Je dois acheter des tickets de train pour me rendre à Paris. Curieusement, la SNCF a démonté ses machines, si bien qu’il n’en reste plus qu’une en fonctionnement. En vertu de quoi, je dois faire la queue, et vois passer les trains. Ce qui n’est pas grave : je prends toujours beaucoup d’avance, pour pallier les aléas devenus usuels de la SNCF. Toujours est-il que cela m’a fait prendre conscience d’une source de mécontentement populaire : la dégradation des services publics. J’en étais là de mes réflexions, lorsque j’ai prêté l’oreille à ce que l’on disait dans la file d’attente.
Avant moi, trois femmes, l’une essaie de comprendre comment fonctionne la machine, l’autre regarde de temps en temps par dessus son épaule. Elle se révèle être une parente de la première. Une troisième est une jeune et très grande femme voilée, très blanche, caractéristiques que mes préjugés racistes certainement n’associent pas à la femme voilée. 10€ pour aller à Paris ! s’exclame la seconde. Elle explique à la femme voilée que c’est sa belle-soeur qui achète les tickets, car c’est une retraitée de la SNCF et qu’elle ne paie pas le train. La femme voilée, avec une voie d’intellectuelle, lui répond que c’est une contrepartie des faibles salaires de la fonction publique. A quoi son interlocutrice répond : elle gagne 3000€, deux fois ma retraite, alors que ma vie a été bien plus dure que la sienne : j’étais dans la restauration, et je travaillais 12h par jour. Ce sur quoi la femme voilée a observé qu’effectivement son mari, employé d’EDF, avait beaucoup d’avantages.
Nos hommes politiques feraient-il bien d’acheter des tickets de train ?