Protégez-moi de mes amis

Il y a quelque-chose de curieux dans la vie : on n’est jamais autant en danger que lorsque l’on est mû par l’intérêt général.

Cela tiendrait-il a une caractéristique humaine, voire de la nature ? Elle cherche en permanence à exploiter nos faiblesses ?

En fait, comme le disait le livre de Iain McGilchrist, nous sommes conçus pour. Et peut-être même qu’il y a des bénéfices à tirer de la vigilance. Seulement, elle ne semble fonctionner que lorsque nous cherchons notre intérêt particulier. C’est, en quelque sorte, l’investissement nécessaire.

A moins qu’il ne faille adopter la phrase d’une résistante, qui disait, « nous ne sommes pas des victimes, mais des résistants ». L’intérêt général comme un combat ?

Scénario grec

L’autre jour, la BBC disait que Mme Le Pen aurait peut-être intérêt à faire tomber le gouvernement avant que le procès dans lequel elle se trouve ne la rende inéligible.

Entre-temps, je me suis renseigné sur le scénario grec. J’avais oublié que cela avait été une crise financière. Des banques en difficultés, plus d’argent, des salaires de fonctionnaires et des retraites qui n’étaient plus payés…

D’après wikipedia les conséquences ont été effrayantes.

Selon une étude britannique, on constate depuis le début de la crise « des tendances très inquiétantes, un doublement des cas de suicides, une hausse des homicides, une augmentation de 50 % des infections au virus HIV et des gens qui nous disent que leur santé a empiré mais qu’ils ne peuvent plus consulter de médecins même s’ils devraient le faire ». Faute de moyens de subsistance, le recours à la prostitution est également en augmentation. Selon les chiffres compilés par le site Okeanews, de 2008 à 2014, la mortalité infantile a augmenté de 42,8 %, les suicides de 44 % et les dépressions de 272,7 %.

Les « plus modestes » auraient subi le gros du choc.

Selon un rapport de l’institut Hans Böckler, depuis le début de la crise les impôts ont augmenté de 337 % pour les plus pauvres contre seulement 9 % pour les plus riches, et les 10 % les plus pauvres ont perdu en moyenne 86 % de leurs revenus, contre 17 à 20 % pour les 30 % les plus riches.

The master and his emissary

Livre bien écrit et pourtant difficile à lire. C’est un peu comme chez Bergson : à force de vouloir démontrer, je perds le fil de ce que l’on essaie de démontrer.

Pourtant l’histoire est simple. Le cerveau est fait de deux parties, la gauche et la droite. Elles sont quasi indépendantes l’une de l’autre. Cette indépendance tient à une cause naturelle : lorsque l’on accomplit une tâche, il faut garder un oeil sur les menaces alentour. Un cerveau, terre à terre, n’est préoccupé que de basses besognes, alors que l’autre est ouvert sur l’inconnu, la complexité, la réalité. En fait, le gauche est « l’émissaire » du droit. Le cerveau droit est le cerveau intelligent, le cerveau humain, alors que l’autre n’est qu’un exécutant.

La thèse du livre est que l’exécutant a pris le pouvoir sur le maître. Et que cela va nous être fatal.

La première partie explique le fonctionnement du cerveau. La seconde montre qu’une étude de l’histoire occidentale illustre la prise de pouvoir du cerveau gauche. En effet, on peut corréler nos actes, et ceux de nos sociétés, avec les caractéristiques de l’un ou l’autre.

Cependant, ce livre a une faille. Il est écrit dans la tradition des thèses érudites anglo-saxonnes, comme une recension d’ouvrages des penseurs qui ont marqué leur temps. Or, que reflète cette littérature, sinon la culture d’une infime partie de la société ? Comment en déduire quoi que ce soit sur l’ensemble de l’humanité ?

Bill Hwang

Scandale Archegos, aux USA. Une fois de plus c’est une histoire de produits dérivés et d’opacité. Plusieurs banques ont perdu leur chemise dans l’affaire.

D’après ce que je lis, celui qui avait créé Archegos, Bill Hwang, était un homme modeste et bien.

Curieusement, c’était aussi le cas de M.Bankman-Fried, qui avait eu l’idée d’un moyen de collecter beaucoup d’argent pour l’investir dans des affaires méritantes. Et ce afin de changer le monde. Il a aussi fait de gros dommages.

Tous les deux vont passer de longues années en prison.

Comme quoi, il n’y a pas que l’intention qui compte ?

De la corruption en Chine

China’s defence minister placed under investigation for corruption

China has put its defence minister under investigation in the latest corruption-related scandal to hit the top of the People’s Liberation

Financial Times 27 novembre

Un dirigeant, qui a travaillé de longues années avec les Chinois, dit qu’il n’y a que deux types de Chinois : celui qui est en prison et celui qui va y être. Décidément, la Chine est un monde différent du nôtre ?

Cela ressemble à ce que dit Hannah Arendt des régimes totalitaires : on y fait des purges régulières. C’est un moyen de maintien de l’ordre.

(Et la technique utilisée est peut-être bien selective enforcement…)

Casino

Discussion avec un dirigeant de Saint-Etienne : non seulement la sous-traitance automobile n’a plus de marché, mais Casino va licencier 2000 personnes.

Casino ? En lisant wikipedia, j’ai découvert que Casino était parti de Saint-Etienne. Et qu’il devait son nom au fait que son premier magasin avait pris la place d’un casino.

