Restaurant

Il n’y a pas toujours eu de restaurant. Avant le 18ème siècle, il y avait des auberges dans lesquelles on mangeait, tous à la même table, à la fortune du pot, et dont l’addition était une surprise. Au fond, le restaurant c’est la carte, et la table séparée. C’est aussi l’art de vivre de l’aristocratie, dont les cuisiniers ont dû se recycler en restaurateurs à la révolution.

Quant au nom de « restaurant », il viendrait de « bouillons restaurant », c’est-à-dire « qui restaurent » (la santé). C’était le nom de ces nouveaux établissements.

Voilà, du moins, ce que j’ai retenu d’une ancienne émission de France culture.

Jean Cassou

Jean Cassou, le type même de « l’illustre inconnu » ? Il semble avoir eu une grande célébrité avant guerre. Mais qui le connaît, aujourd’hui ? D’ailleurs, l’émission qui le faisait découvrir ne disait pas grand chose de son oeuvre. Elle devait être connue de tous. Ecrivain et critique d’art ?

On apprenait que Baudelaire avait été l’inventeur de la critique d’art. Mais aussi, et cela on l’a totalement oublié, que la France est sortie comme une immense puissance mondiale de la guerre de quatorze. Jean Cassou donnait comme preuve que son empire rivalisait avec celui des Anglais. Mais elle avait surtout stupéfié le monde par sa créativité artistique. Du jour au lendemain, des artistes qui jusque-là crevaient de faim étaient devenus riches et célèbres. Curieusement, la société louait aussi bien l’art pompier que le surréalisme.

France arriérée ?

Loi forte des petits nombres : je trouve, coup sur coup, deux opinions convergentes concernant la France, celles d’Alain Touraine et de Fernand Braudel. L’un dit qu’elle « passe à côté de l’histoire ». L’autre explique la raison pour laquelle elle n’a jamais été qu’à sa périphérie : ses côtes maritimes sont tournées vers l’extérieur et le progrès, mais la France de l’intérieur, qui fut jadis gigantesque à l’échelle des transports européens, et sa capitale, regardent leur nombril. La France est une Chine occidentale ?

Emmanuel Macron, dont Alain Touraine, fait le successeur des martyrs qui ont tenté d’éclairer la France, se plaint, lui aussi, de l’esprit gaulois.

Je soupçonne que ces gens ne savent pas ce qu’est la « résistance au changement ». Or, elle est universelle. Et ce pour une raison, évidente ! que rappelle un universitaire : une société est faite pour ne pas changer. C’est ce qu’on lui demande.

J’ai rencontré beaucoup de résistants au changement dans ma vie. Les plus fermes d’entre eux avaient une caractéristique commune : ils étaient imprégnés de la culture profonde de leur entreprise, c’était une sorte de seconde nature. Ils voyaient la nécessité du changement, mais ne trouvaient aucun moyen compatible avec leurs convictions inconscientes de le réaliser. Seulement, le jour où ils y parvenaient, ce qui demandait plusieurs séances (extraordinairement frustrantes) de questions et de réponses, ils en devenaient des champions ! Pourquoi ? Parce qu’ils connaissaient tellement bien les ficelles du système – seconde nature – qu’ils en jouaient en maîtres.

Il est probable que si nous sommes si gaulois, c’est parce que nous sommes particulièrement attachés à des valeurs inconscientes, et peut-être bien plus que d’autres peuples. En conséquence de quoi, nous sommes, en puissance, des champions du changement !

Pélerinage aux Trois montagnes

J’ai l’impression que l’intérêt que nous avons eu pour le Japon a correspondu à une mode. Après guerre, il exerçait une fascination. Elle se traduisait, en particulier, par les prix que recevaient ses réalisateurs. Auparavant, il y avait eu une mode soviétique. Après, on s’est interessé à la Chine, à la Corée, à l’Iran…

Raison ? Pays mystérieux ? Volonté de nous rassurer sur leur compte, en les récompensant d’appliquer les règles de notre monde – par exemple en soumettant leurs films à nos prix ?

ici, il s’agit de nouvelles qui, apparemment, s’étalent sur l’ensemble de la carrière de Mishima. Au début, on y voit un Japon américanisé, mais les valeurs traditionnelles et même les dieux japonais reviennent rapidement.

