Les origines du vélo

J’ai passé quelque temps à Montréal, au début des années 90. Comme je le fais partout, je me suis promené dans la ville. Je suis un grand marcheur. Mais j’ai vite vu que mon cas n’avait pas été prévu. Car ce que j’empruntais était des pistes cyclables. J’ai aussi découvert que la ville était divisée en deux populations. D’un côté l’aristocratie anglaise, qui vit dans d’élégantes habitations et pratique la bicyclette, de l’autre la plèbe française qui roule en voiture et occupe une sorte de logement troglodytique.

Voyant que la bicyclette a envahi Paris, je me demande si nous n’avons pas été gagné par une mode anglo-saxonne. Une mode qui donne peut-être ce que décrit H.G. Wells dans La machine à remonter le temps : une société où des créatures falotes sont menacées par des affreux grossiers, façon Trump.

Eloquence

Qu’est-ce que l’éloquence ? Une émission de France culture. Il me semble qu’elle n’a pas traité du sujet, mais, plutôt de l’art de convaincre.

Il s’agirait, d’abord, d’amener l’interlocuteur à s’interroger, dans son for intérieur, sur la question que l’on désire traiter. Pour convaincre, il ne faudrait pas affirmer, mais, au contraire, réfléchir tout haut, avec les hésitations et les incertitudes que cela suppose. C’est, en quelque sorte, une « recherche en marche », selon l’expression du Collège de France.

Les tâches de Galilée

J’ai appris que, si Galilée fut révolutionnaire, c’est avant tout pour son travail sur les tâches solaires. Grâce à la lunette qu’il avait conçue, il a découvert ses tâches. Elles révélaient que le soleil tournait sur un axe incliné sur l’écliptique, et qu’il n’était pas homogène. Ce qui torpillait les thèses d’Aristote qui postulaient l’incorruptibilité des astres. Du coup, tout le système de ce dernier, donc le géocentrisme et le géostatisme, s’effondrait.

En fait, Galilée savait ce qu’il faisait. C’était un combattant, qui voulait abattre les thèses adverses.

Depuis, on a découvert que ces tâches suivent des cycles, et que leur activité varie au cours du temps, sans, me semble-t-il, que l’on sache pourquoi. Mais cela pourrait avoir un effet sur la Terre, car les émissions d’énergie varieraient d’un pourcent.

L’émission (ancienne) qui parlait de ceci était précédée d’un avertissement : attention, n’allez surtout pas croire qu’il y ait là la raison du réchauffement climatique ! Plus ça change, plus c’est la même chose, comme on dit en anglais ?

Eviter de mentir

Comment éviter à l’homme politique la tentation du mensonge ? Le sociologue Robert Merton a une théorie à ce sujet. Il dit que la société nous donne des objectifs à atteindre, et des moyens « légaux » pour ce faire. Celui qui atteint ces objectif, sans employer lesdits moyens, « innove ». Le criminel est un innovateur. Et les USA sont un pays où l’innovation est une valeur culturelle.

Donald Trump illustre cette idée. Il a voulu réussir, donc devenir extrêmement riche, et il ment en permanence sur sa fortune, et il a employé tous les moyens (illégaux) possibles pour s’enrichir.

Donc, si la société désire moins de mensonges, qu’elle réfléchisse aux objectifs qu’elle nous fixe, et qu’elle nous donne de meilleurs moyens de les atteindre ?

Le mensonge en politique

Le mensonge en politique. Non, cette émission de Concordance des temps ne parle pas de M.Trump. Elle dit que la politique est l’art du mensonge.

J’aurais aimé qu’elle se demande : comment peut-on être Trump ? Quelle est la psychologie du menteur ? Celle de l’aristocrate d’ancien régime ? Se conformer aux règles de la société n’induit-il pas le risque de se faire manipuler ? Vous avez vos questions, j’ai mes réponses, disait Georges Marchais.

J’aurais aussi voulu qu’elle s’interroge sur le mensonge comme « pathologie sociale ». J’ai connu un temps où l’on croyait à un parti politique comme à une religion, en fanatique. Sa parole était celle de l’Evangile. Et le mensonge était la règle du parti. La fin justifiait les moyens. Pour Aristote, le mensonge en politique consiste à dire au peuple ce qu’il a envie d’entendre, sans lui révéler qu’il dynamite les fondements de la cité, condition nécessaire de l’intérêt général. Mais il y a aussi l’inverse. L’électeur, conscient qu’on lui ment, devient cynique, ne croit plus à rien, ne vote plus. Et il abandonne ses droits et se fait manipuler en se croyant malin !

Bref, le mensonge détruit. Mais nos faiblesses humaines l’attirent ? L’occasion fait le larron ?

Domination

« Domination » est un mot que l’on entend beaucoup dans certains milieux. Curieusement, des milieux « dominants ».

Qu’est-ce que la domination pourrait-on se demander ? Au temps où j’enseignais, j’avais eu la surprise de constater que mes étudiants avaient subi des rapports de « domination » pendant leurs stages (ils en restaient marqués) : les employés en poste cherchaient à utiliser leur pouvoir pour leur faire faire ce qui n’était pas dans leur mission. Du coup, cela m’avait fourni un remarquable exercice de conduite du changement : comment se tirer de ce type de situation ? Beaucoup avaient trouvé de très élégantes solutions.