Il aurait coulé parce que 15% plus cher que ses concurrents. Prix élevés rendus nécessaires par le remboursement d’une dette excessive.

Derrière tout cela, il y a l’histoire de Jean-Charles Naouri, une sorte d’élite de l’élite, entré à Normale sup mathématiques à 18 ans, avec une moyenne sans précédent et ayant fini sa thèse en un an. Sa percée serait venue, comme presque toujours, de son passage à l’ENA et à l’inspection des finances, ce qui l’amène à diriger le cabinet de Pierre Bérégovoy, et, très curieusement pour un gouvernement socialiste, à déréglementer les marchés financiers, et à introduire les « produits dérivés » de sinistre réputation. Puis il passe chez Rothschild, puis crée un fonds d’investissement, qui rachète une quantité d’enseignes de distribution, grâce à des montages financiers compliqués et opaques. Ils semblent avoir fini par lui exploser au visage. Casino ?

(J’avais lu à l’époque de la faillite du Crédit Lyonnais, qu’avec MM.Tapie, Arnault et Pinault, il avait profité des largesses de cette banque – donc du contribuable. Arnault et Pinault, le juste milieu entre le QI exceptionnel et l’intuition pure ?)

Antivax

Robert Kennedy Jr est proposé comme prochain ministre de la santé américain. Or, il défendrait des thèses qui contredisent celles des scientifiques, notamment c’est un « antivax ».

La réponse de Donald Trump est que l’Américain est en mauvaise santé et donc que le système actuel ne marche pas. Il faut tenter autre chose. C’est déjà ce qu’il disait, de la politique américaine en général, lors de son premier mandat.

Curieusement, ce fut l’argument de Roosevelt lorsqu’il a mis un terme à la politique que va sans doute promouvoir M.Trump.

Scénario grec ?

DRIVING THE DAY: LE PEN AND YOUR POCKETBOOK

EUROZONE CRISIS FOR CHRISTMAS? National Rally leader Marine Le Pen could have the fate of the European economy in her hands. She and her far-right party are weighing whether to vote against French Prime Minister Michel Barnier’s budget. That would not only pull the plug on his fragile coalition government, but also terrify financial markets and send shockwaves around Europe.

()

You thought Greece was bad? A decade ago, huge public debt in Greece almost toppled the single-currency eurozone. It exposed how crises couldn’t be contained in one country as the economies of Portugal, Ireland and Spain teetered, and big beasts like France and Italy felt the heat, too. This time, France is the one with the debt crisis, and Germany — once the stabilizing force — is facing its own political and economic turmoil.

Politico.eu hier

Cet article s’intéresse à l’Europe, mais pas à la France. Ce qui est bien. Mais, lorsque l’on est Français, on peut s’interroger sur ce que signifie avoir été Grec il y a 15 ans.

En tous cas, les paroles de notre président peuvent laisser songeur :

Le président élu Emmanuel Macron, pour qui « la France l’a emporté » avec sa victoire à l’élection présidentielle face à la candidate du Front National Marine Le Pen, a promis dimanche soir qu’il « ferait tout » dans son quinquennat pour qu’il n’y ait « plus aucune raison de voter pour les extrêmes »

Article de 2017

Dr Krugman and Mr Trump

J’ai arrêté de lire le blog de Paul Krugman le jour où il est devenu payant. (On a beau être un farouche démocrate, on a aussi besoin d’argent ?)

Récemment, je me demandais ce qu’il pensait de l’état du monde. J’ai regardé ses tweets. Ils ne parlaient que de l’élection américaine. Si j’ai bien compris, avant l’élection, ils démontraient que tout allait bien et que Kamala Harris allait gagner.

Trump contre Krugman, l’intuition contre la raison ? Donald Trump est un homme de marketing qui a compris l’humeur du peuple ? « Alternative truth » : nous avons vécu à l’ère de la raison, façon Paul Krugman, et cela n’a pas servi nos intérêts, la vérité est ailleurs ? Au fond, c’est aussi ce que disaient les Surréalistes. Ceci n’est pas Paul Krugman ?

Histoire de la pensée

Tome 3 de l’Histoire de la pensée, écrit par Jean-Louis Dumas. Il y a un quart de siècle, j’ai commandé le tome 1 de la série à Amazon, et ai reçu le tome 3, que j’ai conservé. Mais pas lu. Il porte sur la philosophie occidentale récente.

Je craignais que la lecture soit ardue, mais, au contraire, elle est agréable.

La question que me pose ce type d’ouvrage est : peut-on comprendre une « pensée » en quelques pages ? Danger d’être plus histoires que pensée ? Vie qu’oeuvre ?

Que retiens-je ? Que le penseur est de son temps. Plus il s’approche de nous, plus il me semble compréhensible. le livre ayant été écrit dans les années 90, il est particulièrement intéressé par la philosophie contemporaine. On apprend que Camus et Sartre, chacun à sa façon, ont répondu à une attente de la population de l’époque. Ce qui en fit des rock stars. Et que la pensée 68 fut une revendication sociale, plutôt qu’une pensée à proprement parler : « anti humanisme », « culte du désir et de son accomplissement immédiat ».

Le livre cite beaucoup de philosophes. La plupart inconnus de moi. Je me demande s’il n’y a pas deux types de penseurs : ceux qui construisent des « systèmes », qui inventent des concepts nouveaux, et ceux pour qui la philosophie est une excuse pour raconter leur vie, et leurs frustrations.