Humanisme

Ce blog parle de plus en plus d’humanisme. Mais que, diantre, humanisme veut-il dire ?

Une des époques de notre histoire est nommée humanisme. Peut-on en tirer un enseignement ?

Un moyen d’aborder le problème est indirect : qu’est-ce que ce qui lui a succédé révéle-t-il, par différence, de l’humanisme ?

La phase suivante fut matérialiste. Mais à un sens curieux quand on y songe un rien. Epicure fonde son matérialisme sur l’atome. Mais il se fiche de l’atome. Or, soudainement, notre société a cru que le secret du monde s’y trouvait. Plus besoin de s’intéresser à la vie. Comme le dit Aristote, un excès produit en réaction un excès inverse. Ce fut le nihilisme, la croyance en l’idée éthérée. Depuis, nos philosophes vont d’un bord à l’autre. Et nos sociétés aussi. Avec tout ce que cela sous-entend de folies meurtrières.

L’humanisme pourrait donc être le juste milieu entre ces extrêmes. C’est l’attitude de Montaigne. Il se dit qu’au fond ce qu’il juge bien l’est probablement. Ne cherchons pas midi à 14h. Bien sûr, tout n’est pas parfait. Y compris chez soi : nous sommes un tissu de contradictions et de lâchetés. Et c’est peut-être là que se trouve tout l’humanisme : c’est le courage de regarder en face sa nature et la situation de l’humanité et de s’atteler à leur évolution avec les moyens du bord et la conviction que c’est le fonds qui manque le moins.

D’ailleurs, Montaigne vivait à une époque où se manifestait un des traits les plus marquants de notre culture nationale : la guerre fratricide. Pour autant, il est resté ferme dans ses convictions et a mené une existence de citoyen tout à fait honorable.

Une leçon ?

Anthropologie génétique

Nouvelle illustration d’une de mes théories ? Le grand homme est au bon endroit au bon moment.

La nouvelle possibilité d’analyser l’ADN a eu des quantités d’applications et a fait la fortune de beaucoup. En particulier, elle a permis de créer « l’anthropologie génétique », d’analyser l’impact de la « culture » (au sens anthropologique du terme) sur la génétique humaine. Plus efficacement que le milieu naturel, la société transforme notre génome ! (Ce dont on se doutait un peu : les lois sociales conditionnent le mariage, d’où des quantités de conséquences parfois fâcheuses, comme celles résultant de la consanguinité.)

J’ai appris, ce que probablement tout le monde sait, que le cerveau de l’enfant n’est qu’au quart de sa taille finale à la naissance. Ce qui semble signifier qu’il est massivement façonné par la société. Le propre de l’homme ?

Hegel et le changement

« En soi, pour soi, en soi et pour soi », voilà un des mécanismes de la vie, selon Hegel. On commence par vivre, puis on prend conscience que l’on vit, finalement, on se demande comment orienter sa vie.

Il me semble que c’est comme cela qu’évoluent les sociétés. Leur histoire est une forme de « génération spontanée ». Une succession ininterrompue de « small bangs » imprévisibles. Cette histoire n’est compréhensible qu’a posteriori. C’est alors que l’on voit ce que l’on peut en tirer. D’où nouveau changement, qui a des conséquences imprévisibles. En particulier pour les enfants, la génération en formation, qui, elle, absorbe tout ce qui lui arrive comme une sorte d’évidence, comme l’eau pour le poisson.

(Confucius donne peut-être la meilleure illustration de ce phénomène : « l’homme a deux vies, lorsqu’il prend conscience qu’il est mortel, et avant ».)

Accordéon américain

« Reluctant crusaders » constate que les USA ont une existence cyclique. Soit ils sont des missionnaires qui veulent convertir le monde à la vraie foi, soit ils se replient sur eux-mêmes pour ne pas être contaminés par un monde qui est l’incarnation du mal. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, les USA sont une nation de fondamentalistes façon foi du charbonnier. Lorsque j’ai lu ce livre, au temps d’Obama, je pensais que ce dernier représentait le retour du balancier : il avait « engagé le désengagement ». Or, ce n’était qu’un début.

