Paroles

Israël exécute deux responsables Iraniens et une possible « bavure » tue 7 membres d’une ONG. Qu’en déduire ?

Peut-être qu’il y a d’un côté les paroles, et de l’autre les actions. Il semble qu’Israël soit, paradoxalement, en position de force. C’est peut-être pour cela qu’elle a été surprise par l’attaque du Hamas.

Quant à l’opinion publique, elle crie beaucoup, mais elle fait peu. Au temps des réseaux sociaux, l’homme n’a plus d’émotions ? Il vit dans un monde virtuel à la Matrix ?

(Quant aux otages, ils sont oubliés. Ou l’on ne peut plus rien faire pour eux ?)

AJ Cronin

Dans la bibliothèque de mes parents, il y avait des livres d’AJ.Cronin. Un préjugé avait fait que je ne les avais pas lus. Je me méfie des célébrités. Elles vieillissent mal.

Or, miracles de la BBC, j’ai entendu un feuilleton tiré d’un de ses livres. Une histoire assez plaisante d’un médecin (Dr Finlay) exerçant en Ecosse entre les deux guerres. Un temps où le médecin était encore un être estimable. Un missionnaire de la science désintéressé au milieu d’un peuple d’incultes.

Miracle de wikipedia : j’ai pu me renseigner sur AJ Cronin, qui fut aussi une personne estimable. Son expérience de médecin et ses livres auraient été à l’origine du NHS…

Bien être

Les mots changent de sens… Une étude de l’université de Cambridge.

Aujourd’hui, « bien être » est une question individuelle, une forme d’égoïsme, et du « big business ».

Apparemment, dans les années 70, cela signifiait « réaliser votre potentiel, produire beaucoup d’énergie, et la mettre au service de la société« . Etre bien dans sa peau était une « mission sociale« .

Paradoxalement, cela signifiait aussi le changement. La société devait évoluer pour aider l’homme à être heureux, alors que les techniques modernes comme la « mindfulness » visent à amener l’individu à accepter la société telle qu’elle est.

L’auteur de l’étude semble penser que nous ferions bien de revoir notre vocabulaire…

Sécurité

Nous, les Occidentaux, avons connu l’illusion de la sécurité. Mais ce n’est plus le cas. Le philosophe Ben Ansell traitait de cette question. (The Reith lectures, la BBC.)

A l’Aristote, il pense que le bon chemin est entre les extrêmes : dictature ou anarchie. Et ce bon chemin est celui de la confiance.

Et, effectivement, l’Occident semble s’être quelque-peu laissé sombrer ce dernier demi-siècle dans « l’anarchie », ce qui a provoqué une réaction dictatoriale.

Mais comment rétablir la confiance ? La « leçon » ne me semble pas contenir de recommandations très pratiques. Une idée : on a confiance en quelqu’un lorsque l’on partage ses valeurs.

Je crois aussi que la confiance est une question d’équipe. Pour qu’une équipe gagne, il lui faut un objectif commun, un objectif fort. Il lui faut aussi des règles internes, que chacun trouve « justes ».

C’est aussi une question de confiance en soi et d’engagement : chaque joueur doit savoir ce qui fait sa force unique, sur quoi il peut s’engager, en étant certain de tenir parole.

Drôle de démocratie

Curieuse situation. La Russie a déclaré ouvertement la guerre à l’Occident, et la Chine a fait de même, en plus dissimulé.

Et l’Occident est attaqué par des courants internes favorables à la Russie, et d’autres, qui le dénoncent comme un mal absolu. Et pourtant, il fait comme si de rien n’était. Comme si tout le monde était beau et gentil.

Serait-ce ce qui fait la force d’une démocratie ? Elle libère tellement d’énergie que, dans le lot, le bon excède radicalement le mauvais ?

Démocratie

Le philosophe Ben Ansell envisageait l’avenir de la démocratie (The Reith Lectures, de la BBC).

En l’écoutant, j’ai pensé que le philosophe n’avait plus d’avantage concurrentiel. La massification de l’enseignement supérieur l’a fait sombrer dans le bon sens commun. Il ne peut plus guère essayer de nous impressionner que par ses diplômes. Mais de quoi sont-ils la garantie ?

