Le philosophe Ben Ansell envisageait l’avenir de la démocratie (The Reith Lectures, de la BBC).
En l’écoutant, j’ai pensé que le philosophe n’avait plus d’avantage concurrentiel. La massification de l’enseignement supérieur l’a fait sombrer dans le bon sens commun. Il ne peut plus guère essayer de nous impressionner que par ses diplômes. Mais de quoi sont-ils la garantie ?
En tous cas, j’ai retenu que, selon un certain nombre de mesures, on tendait à vivre mieux dans une démocratie qu’ailleurs. Certes. Mais j’aurais aussi aimé qu’il évoque la maladie de la démocratie, qui tend à voir émerger des « oligarchies » et qui produit une lutte des classes suicidaire.
Ce qu’il y a de curieux, c’est que l’on rabaisse la démocratie à la simple capacité de voter. On croit que la bonne démocratie est une question de réglage : plus ou moins de proportionnelle ici ou là…
On ne perçoit pas la « complexité » (au sens d’Edgar Morin) du phénomène politique. Comme tout groupe humain, les politiques deviennent une société à part, avec leur « culture » (au sens anthropologique), un être. Il y a « déplacement de but », comme le disait le sociologue Merton, au sujet de la bureaucratie : la politique ne sert plus le peuple, elle est dirigée par des règles qui lui sont propres. La démocratie peut être l’illusion du choix, comme le disait Tocqueville.
En fin de compte, il n’y a que la crise qui ramène le politique à la réalité. C’est aussi pour cela qu’un régime dirigiste peut être plus démocratique que la démocratie : il a peur du peuple.
(En tous cas, il me semble que l’erreur de la démocratie est de croire que le politique c’est l’autre, la démocratie ne peut pas être purement représentative, c’est l’affaire de tous.)