En France, éternellement fermée sur elle-même ? on en a peu parlé : associée à la bulle internet, il y a eu « la Nouvelle économie ». On lisait partout, de la presse grand public à celle du management, que la fin de l’URSS signifiait que le capitalisme avait gagné le monde, et qu’il n’y aurait plus jamais de crises, la croissance serait continue. Fin de l’histoire (et avènement de Dieu, rien de moins ?). Les économistes parlaient du « consensus de Washington » : il fallait convertir le monde non occidental au capitalisme. Il en est résulté une série de crises terribles, pour les pays « convertis » (Russie, Turquie, Asie…), d’où un retournement de l’opinion qu’avait le monde de « l’Occident ». Et maintenant, constatant leur échec, les Américains, de droite et de gauche, seraient pris d’une peur panique de la peste étrangère. On parle désormais de la doctrine Monroe dans son interprétation par Roosevelt : les USA se barricadent chez eux, mais en se réservant un « espace vital », empire colonial qu’ils traient à volonté.

Au delà de ces constatations curieuses se pose une question : notre destin collectif serait-il déterminé par des lois simplistes ?

(On l’avait déjà observé pour l’Allemagne, c’est à nouveau le cas pour les USA, il est étonnant à quel point des nations évoluées peuvent être victimes de visions d’un simplisme et d’une bêtise incroyables. Et, à chaque fois, elles élisent des fous ? Une simple coïncidence ?)

Anachronisme

Ce que dit Alain Corbin sur l’anachronisme dans les travaux des historiens me frappe depuis bien des années. Machine à remonter le temps, nous nous imaginons, avec nos idées actuelles, vivant avec nos ancêtres. Qu’aurions-nous fait ?

Mais ce n’est pas comme cela que la vie se passe. J’ai pris conscience, en vieillissant, que mes parents étaient pauvres. Seulement, à l’époque, ni eux ni moi ne le savions. Au contraire. L’histoire officielle est que nous étions une famille idéale. Rétrospectivement, le seul indice de pauvreté était la haine de mon père pour les impôts. Il devait avoir du mal à joindre les deux bouts. (Bizarrement, il ne se rendait pas compte que le principal moyen de financement de l’Etat n’est pas l’impôt, mais la taxe, qui est hautement inégalitaire.)

De même, lorsque l’on retrouve des témoignages des ouvriers des premiers temps, on n’y lit pas des plaintes, mais, au contraire, de la fierté.

Un moteur de l’histoire ? Parce qu’il se sent mal à l’aise en s’identifiant à la condition de l’autre, l’intellectuel, l’enfant de grand bourgeois, pond de belles théories, comme le Marxisme, pour transformer le monde à son image, non sans avoir, au passage, déclenché d’effroyables calamités ?

La fin de l’homme blanc

On lit que Trump, Xi Jinping et Poutine seraient d’accord pour se partager le monde. Apparemment, on prend au sérieux la menace d’une attaque de Trump sur le Groenland. Trump pourrait-il refaire le coup de Roosevelt avec Staline, avec l’Europe continentale à la place de l’Allemagne ?

D’après ce qu’on lit, encore, les courants qui s’affrontent aux USA ont une même crainte : celle de la disparition de la race blanche. Trump veut lui réserver un espace vital défendu par le glaive, façon Israël, ses opposants désireraient être les meilleurs amis de ceux qu’ils craignent. Il semblerait que l’Europe n’appartienne pas à la race blanche.

Paradoxe qui enchanterait la systémique : et si la « race blanche » s’entretuait, par peur de disparaître ?

Alain Corbin

Alain Corbin est un historien qui semble avoir consacré sa carrière à corriger les biais de la recherche en histoire. Non seulement les spécialistes de l’histoire sont victimes « d’anachronismes » (ils jugent le passé avec les valeurs du présent), mais ils semblent chercher leurs clés à la lumière du lampadaire, ai-je cru comprendre…

Il a ainsi étudié ce qui avait laissé peu de traces : le bonheur, les paysans, la misère sexuelle du 19ème siècle, la vie d’un sabotier, les odeurs, la « virilité »… Dans ce dernier domaine, il a montré que la vie du mâle au 19ème siècle était effroyable. Non seulement, il crevait dans les guerres (il est effrayant de lire que le soldat se faisait déchiqueter dans les batailles, et restait sur place jusqu’à ce que mort s’ensuive) ou en duel, mais il devait s’expatrier, et vivre dans une précarité effrayante (l’immigré, en ce temps, c’était lui), pour gagner le pain de sa famille. La virilité voulait que l’on endure les pires tourments sans dire un mot.

