Pendant ce temps…

Le gouvernement pense gagner l’Allemagne à sa cause protectionniste. Mais que pense l’Allemagne ?

Voici ce que dit Politico Berlin Bulletin de vendredi dernier :

a growing number of German industry leaders are howling over what they’re calling the “China shock.” Germany was long one of the few EU countries to run surpluses with Beijing, but since the Covid pandemic, the trade relationship has flipped to a big deficit — €90 billion in 2025. China is widely blamed for much of the hemorrhaging of jobs in Germany’s manufacturing sector, now running at roughly 10,000 job losses per month.

() The German side blames Beijing’s industrial policies — including subsidies, deliberate dumping and an undervalued currency — that give Chinese companies unfair price advantages.

() But Merz is reluctant to react too strongly and support EU defensive tariffs for the simple reason that Germany imports from China many of the critical raw materials its economy needs, giving Beijing the power to shut down German plants almost at will even as Berlin tries to pursue a longer term policy of reducing such dependencies. Merz is also reluctant to take on China while dealing with U.S. President Donald Trump’s trade war.

« Tu te racontes des histoires et tu les crois » auraient dit mes camarades de cours élémentaire à nos gouvernants ?

Stratégie française

Lorsque j’ai parlé de la conférence du Commissariat au Plan (un billet précédent), on m’a demandé si le gouvernement avait une stratégie.

Je crois que oui. C’est l’Allemagne. Il s’agit de convaincre l’Allemagne qu’elle est menacée. Le rapport du Commissariat semblait avoir été écrit pour elle. Et ce de façon à ce qu’elle nous défende et applique le rapport Draghi, c’est à dire que l’UE « chasse en meute » et mutualise sa dette. Ce qui aurait l’avantage supplémentaire d’éviter à la France de s’occuper de ses propres dettes. Nous ne sommes pas des Grecs, tout de même.

Seulement, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un que les Allemands et les Européens craignent encore plus que la Chine et les USA, c’est la France…

Train chinois

« L’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois » une étude du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. Le 16 février avait lieu un débat sur cette question. Un train peut en cacher un autre ?

Le rapport constate qu’industrie, chimie, pharmacie… autrement dit toute l’économie européenne n’est plus concurrentielle. Les coûts chinois sont 30 à 40% moins élevés que les européens, pour une meilleure qualité.

Que faire ?

  • Des droits de douane européens de 30% ? Mais l’essai de M.Trump est peu concluant. En outre, l’économie européenne est massivement dépendante des faibles coûts chinois. Et le combat ne se livre pas que sur le sol européen : l’économie européenne, contrairement à l’américaine, est fortement exportatrice. La question de la Hongrie et plus généralement de la possibilité d’un front uni européen n’a pas été évoquée. Sinon pour dire que « la commission ne comprend rien » et que le parlement européen, dont l’élection n’est pas prise au sérieux par l’opinion, est coupée des réalités, comme en témoigne le Green deal, qui a liquidé l’industrie automobile pour rien.
  • Se rapprocher des Américains ? Ne sont-ils pas nos alliés naturels ? Abattre nos normes et faire allégeance au gouvernement Trump ?
  • La « destruction créatrice » ? Si souvent évoquée par le passé. Mais rien n’a remplacé les secteurs qui ont disparu.
  • La taille du marché européen ? L’utiliser pour négocier avec les Chinois. Mais ils n’obéissent pas à la logique du marché. Ils écrivent dans leurs plans quinquennaux, depuis des décennies, qu’ils livrent une guerre à l’Occident. Chaque année ils prennent un pourcent de plus du marché mondial. Leur Lebensraum est le « sud global ». Ils veulent tout dominer : les techniques de pointe aussi bien que les industries traditionnelles.
  • Innovation ? L’Europe a pensé être habile en vendant la « génération d’avant » à la Chine. Seulement la Chine innove plus vite que l’Europe, et a conçu la « génération d’après » avant et mieux que cette dernière. D’ailleurs, même dans les rares cas où une start up prend un avantage, la Chine le copie immédiatement et propose l’équivalent beaucoup moins cher.
  • Jouer sur les dépendances de la Chine (notamment par rapport au fer) ? Mais la Chine les élimine avant même que nous n’envisagions de les exploiter.
  • L’Allemagne ? La raison d’être du rapport serait-elle de la convaincre que, elle aussi, est mal partie et qu’elle doit nous sauver ? (Mais peut-elle faire un miracle ? D’ailleurs, son économie est tournée vers l’exportation.)
  • La guerre ? Les conséquences pratiques d’une UE privée d’économie n’ont pas été évoquées, seulement ce qui est survenu, dans le passé, dans cette situation : la guerre. Mais, comment l’UE, et sa faible armée, pourrait-elle faire la guerre ? peut-on se demander.

