Guerre économique

L’UE envisage de nommer un commissaire à la guerre. Ce serait un Polonais. Il devrait son poste à l’action combinée de MM.Poutine et Trump.

What it wouldn’t be: A geopolitical role that could overshadow national defense prerogatives, particularly on nuclear weapons.

What it could be: An industrial policy role geared toward shared needs on ammunition and deploying EU investments into arms development programs spread out over several countries. 

Politico.eu d’hier

Comme je le disais, c’est de nouveau une question de politique industrielle. Et l’armement, à condition qu’on ne l’utilise pas, est la meilleure des politiques industrielles. Du moins on n’a rien trouvé de mieux. (J.K. Galbraith espérait qu’il serait remplacé par la conquête des étoiles, mais il n’a pas été entendu.)

Il semblerait que les « fous du marché » aient tort : ce n’est pas la concurrence qui fait la fortune des nations, mais une forme de planification étatique, qui rend l’avenir prévisible.

Le charme des extrêmes

On dit que le FN doit son succès à François Mitterrand. En fait, on sous-estime l’utilité des extrémistes.

Car, il semble bien de faire l’exact opposé de l’extrémisme. Ce qui est une autre forme d’extrémisme ! On peut ainsi faire le « mal » en toute bonne conscience.

Et cela va même très loin, jusqu’à une quasi connivence explicite : je lisais récemment dans un article de wikipedia que nazis et communistes avaient longtemps travaillé main dans la main à la destruction de la démocratie allemande d’avant guerre. L’ennemi des extrêmes, c’est le « milieu », la prudence et le sens des responsabilités ?

Les effets imprévus du changement

Discussion avec un dirigeant de pôle de compétivité. Il constate que la réforme des régions (universellement critiquée !) a produit le chacun pour soi. Chaque région est repliée sur elle-même. Elle voit l’autre comme une ennemie. Or la France est petite, elle a besoin de joindre ses forces !

Il constate aussi que, depuis quelques années, tout est devenu extraordinairement compliqué avec l’administration, qui semble se nourrir de ses dysfonctionnements. Elle n’est plus que paperasses et discussions sans fin.

Inquiétant. Effet imprévu des réformes libérales ? Ont-elles commis l’erreur signalée par Tocqueville : elles ont ouvert la boîte de Pandore de nos vices culturels ? La France éternelle est décrite comme une multitude de petites chapelles tenues ensemble par un pouvoir central fort. Tuer ce pouvoir produit un repli communautaire ?

Quant au comportement de l’administration, je me suis rappelé une histoire racontée par un anthropologue qui avait étudié une usine : elle était si robotisée que ses personnels n’avaient presque rien à faire. Si bien qu’ils prenaient des risques stupides pour prouver leur utilité. Et si le fonctionnaire, qui, lui aussi, n’a rien à faire, voulait justifier son poste ?

Les idées de Platon

J’ai eu une illumination. En lisant La philosophie des Lumières d’Ernst Cassirer, j’ai eu l’idée de la raison d’être des idées de Platon.

Ce qui m’a frappé en me penchant sur la philosophie, c’est qu’elle utilise des concepts qu’elle ne définit pas. Or, ces concepts sont insaisissables.

D’où le coup de génie de « l’idée ». Platon dit : certes j’aurais bien du mal à vous expliquer ce qu’est la justice, mais il y a quelque part dans les limbes l’idée de justice. Mon propos est un peu approximatif, mais il est globalement juste.

Mais ce n’est pas le plus intéressant. Car les Lumières et lui combattent la loi du plus fort. Ils lui opposent « l’idée » : puisqu’il y a une idée immanente de justice, la loi du plus fort n’a pas lieu d’être. Ne peut-on faire autre chose que de leur donner le paradis sans confession ?

Seulement, ce raisonnement est un sophisme ! La société n’obéit pas à la loi du plus fort. Elle établit, au contraire, des équilibres. Et lorsque l’on veut les bousculer, on provoque une révolte. Platon conduit à une autre forme d’asservissement que la force. Il asservit l’esprit de l’homme à un raisonnement fondé sur une idée erronée. Ce qui a pour conséquence de remettre les clés du pouvoir, comme par hasard, au philosophe. Comme il est dit dans La république. L’idée est la mère de l’aliénation ? L’arme de destruction massive de la « volonté de puissance » de l’intellectuel ?

(Le procédé de Platon est celui que dénonce Aristote. Platon oppose à la force l’extrême inverse, qui est une autre forme de perversion. Le bon chemin est le « juste milieu » entre les deux.)

Le Français tel qu’en lui-même ?

Je me suis lancé dans une sorte d’étude anthropologique de la France. Qu’en déduis-je ?

Un fait curieux. Le Français semble emprunt d’un contentement de soi que rien ne peut ébranler. Il peut commettre toutes les erreurs possibles, s’affirmer incapable de faire quoi que ce soit de pratique, de résoudre une équation élémentaire s’il se dit mathématicien, sans que la haute opinion qu’il a de lui-même soit ébranlée.

Il est tellement content de soi, qu’il n’a envie de rien. En conséquence de quoi, rien n’a de valeur pour lui, puisqu’il ne voit pas ce qu’il peut en tirer. En revanche, en grand seigneur, il est généreux de sa personne. Il peut beaucoup donner, mais il n’a pas « d’autonomie ». Sans stimulation, il est immobile. C’est un spectateur incapable d’être acteur.