Pas étonnant que les femmes n’aient pas revendiqué l’égalité des sexes en ces temps ? Mais aussi, peut-être bien que cette égalité s’inscrit dans le mouvement des choses : la condition de l’homme et de la femme se ressemblent de plus en plus. La virilité n’est plus ?

Les chevaux du soleil

Histoire de la bataille d’Alger, en 1830. Je suis inculte. Au fond, je ne sais rien de la colonisation de l’Algérie.

Alger était sous la domination turque. Pourquoi la France a-t-elle voulu s’en emparer ? Mystérieux ? Une histoire de provocation, le dey d’Alger aurait donné un coup d’éventail au consul de France, être peu reluisant par ailleurs ? Douteux. Plutôt, tentative de Charles X de redorer son blason ? Ou volonté de revanche sur le sort d’une France défaite ? Ou encore désir de piller le trésor d’Alger ?…

Toujours est-il que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la victoire n’est pas certaine. Tout au contraire. Alger a la réputation d’être imprenable. Charles Quint s’y est cassé les dents et les Anglais l’ont récemment bombardée, sans oser débarquer. Napoléon avait envisagé de l’envahir et y avait envoyé un espion. Après des aventures rocambolesques, il en avait ramené un plan d’attaque. Mais peut-on lui faire confiance ? L’expédition a d’ailleurs du mal à arriver à bon port. On l’oublie, la Méditerranée est terriblement dangereuse et incertaine. Sans compter que l’amiral qui dirige la flotte ne s’entend pas avec le général en chef et n’a peut-être pas intérêt à ce qu’il réussisse. Une fois sur le terrain, l’armée ne donne pas l’image d’un mécanisme horloger. On observe le Français à l’oeuvre : c’est le simple soldat qui veut en découdre et entraîne les généraux. Quant aux Turcs, ils auraient pu aisément repousser l’attaque, seulement, ils sont plus aptes à la guérilla qu’à la bataille rangée. Finalement, c’est l’artillerie qui fait s’effondrer les murs du fort qui protège Alger. C’est à ce moment que la révolution se déclenche, en France. Le drapeau bleu blanc rouge remplace la fleur de lys. La fortune des généraux change.

Le général en chef a été vendéen, puis est passé, tardivement, dans le camp de Napoléon, puis de celui de Louis XVIII, avant de revenir vers Napoléon, puis de le trahir à Waterloo (aurait-il communiqué ses plans de bataille à l’armée ennemie ?). Cette fois-ci, ce sera le changement de trop : il ne jure pas allégeance à Louis-Philippe, et part en exil. En fait, son histoire est plus ou moins celle des cadres de l’armée. La plupart sont devenus des « politiques ». Ils vont sans grande difficulté d’un régime à l’autre.

Toujours est-il que l’affaire fut rentable. Mais qu’on n’y trouva pas de femmes.

Jacques Bouveresse

Si j’ai bien compris, Jacques Bouveresse a cherché à apporter un peu de rigueur scientifique (d’honnêteté intellectuelle ?) à la philosophie. Et elle en manque beaucoup en France, où elle tend à l’envolée littéraire. Pour cela, il s’est appuyé sur des travaux qui semblent particulièrement autrichiens (Wittgenstein, Müsil, un certain Kraus et quelques autres dont Karl Popper).

Ce qui lui a valu d’enseigner au Collège de France, mais, probablement pas à des philosophes patentés. Changement raté ?

Bonne année

Pour une fois Affaires étrangères de France culture était optimiste.

L’Europe est certes dans une situation difficile, les prochaines années sont d’élection, et les barbares sont aux frontières, mais elle a des atouts. Elle est le dernier îlot de civilisation avec un modèle social unique, le « populisme » qui la menace n’est rien d’autre que la manifestation d’un peuple qui désire se faire entendre, elle a un potentiel de reconstruction économique, donc de croissance, à exploiter (destruction créatrice économique) en adoptant la flexisécurité des pays du nord, de façon à ce que l’adaptation soit indolore pour la société, et négocier avec la Chine sur le mode « donnant donnant ».