Jean Amrouche

Jean Amrouche fut une grand figure de la radio d’après guerre et un homme déchiré : il était à la fois viscéralement algérien et français. (Hommage.)

En écoutant son histoire, comme celle de Camus, on peut se demander pourquoi la société choisit les solutions à ses problèmes les plus dramatiques, les moins rationnelles, les plus stupides. Pourquoi un tel bain de sang, qui n’a fait que des victimes ?

Eviter ces désastres humanitaires était-il le programme que les Lumières fixaient à la raison ?

Fantôme

Apparemment, fantômes et revenants ne seraient pas la même chose. L’un serait bon, l’autre non.

Il y a quelque chose d’extrêmement rationnel dans ces croyances. A partir du moment où on les accepte, on prête aux « esprits » des comportements, en quelque-sorte, tout à fait raisonnables et prévisibles.

Mais ce irrationnel ne serait-il pas une raison que l’on ne comprend pas ? Il surgit par hasard et il survit parce que s’instaure dans la communauté qui le croit une sorte d’équilibre auquel il contribue. En cela, il est utile, il a une fonction, mais il n’est peut-être pas idéal. Une autre croyance aurait peut-être été plus bénéfique. D’ailleurs, il évolue à mesure que la société se transforme. On croit sincèrement à ce qui sert nos intérêts, dit-on.

Voyant

Les présidents Mitterrand et Reagan consultaient des voyants. Faut-il s’en gausser ? (Salle des archives.)

D’abord, cela n’a rien de nouveau. Jadis on croyait aux oracles. D’ailleurs, en examinant les procédés de divination chinois, je me suis demandé s’ils n’étaient pas des moyens d’éviter « l’anxiété de la page blanche » et de « débloquer » le raisonnement. Y croire permettait de « mieux » réfléchir ?

Et doit-on se réjouir que l’on ait maintenant recours à la raison ? Sommes-nous épatés par les résultats obtenus par des gouvernements issus de « l’élite » ? N’est-ce pas pour cela que l’on est tenté d’essayer des Reagan ou des Trump ? « L’expert », l’économiste en particulier, ne serait-il pas une nouvelle sorte de Nostradamus ? La fin justifie les moyens ? Ce n’est pas la façon dont l’homme pense qui compte, mais les résultats qu’il obtient ?

Qu’est-ce que penser ?

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, je suis affecté d’un mal de la pensée. Je ne tire pas les conclusions que je devrais de mes constats. Déplorable inertie intellectuelle.

Cela m’est revenu à l’esprit en lisant un article anglais traitant du risque d’attentat iranien aux USA. Donald Trump veut gouverner par ordonnance (ce qui tient plus à ses habitudes de dirigeant qu’à un instinct dictatorial ?). Aujourd’hui, il cherche tous les moyens d’éviter une défaite électorale prévisible aux prochaines élections sénatoriales. Des USA en guerre lui donneraient les pleins pouvoirs. Pourquoi n’y avais-je pas pensé ?

Mais cette « loi d’inertie » a eu des exceptions. Et le résultat n’a pas été meilleur. Le constat est devenu une règle inconsciente jamais remise en cause.

En ce qui concerne Donald Trump, on peut espérer qu’il lui reste un rien d’humanité (d’ailleurs, sa vie est faite d’échecs, qu’il a acceptés – il suffit pour cela que les obstacles lui paraissent insurmontables), ou que, comme dans les films d’Hollywood, la société américaine va se réveiller.

Marche de la pensée ? L’observation doit produire une prévision « radicale », mais ce n’est qu’une étape ?

Erreur et changement

On raconte que, pour certains peuples, l’animal descend de l’homme. Ce qui peut paraître idiot, mais cela a des conséquences sur la nature et l’homme éminemment favorables. Comprendre, réellement, ne signifie-t-il pas réussir un changement de ce type ?

J’ai toujours tort, dit ce blog. En fait, c’est pire que cela : je n’ai pas compris ce que signifie avoir tort ! Je ne me trompe pas aléatoirement, probablement, mais en obéissant à un mécanisme particulier. A une sorte de fatalité. Constater que j’ai tort devrait m’amener à me demander si je ne suis pas victime d’un a priori qui mérite d’être réformé ? Changer d’a priori est-il suffisant ? ne faut-il pas aussi explorer toutes ses conséquences ?

Ainsi parlait Vladimir

Il est parfois réconfortant d’écouter les philosophes patentés. On apprend qu’ils éprouvent les mêmes difficultés que nous à lire Vladimir Jankélévitch.