« On est nuls », concluait Nicolas Dufourcq.

Lu Xun

Qui connaît Lu Xun ? C’est un homme dont a peur Xi Jinping.

Lu Xun (1881, 1936) symbolise le réveil de la Chine. Un genre de De Gaulle chinois ? Pas au sens militaire, mais à celui de l’identification à l’âme de la nation. Car il est un représentant de ce que sa culture a de plus profond, de subtil, de glorieux. La tradition des mandarins. Or, il en vient à penser que le mal du pays est justement cette culture ! Alors il part au Japon, qui a réussi son occidentalisation, apprendre la médecine. Mais il comprend que c’est la littérature, pas la science, qui est le « levier » du changement. Seulement, il faut une langue unique, comme en Occident, pour cela. Il est à l’origine de l’adoption du mandarin. Plus curieusement, il a voulu inventer une langue populaire, que personne ne comprend.

Pourquoi Xi Jinping ne l’aime-t-il pas ? Parce qu’il semble avoir été un observateur objectif. Et que Xi Jinping goûte peu certaines vérités. Quant à Mao, qui en avait fait un héros, il croyait avoir changé définitivement la Chine, et que l’oeuvre de Lu Xun parlait d’une histoire révolue.

Grande muraille

Encore une « fausse nouvelle ». J’ai toujours entendu dire que la grande muraille de Chine était le seul édifice humain que l’on voyait de la Lune. C’est faux. Cette fable remonterait au 18ème siècle.

Par ailleurs, pour un Occidental, la Chine a quelque-chose de curieux : elle veut protéger ses ressortissants des idées subversives… (Concordance des temps.) Au fond, on le sait, cela nous paraît même amusant. Mais s’est on demandé ce que cela signifiait des projets qu’elle avait pour nous ?

Et s’il était temps de casser la muraille ? D’amener la Chine à comprendre qu’elle n’a rien à gagner à agresser ses clients. Plus elle fera d’affaires avec eux, plus son peuple sera prospère, et moins il aura de tentations de se révolter.

La loi du milieu

La Chine pourrait attaquer Taïwan dès 2027. Elle cherche le bon moment et sonde les failles de l’Occident. Un Munich ukrainien serait un signal favorable.

Malheureusement, l’UE s’est mise entre les mains de la Chine.

The biggest threat a Chinese invasion poses to Europeans is economic. Taiwan produces nearly 90 percent of the world’s most sophisticated chips used for smartphones and other goods. Taking over the island would put that supply in the hands of Beijing, which already has a stranglehold on critical raw materials and magnets and uses its dominance to punish countries that go against its interests. European industry has already been caught in the middle after China put up export controls on key resources in response to tariffs from the Trump administration.

politico.eu 30 décembre

Le plus intéressant dans cette affaire n’est peut-être pas que nos gouvernements nous aient jetés dans la gueule du loup, l’erreur est humaine, mais l’arrogance avec laquelle ils l’ont fait ?