Un intérêt du livre est de montrer que ce qui nous paraît évident ne l’est pas. Il est banal de dire qu’il y a de grandes différences entre deux cultures. Mais on ne sait pas ce que cela signifie. (Ce que nous rappelle actuellement M.Trump.)

En tous cas, lorsque l’on prend la nouvelle avec un peu de recul, dans son ensemble, il me semble que les rapports entre personnages reprennent un sens universel…

(PS. Mishima semblait aussi très bien connaître la culture française.)

Culture et société

Le président Abdou Diouf disait (cf. Concordance des temps) qu’il se reconnaissait dans les histoires de Gaulois que lui contait l’école française.

En effet, on l’oublie peut-être, au delà des traits physiques des Gaulois, que l’on ne retrouve probablement nulle part en France, on y voyait un peuple inculte se défendre vaillamment et finalement être transformé par la civilisation. (D’ailleurs, la même émission expliquait que César avait fait entrer des immigrés Gaulois au Sénat, ce qui avait fait pousser de hauts cris à Cicéron, cris dignes du FN.)

En fait, ce qui me frappe, c’est la permanence de certains traits. Par exemple, ce que dit le maréchal de Saxe de ses troupes retrouve ce que l’on voit de celles de Napoléon ou de ce que j’ai lu récemment de la conquête de l’Algérie, mais aussi ce que l’on lit sur les Gaulois.

L’anthropologie des entreprises, une forme d’anthropologie parmi d’autres, constate que le comportement d’un groupe d’hommes est conditionné par les lois implicites qui, en quelque sorte, résultent de l’interprétation de ce qui fait qu’elle a réussi à se constituer et à prospérer. Ces lois peuvent évoluer, mais probablement simplement à la marge, en fonction des événements « décisifs » qu’elle parvient à traverser. Et elles forment l’inconscient des ressortissants du pays. (Exercice d’application : comparer les a priori de personnes qui travaillent pour des entreprises différentes.)

Il est donc possible que, effectivement, nos origines culturelles aient quelque-chose de gaulois.

Malédiction artificielle ?

Je viens d’apprendre que « l’intelligence artificielle » (du moins les algorithmes populaires) apprend des questions qu’on lui pose. Si bien que des questions « paresseuses » produisent un logiciel paresseux. Or, justement, c’est pour cela que, massivement, on l’utilise : parce que nous n’avons pas le courage de penser par nous-mêmes ou d’agir.

Ce qui m’a rappelé un des grands principes de systémique qui remonte, au moins, à Héraclite. C’est l’énantiodromie. En gros, c’est « qui veut faire l’ange fait la bête ». Ou « qui sème le vent récolte la tempête ». Si l’on déclenche un « phénomène », sans le contrôler, on obtient le contraire de ce que l’on cherchait. Or, l’Intelligence artificielle, c’est exactement cela : un « machin » que l’on ne comprend même pas, mais qui est supposé devenir « super intelligent » !

Voici un commentaire que me fait un spécialiste du sujet :

Si l’on part de la conclusion de ton billet (c’est à dire : il (Google) semble victime du fric et de l’intelligence artificielle. Le premier parce qu’il faut payer pour être vu, la pertinence du contenu n’entre plus en jeu, le second parce que toute requête, même parfaitement rédigée, est interprétée et déformée. Curieusement l’IA semble convaincue que l’homme est un boeuf…), je ne dirai pas cela aussi fort mais il y a beaucoup de vrai dans cette phrase. 

J’ajouterai néanmoins une potentielle explication pour cette situation. En effet certains se sont aperçus que du fait que les gens se servent de Chat Gpt ou Grok ou l’équivalent pour questionner Google via des scripts (« prompts » dans le langage de l’IA) de faible niveau sémantique, les réponses sont au diapason  du niveau des questions, c’est à dire pauvres en matières de contenu. Comme elles sont par ailleurs extrêmement fréquentes elles viennent charger les « data repositories » des algorithmes LLM, en labellisant des scénarios quasi identiques pour le moteur associé à IA générative choisie, et de facto impactant le comportement de Google. Au début, ceci n’est pas apparu clairement, mais au bout d’un certain temps, ces ajouts systématiques (d’une grande vacuité d’intérêt) aux processus d’apprentissage continus créent un biais cognitif que certains ont signalé (dont toi dans ton post), comme de la « pauvreté sémantique » une sorte d’infection  du processus.

