Solidarité

Le philosophe Ben Ansell parlait de solidarité (Reith lectures, BBC.)

Je suis arrivé à des conclusions qui semblent proches des siennes. En particulier, la solidarité doit être préférée à la charité, un concept très anglo-saxon. La solidarité est la reconnaissance qu’il n’existe pas de sous-homme. Que nous partageons tous une même nature, « l’humanité ». Ce qui explique la notion de « crime contre l’humanité ». Je crois aussi que le moyen de la solidarité n’est pas le revenu minimum, mais le service public. Ce n’est pas parce que l’on est né à tel ou tel endroit, que l’on ne doit pouvoir faire que certaines études, par exemple. Il me semble aussi que le propre de la solidarité est d’être sans arrêt en mouvement, en réinvention. On ne doit pas pouvoir s’en libérer l’esprit comme on tend à le faire avec le revenu minimum, une fois pour toute. On doit avoir la solidarité sur la conscience.

Ben Ansell observait aussi un fait curieux : la solidarité demande la croissance. En effet, au moins actuellement, il me semble que pour donner il faut gagner de plus en plus (c’est le combat de l’association des interpreneurs). Vérité empirique.

Mais il y a croissance et croissance. Aujourd’hui ce que l’on appelle « valeur » semble le résultat d’une « aliénation ». La valeur est donnée à ce qui n’est pas bon pour nous. Un changement à réussir est, certainement, d’inverser cette tendance. Mais cela, ce n’était pas dit dans la leçon.

Turquie européenne

Les élections municipales turques furent un revers pour M.Erdogan.

Le maire d’Istamboul semble avoir les qualités nécessaires pour remporter la prochaine élection présidentielle. Après la Pologne, la Turquie pourrait-elle redevenir un peu plus démocratique ? Après des années de vaches maigres, les démocraties reprendraient-elles du poil de la bête ?

Ce qui me donne une curieuse idée : et si la Turquie entrait, finalement, dans l’UE.

Pour cela je propose une méthode que j’ai utilisée pour absorber des entreprises. Et qui marchait fort bien, contrairement à ce qui se pratique d’ordinaire. Il s’agit de se demander au préalable pourquoi l’on veut de la Turquie. Que nous apporte-t-elle que nous n’avons pas. Et inversement. Et tout cela ensemble qu’est-ce que cela nous donne envie de faire ?

Addiction

Addiction, anglicisme.

Comme beaucoup d’anglicismes qui entrent dans notre vocabulaire, il a une racine latine.

La traduction française est intéressante. Elle parle de « s’adonner », « se livrer », « s’abandonner », « d’attachement », « d’inclination », de « penchant ». Elle révèle aussi « qu’addict » ne concerne pas uniquement la drogue : on peut être « addicted to Muses » ou « to study », c’est-à-dire s’adonner à l’étude.

L’anglicisme est-il une paresse de l’esprit ?

Croyance artificielle

Generative AI is sucking up cash, electricity, water, copyrighted data. It is not sustainable. A whole new approach may be needed.

Financial Times du 6 avril

FT donne la parole aux critiques de l’Intelligence artificielle. Ou plutôt aux sceptiques. Ils sont majoritaires. Mais ils n’ont pas l’oreille des médias. (Particulièrement en France, dont les journalistes ont depuis longtemps mis leur cerveau en veille.)

Un simple constat : l’IA ne marche pas.

Le véritable enseignement de cet article, à mon avis, est que tout le monde sait que l’IA est un leurre, mais il y a tellement d’argent à placer qu’il faut bien lui trouver un emploi. Alors ce que l’on demande aux ingénieurs de la Silicon Valley, ce sont, simplement, des idées nouvelles et qui puissent être un peu crédibles. Au moins par des journalistes.

Biais gaulois

Aide à un entrepreneur. Il lui faudrait un contact avec telle entreprise, qui aurait vraiment besoin de ses produits. C’est un grand expert, et son discours semble très cohérent. Jusqu’à ce que je comprenne que je suis le client final auquel l’entreprise en question est supposée vendre son produit. Et que non seulement moi et mes semblables, nous ne sommes pas intéressés, mais que tout le circuit de vente n’est pas compatible avec ses idées.

Ce avec quoi il est d’accord. Il va abandonner cette idée après laquelle il semble courir depuis des années.

Je me suis demandé si l’on n’avait pas là une des caractéristiques du dirigeant français dont on m’a tant parlé. Il se fait une idée de ce dont a besoin le marché, et il part dans une croisade à la don Quichotte, jusque, parfois, à faire faillite. Cette croisade a quelque-chose d’éminemment moral, si bien qu’il vit ses difficultés comme des injustices. Ce qui fait qu’il ne songe pas à changer de cap. Il peut entendre raison, seulement il est souvent bien trop seul pour en avoir l’occasion.

