit se manifester très tôt, car il ne semble pas qu’il y ait beaucoup de différences entre la tête d’un homme des villes et celle d’un occupant de quelque forêt épargnée par la civilisation.

Lucy Malleson

Hasards de la BBC. Je découvre Lucy Malleson. Elle avait une profession commune en Angleterre : écrivain de roman policier. Mais elle a eu relativement peu de succès. Bien que ses idées, si j’en crois wikipedia, aient été plus originales que celles de ses consoeurs. (Son héros était un certain « Crook », avocat pour qui la fin justifiait les moyens, lorsque le succès d’une affaire était en jeu.)

Elle a aussi raconté sa vie, pendant la guerre de 14 et ensuite. On a oublié que, lorsque les héros sont revenus du front, après avoir connu l’enfer, ils n’ont pas trouvé de travail. Comment nourrir sa famille, dans ces conditions ? D’autant que les femmes, qui avaient parfois pris leur place, ne voulaient pas revenir à la maison. Et qu’on leur reprochait d’être trop âgés.

Puis il y a eu la crise des années 30, et, à nouveau, des personnes dans une pauvreté abjecte. Et toujours trop vieux pour travailler. La vieillesse en ces temps commençait à 30 ans…

Trouvait-on cela injuste ? Ou notre appréciation de la justice a-t-elle changé ? En tous cas, cela peut expliquer pourquoi ces anciens combattants ont trouvé mal venue la critique des pacifistes, issus de la haute bourgeoisie.

Génération misogyne ?

Un très puissant rejet du féminisme se ferait jour au sein des jeunes générations masculines, un peu partout dans le monde, disait BBC4, jeudi dernier. Les jeunes seraient, même, plus anti-féministes que les vieux. Et un quart de l’échantillon jugerait être plus mal traité que les femmes.

Michel Crozier observait que la société résiste à tout ce que l’on veut lui imposer par la force.

On peut se demander si la réaction n’est pas proportionnée à l’action. Ou disproportionnée ?

Morale ? La morale n’est pas une bonne façon de faire réussir un changement ?

(En me renseignant sur ce phénomène, j’ai noté que l’on en parle depuis quelques temps. On lit que la nouvelle est inquiétante, car les jeunes générations sont supposées être les plus ouvertes aux changements « sociétaux ». D’autres rappellent que l’opinion négative est minoritaire. Cependant, ils semblent ignorer l’effet sur lequel a joué la promotion moderne du féminisme : ce que le psychologue nomme « validation sociale » : notre jugement est influencé par celui des autres.)

Changement punitif

On en apprend tous les jours. Le changement peut être « punitif ». Ne parle-t-on pas désormais « d’écologie punitive » ?

J’ai passé ma carrière à redresser des changements mal partis. Je tends donc à dire : n’ayez pas honte de vos erreurs, recommençons, on va réussir ! Et si, une fois de plus, j’avais tort ?

Et si, la raison de ne pas recommencer était que l’on avait effectivement la volonté de « punir » ? Et que l’on avait le sentiment d’avoir été pris en défaut ? Et si lorsque ce type de changement ne rencontrait pas d’opposition, il causait effectivement des dommages à une partie de la population ?

Cerveau d’écrivain

Les informations de BBC4 de jeudi dernier disaient que l’ordinateur n’était pas bon pour le cerveau. Ecrire à la main est un exercice complexe et bénéfique.

Dans quel état mon cerveau est-il ? Je passe beaucoup de temps en face d’un ordinateur. Mais je continue à écrire. Je remplis un cahier par mois, environ, de notes prises dans des discussions.

Surtout, je ne suis pas à l’aise avec mon clavier, contrairement à l’Anglo-saxon qui a pris des cours de dactylo. D’autant que, depuis l’invention de l’intelligence artificielle, écrire est un combat. Un instant d’inattention et, hop, un contresens, ou une création poétique. Je dois en permanence déjouer ses pièges. Je ressemble à Donald Trump : je suis dans un état d’excitation permanent.

Vue son étonnante jeunesse, je me demande si la Faculté ne devrait pas réviser son jugement.

Sélection du plus agile

Think of it more like the Mississippi River before it was engineered, he explained. It rapidly shifted course in small areas over short periods, and yet for tens of millions of years the river’s overall journey led to the Gulf of Mexico. Similarly, a lizard population’s traits can vary over the short term and stay stable over the long haul.

Article de Quanta

L’évolution procède de deux façons : par des changements quasi instantanés, qui pourtant donnent des tendances stables à très long terme.

La sélection semble choisir à la fois une stratégie à long terme et une grande « agilité », qui permet d’y faire des entorses. Ce que nous constatons tous les jours ?

Résilient Arnault ?

Jeudi dernier, j’entendais les informations de BBC4 parler de la fortune de Bernard Arnault. Après avoir été faite par les très riches, elle l’est en ce moment par le peuple. C’est l’avantage de posséder un grand nombre de marques.

Contrairement à d’autres milliardaires, serait-il parvenu à « diversifier ses risques » ? Peut-être aussi a-t-il trouvé le secteur dont le baromètre est toujours au beau fixe : celui du luxe, celui qui capte l’excès de revenus de la classe qui réussit ?

Bernard Arnault

Good, bad billionnaire de BBC5 parlait de Bernard Arnault.

A sa sortie de polytechnique, son père lui fait don de la société familiale de BTP. 1000 personnes. Beau départ dans la vie. L’assurance n’attend pas le nombre des années. Après tout, il est polytechnicien. Il la transforme en société immobilière. A l’arrivée de la gauche, il émigre aux USA. Mais y fait un flop. Il n’a pas compris le marché. Le tournant de sa carrière est la reprise du groupe Boussac, qui embarrasse le gouvernement de l’époque. Contrairement à ses engagements, il licencie en masse. Et il le vend par appartements. Il fait de gros bénéfices. Puis il est appelé en ami par le groupe LVMH. Le loup est entré dans la bergerie.

Mais, on n’attendrait pas cela de l’austère et cassant polytechnicien : il a aussi beaucoup de flair. Il exploite les modes. Non seulement il perçoit, avant tout le monde, ce qu’il peut tirer du nouveau riche asiatique, mais il sait aussi exploiter la société des réseaux sociaux en associant ses marques à des célébrités montantes. Et il sait choisir des créateurs brillants et des dirigeants compétents.

Il semble aussi avoir perçu, avant beaucoup, que le marché avait de grosses défaillances. En particulier, qu’il est incapable de comprendre que le tout vaut plus que ses parties. Le groupe de Bernard Arnault, en conséquence, ressemble à Beaubourg : on en voit les organes. C’est une fédération de marques.

On peut aussi penser qu’en en faisant un produit de consommation pour oligarque, il a vidé le luxe français de son âme. Mais cela, c’est le propre du milliardaire : son innovation est bien souvent un tour de passe-passe ? C’est ce que la RSE peine encore à saisir ?