J’entendais un historien dire qu’il avait eu beaucoup d’ennuis lorsqu’il a écrit que la guerre de quatorze avait fait l’unanimité. Si j’ai bien compris, la thèse officielle était que c’était une question de « domination ». Etrange thèse, puisqu’elle contredit tous les témoignages de l’époque. (Y compris celui de mon grand père, qui avait dit à une tante, qui l’avait accompagné voir les soldats s’embarquer pour la guerre de 40 : nous avons perdu, ils pleurent, nous chantions.)
Cela m’a rappelé la remarque d’un cadre d’une institution semi-publique dont on avait supprimé des missions. On avait appris que les personnels qui, de ce fait, en étaient sortis, « accompagnés » par un programme fort généreux étaient extrêmement heureux de leur nouvelle situation. Certes, me dit-elle, « mais il ne faut pas le dire ».
Pourquoi nier la vérité ? Je me demande si cela ne tient pas à la croyance selon laquelle nous devons former les nouvelles générations en leur racontant des histoires édifiantes. C’est aussi ce que l’on pensait au temps de l’affaire Dreyfus : blanchir Dreyfus, c’était condamner l’armée, pilier de la société ? C’est, encore, la raison pour laquelle, il a été longtemps inconcevable de condamner une femme ?
Seulement, je me demande si une des lois de la nature n’est pas que l’homme ne peut supporter d’être manipulé, même si c’est pour son bien. La raison de sa recherche de la vérité ?