BBC

Donald Trump ou l’inflation ? Lors d’un précédent différend avec un média, il ne demandait qu’un milliard de dommages et intérêts. A quand les mille milliards ?

Donald Trump says he will sue BBC next week for up to $5bn

Financial Times du 15 novembre

Voilà qui pose beaucoup de questions.

D’abord, celle de la liberté de la presse et de la liberté d’opinion.

Ensuite celle de la BBC. Car, elle est en tort. Elle a manipulé de l’information, et ce n’est pas la première fois. L’impeccable BBC n’est plus ce qu’elle était. Non seulement elle a perdu son éthique professionnelle, mais elle semble victime de curieux scandales internes. Elle ne paraît pas faire ce qu’elle prêche aux autres. Est-elle la seule dans ce cas ? Laisser-aller général ? N’aurions-nous pas besoin de retrouver un rien de rigueur intellectuelle ?

Et finalement celle de la justice. Car M.Trump utilise une tactique qui lui a servi toute sa vie : je peux vous ruiner en frais de justice. Une telle justice n’est plus une justice.

Association de malfaiteurs

Affaire Sarkozy : il n’y a pas de preuves, c’est un coup monté, me dit-on. Ce qui m’ennuie dans ce genre de propos est que c’est une attaque contre la justice. Or, que sommes-nous sans justice ? Ce qui est en train d’arriver aux USA ?

En fait, ce que j’avais entraperçu était probablement erroné : il était dit qu’il avait été condamné sans preuves. Or, il a été condamné pour « association de malfaiteurs ». Dans ce cas, il ne faut que des présomptions. C’est une loi « de droite » (selon wikipedia, elle remonte à Napoléon, mais a été révoquée par le gouvernement Mitterrand, et rétablie par le gouvernement Chirac). Sa justification tient au terrorisme. Dans ce cas, il est souvent impossible de prouver quoi que ce soit. Et il faut, dans la mesure du possible, agir avant le crime. Ce que nous rappelle l’anniversaire des attentats du 13 novembre 2015 – qui auraient peut-être pu être évités, d’après ce que je lis.

Ce qui demeure est la personnalité de la présidente de la Cour qui a condamné le président de la République : elle avait manifesté contre lui, il y a des années. Dans le cas de présumés terroristes cette question ne semble pas se poser. Le peuple est unanimement d’accord pour les condamner. Justification de ce type de loi : « voix du peuple, voix de Dieu » ?

On en arrive à un dilemme : l’obsession de la justice est d’éviter quasiment à tout prix de condamner un innocent. Ce principe profite au coupable, en particulier lorsqu’il est riche, et que le coup qu’il a fait ou qu’il compte faire est grave, car il a les moyens de supprimer toutes les preuves. Ce qui peut conduire certains à vouloir se faire justice eux-mêmes. La bonne justice n’est pas une question de règles, mais de discernement ?

Monique Lévi-Strauss

Monique Lévi-Strauss est une charmante dame de 99 ans, qui s’exprime avec le mot juste, ce qui est rare, actuellement.

Elle fut l’épouse de Claude Lévi-Strauss. Elle est fille d’un ingénieur belge, ayant commencé à travailler à 6 ans, et devant son ascension sociale à la guerre de 14, qui lui valu, en échange d’en avoir réchappé, de faire des études qui l’ont amené à Harvard, et d’une mère juive de nationalité américaine. Elle a commencé sa vie dans la « judéo Passy » de la bourgeoisie juive progressiste, avant que son père n’emmène sa famille en Allemagne, en 1940, pour qu’elle apprenne l’Allemand !

Cela lui a peut-être sauvé la vie. Car, là-bas, personne ne savait qu’elle était juive. Elle a connu la faim, les bombardements quotidiens, mais y a fait toutes ses études. Elle en rapporte une « contre histoire » de l’Allemagne, une histoire de solidarité et d’entraide, entre personnes qui réprouvaient le régime, mais craignaient pour leur vie.

De retour en France, après un passage aux USA, elle a côtoyé les existentialistes, qui semblent avoir été d’horribles machos, pour qui la femme était un objet. Puis elle a dû à ses talents de traductrice de rencontrer Jacques Lacan, puis Claude Lévi-Strauss, qui traversait une mauvaise passe, et qu’elle a guéri d’une hypoglycémie, qui le rendait irritable, et lui avait peut-être coûté ces deux premiers mariages.

Elle est surtout un témoin d’une époque oubliée.

(Origine : France culture.)

Raison d’être

En écoutant une émission traitant de sorcellerie et de possédés, j’ai pensé qu’ils ne paraissaient étranges que parce que nous les jugions du haut de siècles d’accumulation de connaissances.

Il est peut être bien plus étrange de penser que l’on puisse mettre la nature en équations.

Bien sûr, ces équations ne disent pas tout. Lorsqu’on veut les pousser un peu loin, elles débouchent sur l’absurde. Mais, tout de même, elles ont permis de construire un monde rassurant.

La raison semble le propre de l’homme. J’entendais une autre émission remarquer que dès que l’enfant jouait, il créait des règles. Nous semblons naturellement chercher à modéliser ce qui nous entoure, à en expliquer le comportement.

