Année présidentielle

Je prends conscience de ce que j’ai oublié notre président dans mon bilan annuel.

Cela tient à ce que j’ai fini par le prendre pour un cas désespéré. J’ai eu tort : j’ai cru qu’il était capable d’apprendre de ses erreurs, alors qu’il n’écoute rien. Sa stratégie internationale se défend, certes. En outre, conséquence de son passage chez Rothschild ? il est probablement le premier président français qui ait adopté les codes comportementaux internationaux. En conséquence de quoi il n’est pas pris pour un clown embarrassant par ses collègues. Mais, il n’a apparemment que mépris pour la population, qu’il juge certainement « deplorable », selon le mot de Mme Clinton.

Mais voilà que Le Monde écrivait (avant hier) : « Les neuvièmes vœux d’Emmanuel Macron, le début d’une course contre la montre pour réhabiliter son bilan« .

Que faut-il en attendre ? Au tie-break du dernier set, notre président va-t-il nous sortir un ace ? Ou, quelque décision géniale qui nous fera regretter la dissolution ? Dans un domaine où il a encore un pouvoir – en politique étrangère ? Ou en France ?… Toujours est-il que, pour parler comme Edgar Schein, son « anxiété de survie » est élevée, une condition nécessaire au changement.

Naître Sartre

Mon précédent billet sur Fernand Braudel me fait penser à Sartre.

Sartre dit « on ne naît pas, on devient ». Fernand Braudel constate l’énorme influence de la naissance. Et je crois que nul plus que Sartre n’illustre cette influence : il a été élevé en frère de sa mère, et il me semble avoir voulu reconstituer cet environnement béni, en adoptant sa jeune compagne.

Le naturel revient au galop. Et il est hérité. Devenir homme n’est peut-être pas donné à beaucoup.

La Méditerranée

Une émission sur Fernand Braudel m’a fait relire ce recueil de courts articles. Ils racontent la naissance de ce que les anthropologues me semblent appeler « artefacts ». C’est-à-dire les rites qui organisent une société. « Il n’y a pas de religion sans rites », dit-on, il en est de même des sociétés. Objet d’étude : la Méditerranée.

A titre d’exemple, le chapitre concernant « l’histoire ». On y voit l’âge d’or de la Méditerranée, les nations qui l’ont successivement dominée, puis son effacement, torpillée par les Anglais et les Hollandais. Cette histoire est sous-tendue par des sortes de lois naturelles. Il y a la civilisation, la politique et l’économie.

La civilisation semble être ce que les anthropologues nomment « culture ». Elle est liée à la géographie. La volonté des hommes, la politique, peut vouloir l’éradiquer, mais elle n’y parvient jamais. L’influence de 7 siècles de domination de l’Espagne par les Arabes s’est évanouie instantanément, de même que celle de Rome sur le sud de la Méditerranée. Trois civilisations se partageraient les côtes méditerranéennes : musulmanes, chrétiennes et orthodoxes. Quant à l’économie, elle paraît faire l’heur et le malheur des civilisations…

Paul Veyne

Paul Veyne ou la « contre-histoire » de l’antiquité ? (Ce qui m’apporte une certaine satisfaction : mes opinions ne sont pas aussi isolées que je le pensais.)

Socrate était, au fond, un pauvre type. Il croyait dur comme fer aux superstitions de son temps. Il a seulement essayé de faire des dieux à son image. Comme souvent, « c’est celui qui le dit qui l’est » : il ne se connaissait pas lui-même, il était prisonnier d’idées reçues. C’est pourquoi il a bu la cigüe. Quant à Platon, il s’est trompé sur toute la ligne. Mais il a eu le mérite de poser de bonnes questions.

Et les Grecs se sont emparés de l’empire romain. Revanche de l’intellectuel sur le rustre.

Paul Veyne ou l’histoire de « l’aliénation » ? L’homme est entre les mains d’a priori dont il n’a aucune conscience ? Ou encore de la séduction trompeuse de l’idée ?