Au départ, sa pensée paraît légère et lumineuse. Mais, au bout d’un moment, on se demande où il va. Sa parole se nourrit d’elle-même ?

Sa technique est un mélange d’expérience quotidienne et de références savantes généralement inconnues et souvent livrées en version originale. Peut-être est-ce la bonne façon d’utiliser, voire d’éduquer, sa raison ? (Une autre façon d’interpréter « je pense donc je suis » ?) Par une critique permanente de sa pensée, mais aussi en faisant appel à celle des autres, afin de produire de nouvelles idées, de faire progresser sa conscience ? Seulement, cela doit s’arrêter un jour, conduire à une action ? Ce qui n’est ni l’objet du livre, ni celle du cours ?

Passion et raison

Descartes et Spinoza opposent raison et passion. Avec Trump, la raison est d’actualité.

J’en suis venu à penser que la passion était le propre de l’homme, dans son « état naturel », comme auraient dit les philosophes des Lumières. La passion est à la fois bonheur fou et atrocité gratuite. La raison a été inventée par l’homme. Elle a créé des « lois de la nature ». La souffrance, la mort, la pauvreté, la loi du plus fort… sont inacceptables, par exemple.

A-t-elle des avantages concurrentiels sur la passion ? Peut-être moins parce qu’elle sait « prévoir l’avenir » alors que la passion est aveugle, mais parce qu’elle est facteur de cohésion sociale. De ce fait, elle finit par enfermer le passionné dans un asile, ou, par son inertie, le fait disjoncter.

En fait, la raison ne voit que les erreurs manifestes, la découverte « scientifique » est hasard, et ne peut se faire sans passion « aveugle », car le monde n’est pas « raisonnable », il est « complexe ». En conséquence de quoi, l’histoire est probablement oscillations entre raison et passion, une autre manière de parler de Yin et de Yang. Après la folie de la guerre, l’après-guerre fut excessivement raisonnable, ce qui a produit une vague de passion, 68, nouvelle économie, Wokisme, Trump ? La véritable raison serait-elle d’éviter des oscillations trop violentes ?

Complexe de supériorité

Souvenir de petite enfance. Mon père avait l’habitude de siffler l’air de La truite de Schubert. Il se trouve que moi aussi. Un jour je l’ai entendu juger que j’avais une drôle de façon de l’imiter. En fait, ce que je sifflais, c’était ce que j’avais entendu d’un enregistrement. C’était mon interprétation qui était correcte, pas le sienne.

C’est probablement l’histoire de Marx et de Proudhon. Marx, l’homme supérieur, méprisait Proudhon, l’homme du peuple.

Les complexes de supériorité sont dangereux, ils rendent sourd.

Les Cristalliers

Y a-t-il toujours des Cristalliers ? Les Cristalliers sont, ou étaient, des alpinistes dont la passion était la collecte de cristaux de roche. Ils consacraient leurs loisirs à des escalades périlleuses, qui parfois leur coûtaient la vie, à la recherche des dits cristaux. Et, lorsque l’escalade n’est pas possible, à observer les montagnes à la jumelle, dans l’espoir d’y repérer quelqu’évolution favorable.

Art pour l’art, apparemment les cristaux n’ont aucune valeur.

Voilà qui paraît curieux. Mais, vues par un étranger, toutes nos passions ne sont-elles pas incompréhensibles ? C’est ce genre de fantaisie qui évite à l’humanité d’être prisonnière de la raison ? Raison qui pourrait lui être fatale ?

(Rediffusion de France culture.)

Erreur

Une fois de plus, je me trompais. Spinoza ne parle pas que des dangers de la passion. Il semble aussi parler de ce que j’ai découvert récemment : nos actes sont guidés par des injonctions inconscientes que nous ne contrôlons pas. En prendre conscience est le début de la sagesse.

Ma vie est effectivement pavée d’erreurs de raisonnement. Avec le recul, je constate que je suis passé à côté de solutions évidentes.

Mais, que me serait-il arrivé si j’avais pris des décisions correctes ? Ne serais-je pas un légume heureux ?

Il me semble que nous vivons dans la caverne de Platon. Nous ne voyons de la réalité qu’une sorte de « projection ». La raison nous enferme dans ce monde plat et terne. Il n’y a que le hasard, et l’erreur de raisonnement, qui nous permette de découvrir qu’il existe « autre chose ». (Et l’art est une forme de ce hasard.)