Jean-François Billeter

François Jullien m’a amené à Jean-François Billeter. A l’époque, je m’intéressais à la civilisation chinoise. J’avais lu un livre de François Jullien, que l’on présentait comme un expert du sujet. Il m’avait indigné : délire de « philosophe ». (Il en était d’ailleurs de même des oeuvres d’un disciple de Durkheim.) C’est ainsi que le titre « Contre François Jullien » a attiré mon attention. Et que j’ai acheté cet ouvrage de Jean-François Billeter. C’était le travail sérieux d’un anthropologue. Et c’est ainsi que j’ai eu envie d’écouter l’émission que lui consacrait récemment France Culture.

J’ai découvert un Suisse à l’esprit très germanique. Modestie et méthode. Il a consacré la première partie de sa vie à enseigner la langue et la culture chinoise. Epuisé, il a pris sa retraite à 60 ans. Et, petit-à-petit, il s’est mis à publier.

Il me paraît s’être intéressé à une de mes préoccupations : ce que Montesquieu aurait appelé « l’esprit des lois », c’est à dire les caractéristiques d’une culture humaine, les forces qui expliquent son histoire, et avec lesquelles il faut jouer pour lui donner le destin qu’elle mérite. Ses travaux ne portent pas uniquement sur la Chine. Il s’est penché aussi sur notre société, et sur des thèmes qui reviennent dans ce blog. En particulier, le « nihilisme », mal de notre temps, auquel il oppose une sorte de culture de soi, un travail de développement de son potentiel, qui donnerait la liberté. Il oppose aussi fini et infini : le capitalisme, en particulier, est fondé sur l’hypothèse absurde d’un empilage infini de biens matériels. La vie est une oeuvre, finie.

Plus curieusement, peut-être, il penserait que le salut pour l’Europe est d’être une nation de régions.

A étudier.

(Inspiré par France Culture.)

Problème européen

Le graphique ci-dessous ne résumerait-il pas le problème que doit résoudre l’Europe ?

M.Trump veut éliminer la surface bleue par la force. Il ne restera à l’Europe que la surface rouge, qui elle n’aspire qu’à grandir.

Résultat d’années d’aveuglement ?

Il faut maintenant rétablir un équilibre, amener tout ce beau monde à comprendre que l’économie n’est pas une guerre. Car on ne peut pas tuer son client, qui est une vache à lait. Tous doivent produire ce que les autres veulent acheter, mais ne savent pas fabriquer. Et que la start-up, et rien de ce à quoi ont cru nos gouvernants, n’est pas la solution.

Santé chinoise

La croissance chinoise demeurerait forte, et ce malgré la faiblesse de la demande intérieure. Les Chinois seraient parvenus à réorienter leurs exportations des USA vers le reste du monde, en particulier l’Europe.

Comment font-ils ? Des complices ?

L’Europe, la France surtout, donne un curieux spectacle. Elle est accusée par Trump d’avoir dévalisé les USA, alors qu’elle se trouve dans une situation identique à la leur. Mais alors qu’il réagit, elle semble impuissante tout en convainquant son peuple du contraire.

« There’s a tendency to sideline China-related issues in Europe because we just have so many things on our plates, » Bachulska said, referring to the Ukraine war and the EU’s trade dispute with Trump. « China seems just to be a geographically distant challenge … [but] many of the impacts of Chinese policies are going to be felt in Europe very soon. »

Article.

Taiwan et les USA

J’entendais que les USA s’attendaient à une attaque par la Chine de Taiwan. La BBC parlait de la détermination des USA à l’empêcher.

Je pense que la BBC se trompe. La blague du moment aux USA est « TACO » : quand Trump rencontre une résistance, il fait dans son froc. Il n’a plus aucune crédibilité. Si la Chine attaque Taiwan, Trump cédera. D’ailleurs, ne pourrait-il utiliser Taiwan pour obtenir des concessions de la Chine ? A mon avis, Trump parle à l’Europe, il lui dit : je me désintéresse de vous.

Poutine ne serait-il pas parvenu à le manipuler ? Ne lui aurait-il pas fait miroiter des affaires pour sa famille ? La Russie comme Eldorado des USA ?