Pour un garçon de 20 ans

Un programme pour 2026 ? A l’origine, un hasard et une question : 68 avant 68 ? Ecrit en 66, ce livre annonce 68. Un dialogue épistolaire entre un vieil homme et un jeune révolté. L’occasion de comprendre pourquoi l’on s’est rebellé ?

En fait, la raison de la mutinerie est affligeante. Un degré zéro de la pensée. Le monde dont hérite le jeune homme est « sordide » et « absurde ». Il faut tout détruire, sans autre forme de procès.

Pour l’auteur, c’est un mal de gosse de riches. La grande bourgeoisie « ne se tient plus ». Classe intellectuelle, elle n’est pas parvenue à digérer les courants de pensée qui se succèdent depuis trois générations (surréalisme, structuralisme, existentialisme…). Or, ils ont pour caractéristique commune d’être anti humanistes. Ils ont détruit les valeurs de la société. Mais, sans de telles valeurs, éventuellement mises à jour, la vie est, effectivement, absurde. Le jeune homme, surtout si l’échec de sa révolte l’amène à rentrer dans le rang (on ne parlait pas encore de Bobo), et l’Occident ont-ils un avenir ?

Au fond, ce livre est un exercice d’humanisme. Le vieux se met à la place du jeune. Effectivement les constats de celui-ci sont justes. Mais il oublie qu’il est un héritier. Non seulement, il ne serait rien sans la société, qui lui a donné infiniment plus qu’à ses ancêtres (le vieux a passé 5 ans dans les camps nazis, et ceux de 14 ont été sacrifiés), mais, surtout, cette société est riche du potentiel d’un progrès sans précédent. La mission du jeune est, justement, de l’utiliser pour en faire une oeuvre à son goût. En revanche, le nihilisme infantile apparent dans ses moeurs (qui, au fond, n’est que provocation) n’est pas le terreau dont a besoin l’être humain pour se réaliser.

En y réfléchissant, je me demande si l’erreur de la génération du vieux n’a pas été de vouloir se reposer, la conscience du devoir accompli, en pensant que les jeunes allaient lui succéder. Au lieu de se limiter à des admonestations, aurait-elle dû donner un coup de rein supplémentaire et utiliser l’énergie contestataire pour entamer la construction du monde nouveau ? Voilà qui est difficile quand on est en fin de vie. Mais peut-être est-ce le sort de tout être de ne jamais avoir droit à la « retraite » ? Principe premier d’humanisme ?

Le temps des crises

Un changement s’est produit il y a quelque temps : nous sommes entrés dans une période de crises. Gilets jaunes, Covid, Ukraine, inflation ?, dissolution, Trump. Quelle sera la prochaine ? Taïwan ?

Au fond, nous vivons la globalisation poussée à son absurde : l’Occident a vendu la corde pour se faire pendre. Sa logique est retournée contre elle.

Quelle en sera la conséquence ? Certains annoncent la guerre, façon Ukraine. Une crise économique ne serait-elle pas plus vraisemblable ? Les faibles, les perdants de la globalisation, se retrouveraient dans une poubelle ? On en avait perdu l’habitude.

France dissolue

Pour la France, ce fut l’année de la dissolution. La défaite en rase campagne de De Gaulle. Le retour victorieux de la 3ème République. Celui de la démocratie.

Ce qui est surprenant est que certains s’intéressent à la politique. Elle n’est que « bruit et fureur ». On ne peut qu’attendre que la poussière retombe.

Pour le moment, j’en retiens deux faits. On n’est plus en 3ème République. Il y a, tout de même, recherche de consensus. On n’a plus assez de convictions pour faire sauter le gouvernement pour une idée. Ce qui est un bien. En revanche, le type de solutions recherchées, le prélèvement, accélère le cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons. Nous faisons des trous dans la coque pour alléger le navire. Et la technique des députés est toujours la même, celle de Trump : liquider ce qui ne résiste pas. Mais en plus subtil : en masquant la manoeuvre. C’est pourquoi tous les lobbys sont arc-boutés sur leurs « avantages acquis ».