Tiré-je trop d’un simple exemple ?

Court circuit

Le séisme à Taïwan rappelle la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement en puces électroniques

Le Monde du 6 avril

« Dialectique » dirait peut-être Hegel. Hier la globalisation était l’alpha et l’omega. Aujourd’hui on a l’impression que le sort s’acharne sur la « supply chain ». Epidémies, guerres, accidents…

Enseignement ? Tout ce qui est arrivé était prévisible, et prévu par les gens que lit ce blog. Il y a une science qui marche. Ce qui révèle peut être une des lois d’airain de l’économie de marché : profiter de l’inertie de la société pour lui faire prendre des vessies pour des lanternes. La globalisation fut une belle bulle spéculative ?

Peut-être aussi que, comme dans la dialectique de Hegel, c’est un mal pour un bien. Ce mécanisme pervers empêche l’humanité de s’endormir ? Il la force à avancer ?

TSMC boosts Biden’s AI chip ambitions with US production deal
The world’s biggest chipmaker, Taiwan Semiconductor Manufacturing Co, has agreed to make its most advanced products in Arizona from 2028, in a boost to the Biden administration’s efforts to bring the semiconductor supply chain on to home soil.

Financial Times du 8 avril

Impuissance

pour des raisons qu’il serait intéressant de comprendre (par conviction ou par recherche d’une posture valorisante ?) les journalistes politiques (intervieweurs, éditorialistes, enquêteurs) ont fait se déplacer le centre de gravité qu’ils occupaient. Ils se sont progressivement positionnés presque exclusivement comme les représentants du peuple face aux pouvoirs en place, et donc d’une position d’intermédiaires éclairés, ils inclinent à se muer en opposants, quitte à empêcher le pouvoir de s’exercer. Cette mise en scène d’une légitimité du peuple (représenté par les journalistes) face à la légitimité des pouvoirs en place produit l’image d’une société bloquée, minée par les passions et les désaccords inexpugnables, au plus loin d’une démocratie régulée par des débats et des alternances. Une symbolique de l’impuissance se dégage de ce face à face mimant une guerre de positions, et constitue un élément de taille pour instiller un climat anxiogène, voire désespérant.

Article de Telos

Les journalistes sont-ils coupables de la déprime nationale ?

La question est-elle utile ? Ou, plutôt, faudrait-il chercher les conditions qui rendent au Français le sens de ses responsabilités ? Qui le sortent d’un si agréable sentiment « d’impuissance » ?

Anti dépresseur

450.000 prescriptions d’anti-dépresseurs à des moins de 18 ans, en un an, disait les nouvelles de la BBC, l’autre jour.

Jeunesse déprimée ? Ou acharnement thérapeutique ? Maslow disait que l’amitié était la psychanalyse de l’homme bien portant…

Ce qu’il y a de curieux est que, dans ma jeunesse, on vantait une société de « l’opulence », et qu’ensuite, on n’a voulu qu’améliorer les choses. Or, il semble bien que beaucoup de choses aient empiré. Peut-être serait-il temps d’oublier les beaux discours et de mener une enquête sur l’état de notre société, et sur ses pratiques ?

on the one hand, we have overly paranoid parenting that looks for labels and diagnoses for normal (albeit sometimes difficult) emotions and experiences. On the other, we have laissez-faire parenting that gives prepubescent children a portal to an alternative universe in their pockets with virtually no legal limits. This paradox has led to a generation of digital guinea pigs who are not so much depressed as helplessly confused: undergoing all the usual trials and tribulations of adolescence (break-ups, peer pressure, self-consciousness and body image) with new challenges and dangers, while being told by everyone — schools, parents, social media — that they should constantly be checking in on their mental health.

Article UnHerd

Paroles

Israël exécute deux responsables Iraniens et une possible « bavure » tue 7 membres d’une ONG. Qu’en déduire ?

Peut-être qu’il y a d’un côté les paroles, et de l’autre les actions. Il semble qu’Israël soit, paradoxalement, en position de force. C’est peut-être pour cela qu’elle a été surprise par l’attaque du Hamas.

Quant à l’opinion publique, elle crie beaucoup, mais elle fait peu. Au temps des réseaux sociaux, l’homme n’a plus d’émotions ? Il vit dans un monde virtuel à la Matrix ?

(Quant aux otages, ils sont oubliés. Ou l’on ne peut plus rien faire pour eux ?)