Mais, comme dans un portrait à la Saint Simon, celui-ci n’est que contradictions. Le Français peut se lancer dans de grandes aventures, mais des aventures à la don Quichotte. Et quand il est parti, il est quasiment impossible de lui faire entendre raison. Quand on est conduit par Ciel, on n’a pas besoin de lumière.

Autre fait surprenant : on a vécu un demi-siècle de politique libérale, mais, au lieu de déchaîner nos esprits animaux comme elle l’espérait certainement, elle semble avoir retiré toute énergie vitale à la population. Même les immigrés qui, ailleurs, sont un moteur d’appoint, semblent abattus, chez nous.

(PS. Ce n’est pas en voyant les défauts d’une situation que l’on peut la faire changer !)

L’homme qui valait des milliards

Dans mon enfance, il y avait un feuilleton qui s’appelait « l’homme qui valait trois milliards ». Apparemment, c’était des anciens milliards, car le titre original serait « six millions de dollars ». Histoire d’un astronaute réduit en pièces, après un atterrissage raté, et qui est reconstruit avec l’état de l’art du progrès. (Il ne valait pas cher, à l’époque.)

En fait, c’est une escroquerie. Nous sommes à des années-lumières de savoir produire des matériaux aussi performants que ceux qui constituent notre corps. C’est d’ailleurs une des raisons de l’intérêt que l’on porte au biomimétisme.

Mais, le plus étonnant est que, comme les animaux, nous sommes faits de beaucoup de choses qui ne semblent pas avoir une utilité évidente, comme, par exemple, le menton. Ou même les cils et les sourcils.

Je me demande si tout cela ne s’explique pas par « l’esthétique », un mot que l’on utilise lorsque la raison est à genoux. Une sorte de génération d’idées aléatoires, dont certaines plaisent au peuple, on ne sait pas pourquoi, et qui ont pour caractéristique d’avoir des effets sociaux. Le paon a de belles plumes, ou l’homme un menton, non parce que cela trahit des gènes efficaces, mais parce que cela produit des rites qui soudent le groupe ? Ou encore que la vie est création, et que la création est un effet heureux du hasard ?

(Réflexions venues de The body : a guide for occupants, de la BBC.)

Warren Buffett

Un Christophe Faurie milliardaire ressemblerait probablement à Warren Buffett, ai-je pensé. Il n’est pas intéressé par l’argent, mais seulement par son métier. La valeur de son fonds, qui aurait augmenté de 20% en moyenne par an, ne fait que refléter la qualité de son travail. Et Warren Buffett est dans sa 94ème année…

Sa méthode ? Ne jamais vendre et ne pas distribuer de dividendes. Car cela signifie payer des impôts. Et investir dans ce que l’on aime, et que l’on consomme. La marque est une garantie. Et acheter lorsque tout le monde perd de vue la valeur réelle de l’affaire (ce qu’il a fait lors de deux crises mondiales). Peut-être aussi un mélange habile d’investissements. Il possède, notamment, une assurance. Or l’assurance produit beaucoup de « cash ». « Cash » qu’il faut placer en attendant que l’on en ait besoin pour dédommager un assuré. Et qui lui permet d’investir.

C’est l’anti spéculateur. Peut-être son exemple est-il la preuve que les marchés financiers ont un minimum de rationalité ? Warren Buffett, prix Nobel ?

(Renseignements venus de Good, Bad Billionaires de la BBC.Sinon, une vie calme consacrée à son métier, avec pour seule originalité un ménage à trois voulu par sa première épouse, qui avait besoin de temps pour s’occuper de sa propre carrière. )

Le salaire de la peur

Le président Trump va-t-il abandonner l’Europe à son triste sort ? On s’inquiète.

Et si l’Europe avait tout à gagner à devenir une puissance militaire ? Les dépenses d’armement tirent l’économie de manière prévisible, la stabilisent, et favorisent l’innovation. Il me semble que l’on disait cela après guerre. C’est une forme de relance keynésienne. Un mécanisme qui défie le bon sens.

Une Europe puissante, qui ferait bloc, ne pourrait-elle pas devenir l’équivalent des USA ?

(En outre, elle aurait aussi les moyens de ses bonnes intentions.)

François Bayrou

L’autre jour, François Bayrou manifestait bruyamment son mécontentement. Il exigeait un plus grand nombre de ministres de son parti au gouvernement. J’avais oublié qu’il existait.

Et pourtant, j’ai vérifié : il est bien commissaire au plan. Mais qu’y a-t-il fait ? Rien ?

Et pourtant, c’est le plus beau poste qui soit ! Comme le disent les Japonais et les théories du management, la richesse est en bas de la pyramide, c’est là que tout se fait. S’il s’était donné la peine de sortir de chez lui, il aurait peut-être pu comprendre ce qui n’allait pas dans le pays, mais aussi son « potentiel ignoré ». Et il aurait pu proposer à notre président les moyens d’une belle stratégie glorieuse et enthousiasmante, réconciliante et « antichiante ».

Décidément, qu’il est confortable d’être une victime ?