Cohésion sociale

Valeur travail, beaucoup en parlent, peu pratiquent. Pas surprenant : il n’est pas facile de travailler : je sors épuisé de cette année. J’ai interrogé, aidé des entrepreneurs, et, même, rencontré quelques élus. Et surtout, ce fut un casse tête. Il est extraordinairement difficile de comprendre ce que l’on voit. Mon inertie intellectuelle est phénoménale. Qu’ai-je appris ?

L’innovation que constatent les interpreneurs n’est pas celle dont on parle. Pourquoi ? La « globalisation » a évacué les « contingences terrestres » pour des « innovations de rupture », super intelligence, conquête du système solaire, élimination de la mort, etc. Aujourd’hui, les « contingences terrestres » se rappellent à nous. Ce sont elles auxquelles répondent nos entreprises. Notre situation ressemble à celle de l’après guerre : notre économie est à (re) construire. Comment faire ? La démarche du Conseil National de la Résistance est appropriée.

Pour reprendre le vocabulaire de la classe politique, nous devons avoir l’ambition de la « cohésion sociale ». Nous en avons les moyens : PME et territoires ont un potentiel ignoré ; ce qui leur manque pour l’exploiter, personnels qui sortent des grandes entreprises et capitaux privés, cherchent ce type d’opportunité !

Ce programme est apolitique. Il doit faire l’unanimité. Surtout : le CNR parlait « d’esprit de Valmy ». Chacun doit prendre son sort en main, avec une belle motivation. Après guerre, cette motivation était le « progrès », la certitude que la société était dans la voie de la raison, que la condition de l’humanité allait se transformer. Pourquoi ne serait-ce pas aussi la nôtre ?

Passion et raison

Descartes et Spinoza opposent raison et passion. Avec Trump, la raison est d’actualité.

J’en suis venu à penser que la passion était le propre de l’homme, dans son « état naturel », comme auraient dit les philosophes des Lumières. La passion est à la fois bonheur fou et atrocité gratuite. La raison a été inventée par l’homme. Elle a créé des « lois de la nature ». La souffrance, la mort, la pauvreté, la loi du plus fort… sont inacceptables, par exemple.

A-t-elle des avantages concurrentiels sur la passion ? Peut-être moins parce qu’elle sait « prévoir l’avenir » alors que la passion est aveugle, mais parce qu’elle est facteur de cohésion sociale. De ce fait, elle finit par enfermer le passionné dans un asile, ou, par son inertie, le fait disjoncter.

En fait, la raison ne voit que les erreurs manifestes, la découverte « scientifique » est hasard, et ne peut se faire sans passion « aveugle », car le monde n’est pas « raisonnable », il est « complexe ». En conséquence de quoi, l’histoire est probablement oscillations entre raison et passion, une autre manière de parler de Yin et de Yang. Après la folie de la guerre, l’après-guerre fut excessivement raisonnable, ce qui a produit une vague de passion, 68, nouvelle économie, Wokisme, Trump ? La véritable raison serait-elle d’éviter des oscillations trop violentes ?

La loi du milieu

La Chine pourrait attaquer Taïwan dès 2027. Elle cherche le bon moment et sonde les failles de l’Occident. Un Munich ukrainien serait un signal favorable.

Malheureusement, l’UE s’est mise entre les mains de la Chine.

The biggest threat a Chinese invasion poses to Europeans is economic. Taiwan produces nearly 90 percent of the world’s most sophisticated chips used for smartphones and other goods. Taking over the island would put that supply in the hands of Beijing, which already has a stranglehold on critical raw materials and magnets and uses its dominance to punish countries that go against its interests. European industry has already been caught in the middle after China put up export controls on key resources in response to tariffs from the Trump administration.

politico.eu 30 décembre

Le plus intéressant dans cette affaire n’est peut-être pas que nos gouvernements nous aient jetés dans la gueule du loup, l’erreur est humaine, mais l’arrogance avec laquelle ils l’ont fait ?