Le premier ingrédient de la domination semble donc être une différence de situation sociale : USA / alliés, classe gouvernante / population, parent / enfant, médecin / patient, chef / subalterne…

A noter que la domination utilise rarement (jamais dans l’exemple ci-dessus) la force ou la menace, Trump ou Poutine sont des exceptions, beaucoup plus une sorte de morale implicite. La domination, dans nos sociétés, est généralement un « crime en col blanc », une manipulation des esprits. Ce que le professeur Cialdini nomme « influence ».

Mais, comme dans le cas du harcèlement par le pervers narcissique, et comme dans mon exemple, cela n’est pas suffisant. Le « dominé » a les moyens de se faire respecter. S’il ne le fait pas, c’est souvent qu’il est affecté de quelque pathologie sérieuse, quelque accident d’enfance (d’où l’efficacité de la morale comme moyen de manipulation). En outre, beaucoup de stages se passent sans incident. Pourquoi ? Le stagiaire est considéré comme un « collègue », ou comme un « enfant », parfois comme un « futur dirigeant », bref, comme un être humain avec lequel on a de l’empathie.

C’est probablement ce qui manque à notre classe gouvernante. D’où la crise actuelle. Crise = domination ?

Mon ami chatgpt

Je suis entouré de gens très intelligents, très bien éduqués, avec, en outre, une expérience pratique hors du commun, et je suis surpris de la façon dont ils utilisent chatgpt.

Dernièrement l’un a demandé à chatgpt ce qu’il devait faire de sa vie professionnelle. Celui-ci lui a répondu « effet miroir pour dirigeant de PME ». Il était enchanté.

Je lui ai fait remarquer que le dirigeant de PME, qui a généralement le profil d’un chef d’atelier, était inaccessible et qu’il n’achetait pas de conseil, encore moins de ce type là. Ce dont il a convenu.

Autre exemple. Cette fois, on utilise chatgpt pour évaluer son entreprise, unipersonnelle, qui vivote. Il lui trouve une grande valeur. Seulement, il semble oublier que les prix sont faits par l’offre et la demande. Et qu’à l’heure de Trump il ne fait pas bon être faible.

Depuis le début, je pense qu’il serait intéressant de chercher à comprendre les lois auxquelles le comportement de chatgpt obéit. En attendant, il me semble qu’il a un talent fou pour exploiter nos prejugés et nos faiblesses. Le champion du « biais comportemental » ? Le super intelligent serait-il un super escroc ?

Paul Veyne

Paul Veyne ou la « contre-histoire » de l’antiquité ? (Ce qui m’apporte une certaine satisfaction : mes opinions ne sont pas aussi isolées que je le pensais.)

Socrate était, au fond, un pauvre type. Il croyait dur comme fer aux superstitions de son temps. Il a seulement essayé de faire des dieux à son image. Comme souvent, « c’est celui qui le dit qui l’est » : il ne se connaissait pas lui-même, il était prisonnier d’idées reçues. C’est pourquoi il a bu la cigüe. Quant à Platon, il s’est trompé sur toute la ligne. Mais il a eu le mérite de poser de bonnes questions.

Et les Grecs se sont emparés de l’empire romain. Revanche de l’intellectuel sur le rustre.

Paul Veyne ou l’histoire de « l’aliénation » ? L’homme est entre les mains d’a priori dont il n’a aucune conscience ? Ou encore de la séduction trompeuse de l’idée ?

Vérité

J’entendais un historien dire qu’il avait eu beaucoup d’ennuis lorsqu’il a écrit que la guerre de quatorze avait fait l’unanimité. Si j’ai bien compris, la thèse officielle était que c’était une question de « domination ». Etrange thèse, puisqu’elle contredit tous les témoignages de l’époque. (Y compris celui de mon grand père, qui avait dit à une tante, qui l’avait accompagné voir les soldats s’embarquer pour la guerre de 40 : nous avons perdu, ils pleurent, nous chantions.)

Cela m’a rappelé la remarque d’un cadre d’une institution semi-publique dont on avait supprimé des missions. On avait appris que les personnels qui, de ce fait, en étaient sortis, « accompagnés » par un programme fort généreux étaient extrêmement heureux de leur nouvelle situation. Certes, me dit-elle, « mais il ne faut pas le dire ».

Pourquoi nier la vérité ? Je me demande si cela ne tient pas à la croyance selon laquelle nous devons former les nouvelles générations en leur racontant des histoires édifiantes. C’est aussi ce que l’on pensait au temps de l’affaire Dreyfus : blanchir Dreyfus, c’était condamner l’armée, pilier de la société ? C’est, encore, la raison pour laquelle, il a été longtemps inconcevable de condamner une femme ?

Seulement, je me demande si une des lois de la nature n’est pas que l’homme ne peut supporter d’être manipulé, même si c’est pour son bien. La raison de sa recherche de la vérité ?

Super intelligence

Grand thème de discussion du moment : l’intelligence artificielle va ridiculiser l’intelligence humaine, faut-il laisser faire ?

Extraordinaire coup de publicité auquel ses auteurs croient. Une partie de la société a une fascinante capacité d’auto persuasion. Et le journaliste en fait partie. Même le scientifique a été acheté : s’il ne parle pas d’une idée à la mode, sa recherche n’est pas financée.

Psychologie de l’escroquerie : on croit à ce en quoi on a intérêt.

Ce qui pose la question de la manière d’éviter ce phénomène (autrement que par la crise).