Cette raison donne-t-elle un sens, une direction et un but, à l’histoire, comme le pensait Hegel ? Finirons-nous dans un monde rationnel ? Un monde « artificiel » au sens d’Herbert Simon, que l’homme a créé à son image ? L’utilité des Trump, et de leur agitation folle, serait-elle de nous rappeler, de temps à autre, de ne pas nous endormir sur nos lauriers, et de reprendre conscience de la raison de règles qui sont devenues une seconde nature ? Mais serions-nous, tout de même, déterminés, par cette étrange faculté ?

Edmond Pognon

Comment peut-on se nommer « Edmond Pognon » ? me suis-je demandé.

J’ai trouvé ce nom au bas de préfaces. Par la même occasion, j’ai découvert le « club des bibliophiles de France ». Ce club semblait chercher des livres rares, dans mon cas, d’un corsaire de Napoléon, et d’un auteur japonais de la fin du 19ème siècle. Apparemment, d’après Wikipedia, ce fut un conservateur de musée important, qui eut le tort de s’enflammer un peu trop bruyamment pour le génie français pendant la collaboration. Mais le savant est-il de ce monde ?

Toujours est-il que j’ai préféré l’introduction aux livres. Elle m’a rappelé des corrigés de dissertation d’après guerre trouvés dans de vieux manuels. Je me suis dit qu’en ces temps, on atteignait à une subtilité intellectuelle que l’on a perdue. Sentir les limites de son cerveau est toujours inquiétant. Mais à quoi cela sert-il d’atteindre de tels sommets ? Plaisir d’esthète, seulement ?

Micro histoire

La micro histoire serait l’étude de faits historiques isolés. Par exemple tel ou tel procès. Elle est associée aux travaux de Carlo Ginzburg.

Ces « sondages » révèlent souvent les erreurs de l’histoire officielle. Les gens ne pensaient pas comme nous le croyions. La société était plus complexe qu’on ne le disait. De ces faits isolés peut émerger une nouvelle compréhension de notre passé.

Peut-être cela révèle-t-il surtout que l’historien obéit à des préjugés ? Tout groupe social semble tendre à former des « consensus », incompatibles avec la démarche scientifique ?

Comment peut-on être poète ?

Alain Finkielkraut s’interrogeait : quelle était la cause de la disparition de la poésie ? Il semblait penser, comme d’habitude, que cela tenait à la disparition de l’école traditionnelle. L’enfant n’apprend plus par coeur.

Je ne le crois pas. Comme mes camarades, à l’école, je fuyais la poésie comme la peste. Elle était à la mode avant guerre et dans l’immédiat après-guerre, mais les vents de 68 me semblent lui avoir été fatals.

En fait, la poésie est partout. C’est celle de Bob Dylan. Comme lui, le petit jeune a découvert qu’avec quelques accords de guitare et quelques mots arrangés bizarrement, on faisait de l’art à bon compte. La poésie est devenue « pop ». Et comme elle se vendait bien, le business s’en est emparé et a mis a son service son marketing laveur de cerveaux.

Pour parler comme un anthropologue, la poésie me semble un composant de la culture d’une société, un de ses moyens d’expression. Elle est à l’image de la société.

Jean-François Billeter

François Jullien m’a amené à Jean-François Billeter. A l’époque, je m’intéressais à la civilisation chinoise. J’avais lu un livre de François Jullien, que l’on présentait comme un expert du sujet. Il m’avait indigné : délire de « philosophe ». (Il en était d’ailleurs de même des oeuvres d’un disciple de Durkheim.) C’est ainsi que le titre « Contre François Jullien » a attiré mon attention. Et que j’ai acheté cet ouvrage de Jean-François Billeter. C’était le travail sérieux d’un anthropologue. Et c’est ainsi que j’ai eu envie d’écouter l’émission que lui consacrait récemment France Culture.

J’ai découvert un Suisse à l’esprit très germanique. Modestie et méthode. Il a consacré la première partie de sa vie à enseigner la langue et la culture chinoise. Epuisé, il a pris sa retraite à 60 ans. Et, petit-à-petit, il s’est mis à publier.

Il me paraît s’être intéressé à une de mes préoccupations : ce que Montesquieu aurait appelé « l’esprit des lois », c’est à dire les caractéristiques d’une culture humaine, les forces qui expliquent son histoire, et avec lesquelles il faut jouer pour lui donner le destin qu’elle mérite. Ses travaux ne portent pas uniquement sur la Chine. Il s’est penché aussi sur notre société, et sur des thèmes qui reviennent dans ce blog. En particulier, le « nihilisme », mal de notre temps, auquel il oppose une sorte de culture de soi, un travail de développement de son potentiel, qui donnerait la liberté. Il oppose aussi fini et infini : le capitalisme, en particulier, est fondé sur l’hypothèse absurde d’un empilage infini de biens matériels. La vie est une oeuvre, finie.

Plus curieusement, peut-être, il penserait que le salut pour l’Europe est d’être une nation de régions.

A étudier.

(Inspiré par France Culture.)