Ceci se discute néanmoins, rappelons que des approches IA génératives sont capables de produire des « hallucinations » (*) non expliquées (voir note), mais ce n’est sans doute pas le cas ici, en revanche un biais cognitif lié à la pauvreté du contenu sémantique peut créer des distorsions de comportement des moteurs « transformers ».

(*) Hallucination : En simplifiant, si on fait une demande à un outil d’IA générative, ce dernier doit normalement donner  un résultat qui répond de manière appropriée à la demande (c’est-à-dire une réponse correcte  et cohérente à une question). Cependant, il arrive que les algorithmes d’IA produisent des résultats qui ne sont pas basés sur des données d’apprentissage, et qui de plus sont mal décodées par le transformer ou ne suivent aucun modèle identifiable. En d’autres termes, on dit que le modèle génératif « hallucine » la réponse.

Gaulois performatif

Quand on écoute la façon dont le Gaulois (Concordance des temps) a été utilisé dans notre histoire, on comprend comment les mythes se forment, chez nous et chez les peuples « primitifs » (qui, du coup, n’ont franchement rien de primitif).

La méthode est la suivante : une société part de ce qu’elle veut (est convaincue ?) être, et elle invente le passé pour justifier son désir. Ce qui n’a rien de malhonnête : l’histoire racontée est « performative », elle crée le passé. Ainsi, utilisant une interprétation en hébreu de « gaulois », un auteur démontrait que Noé avait créé en premier la Gaule, qui était à l’origine des autres civilisations.

Au fond, c’est comme cela que marche la philosophie. Epicure, les Stoïciens… affirment ce qu’est la nature de la nature et en déduisent ce qui justifie leur affirmation, qui est démontrée par son résultat.

C’est aussi probablement la raison pour laquelle toute la publicité que nous recevons représente la société que le publicitaire juge idéale et qui n’a rien à voir avec celle dans laquelle nous vivons : il croit qu’il suffit de la vouloir ainsi pour qu’elle le soit.

La notion de vérité serait-elle une invention récente ? Si c’est le cas nous ne devons peut-être pas tout aux Gaulois…

Ainsi parlait Vladimir

Il est parfois réconfortant d’écouter les philosophes patentés. On apprend qu’ils éprouvent les mêmes difficultés que nous à lire Vladimir Jankélévitch.

Au départ, sa pensée paraît légère et lumineuse. Mais, au bout d’un moment, on se demande où il va. Sa parole se nourrit d’elle-même ?

Sa technique est un mélange d’expérience quotidienne et de références savantes généralement inconnues et souvent livrées en version originale. Peut-être est-ce la bonne façon d’utiliser, voire d’éduquer, sa raison ? (Une autre façon d’interpréter « je pense donc je suis » ?) Par une critique permanente de sa pensée, mais aussi en faisant appel à celle des autres, afin de produire de nouvelles idées, de faire progresser sa conscience ? Seulement, cela doit s’arrêter un jour, conduire à une action ? Ce qui n’est ni l’objet du livre, ni celle du cours ?

Grande muraille

Encore une « fausse nouvelle ». J’ai toujours entendu dire que la grande muraille de Chine était le seul édifice humain que l’on voyait de la Lune. C’est faux. Cette fable remonterait au 18ème siècle.

Par ailleurs, pour un Occidental, la Chine a quelque-chose de curieux : elle veut protéger ses ressortissants des idées subversives… (Concordance des temps.) Au fond, on le sait, cela nous paraît même amusant. Mais s’est on demandé ce que cela signifiait des projets qu’elle avait pour nous ?

Et s’il était temps de casser la muraille ? D’amener la Chine à comprendre qu’elle n’a rien à gagner à agresser ses clients. Plus elle fera d’affaires avec eux, plus son peuple sera prospère, et moins il aura de tentations de se révolter.