En tous cas, j’ai retenu que, selon un certain nombre de mesures, on tendait à vivre mieux dans une démocratie qu’ailleurs. Certes. Mais j’aurais aussi aimé qu’il évoque la maladie de la démocratie, qui tend à voir émerger des « oligarchies » et qui produit une lutte des classes suicidaire.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que l’on rabaisse la démocratie à la simple capacité de voter. On croit que la bonne démocratie est une question de réglage : plus ou moins de proportionnelle ici ou là…

On ne perçoit pas la « complexité » (au sens d’Edgar Morin) du phénomène politique. Comme tout groupe humain, les politiques deviennent une société à part, avec leur « culture » (au sens anthropologique), un être. Il y a « déplacement de but », comme le disait le sociologue Merton, au sujet de la bureaucratie : la politique ne sert plus le peuple, elle est dirigée par des règles qui lui sont propres. La démocratie peut être l’illusion du choix, comme le disait Tocqueville.

En fin de compte, il n’y a que la crise qui ramène le politique à la réalité. C’est aussi pour cela qu’un régime dirigiste peut être plus démocratique que la démocratie : il a peur du peuple.

(En tous cas, il me semble que l’erreur de la démocratie est de croire que le politique c’est l’autre, la démocratie ne peut pas être purement représentative, c’est l’affaire de tous.)

Cerveau

Je lis un livre qui traite du cerveau. Je découvre, ce que tout le monde sait, qu’il a fait l’objet d’études patientes, qui l’ont décrit morceau par morceau, dans d’infinis détails. Et qu’un de leurs intérêts est, quand on prend un peu de recul, de reconstituer à partir de ces parties, un tout qui a un comportement compréhensible.

J’avais oublié l’utilité de la science. J’en étais resté aux succès de la physique, qui, un temps, a cru pouvoir représenter le tout par une équation. La véritable science est, en fait, un travail de fourmi. Le scientifique est un artisan. Seulement, de temps à autres, il doit lever le nez de son travail pour retrouver une vision d’ensemble.

Jon Fosse

Jon Fosse, illustre inconnu. Prix Nobel de littérature.

Ses nouvelles regardent le monde avec les yeux du tout petit enfant.

Et c’est inquiétant. Car la pensée de l’enfant est logique, mais c’est une logique qui est incompatible avec celle de l’adulte. Comment passe-t-on de l’une à l’autre ? Et si l’on n’y parvenait pas ?

(Scenes from a childhood. Lectures de la BBC.)

Travail gratuit

Je lisais quelque part que le travail de la femme représentait des milliards d’impayés.

Etant célibataire, et m’occupant des tâches ménagères, cela m’a fait penser que j’étais aussi un exploité. Mais, en observant ce qui se passe autour de moi, je constate qu’hommes et femmes travaillent tout autant l’un que l’autre « gratuitement » : je n’en vois jamais un se reposer, pendant que l’autre s’occupe de l’intérêt général. Seulement, il y a division des tâches.

Vous qui faites l’opinion, serait-il temps que vous preniez conscience que la société a changé ?

(Et, d’ailleurs, pourquoi vouloir donner à tout une valeur marchande ? Ce qui a le plus de prix, n’a pas de prix.)

Calvin

A l’étranger, et peut-être en France, peu de gens savent que Calvin était français. Il est vrai que Calvin (calvine, plutôt) est devenu un prénom anglo-saxon.

Concordance des temps, de France culture, lui consacrait une émission (16 mars). Je n’ai pas appris grand chose, sinon que c’était un malade et un esprit totalitaire (le propre du Français ?) qui a fait griller et tuer une bonne centaine de personnes durant son règne sur Genève. Ce qui, compte-tenu de la taille de la ville à l’époque, doit être comparable aux sévices de la Terreur. En tous cas, les catholiques se seraient inspirés de ses pratiques.

Il est curieux de penser qu’avec un tel passé, Genève ait pu devenir une ville aussi pacifique. Ce qui ne tue pas renforce ? (D’un autre côté, la France n’a pas appris grand chose de la Terreur : la culture nationale serait-elle aussi à prendre en compte ?)