Le mouvement décadent

Mon intérêt pour Oscar Wilde m’a fait découvrir le « mouvement décadent ». (BBC 4, In our time.)

En ces temps, la France faisait la pluie et le beau temps. Le mouvement décadent, dont Wilde fut le champion, est influencé par Baudelaire et ses comparses. Ce à quoi Oscar Wilde doit probablement en partie le bagne : il n’y a rien de pire, pour la société anglaise, de penser qu’elle est menacée du mal français.

D’ailleurs, la condamnation d’Oscar Wilde a été fatale au mouvement : ses autres protagonistes semblent, brutalement, s’être mis à vanter les vertus mâles. Et le « symbolisme » a eu le vent en poupe. Une autre mode française, mais, apparemment, moins subversive.

(Le décadent vivait l’instant, contrairement au symboliste, qui semble avoir été un spiritualiste. Surtout, ce décadent était férocement élitiste et anti-démocratique. Il se croyait être supérieur, et, probablement, seul digne de vivre. Tentation de tout intellectuel ?)

Oscar Wilde

On fait d’Oscar Wilde un martyr. Il est victime d’une société intolérante.

En fait, il ne semble pas qu’il en soit ainsi. S’il a terminé au bagne, c’est après avoir intenté un procès à un marquis, avec le fils duquel il avait une liaison. Le procès s’est retourné contre lui.

Oscar Wilde devait son succès mondain à la provocation. La haute société adore s’encanailler. Seulement, il y a certaines frontières à ne pas franchir. Si on le tente, elle vous rappelle que vous n’êtes rien sans elle, en frappant votre point faible : l’essence de la vie d’Oscar Wilde était d’être un dandy.

(Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb ne raconte pas autre chose.)

Aphorismes d’Oscar Wilde

« On peut résister à tout sauf à la tentation. » Apologie de la frivolité et de la superficialité. « Seules les qualités superficielles durent. » « Les jeunes savent tout. » « Le plaisir est la seule chose qui vaille le plaisir de vivre. » « Etre dénaturé est souvent un signe de grandeur. » « Mentir est un art. » Oscar Wilde met les valeurs victoriennes sens dessus dessous.

Mais aussi, considérations pouvant paraître « datées », comme dit la BBC quand elle rediffuse une émission qui a plus de 20 ans. (Ces propos pourraient choquer les sensibilités modernes.) « Le principe de base du mariage est une incompréhension mutuelle. » « Tous les hommes sont la propriété des femmes mariées. » « L’histoire de la femme est l’histoire de la pire forme de tyrannie que le monde ait jamais connue : la tyrannie du faible sur le fort. »

Et, bien sûr, des propos sur l’art, qu’Oscar Wilde percevait comme sens de la vie. « Un véritable artiste ne se préoccupe absolument pas du public. » « Les gens au goût exquis dirigeront le monde. » « N’importe qui peut faire l’histoire, seul un grand homme peut l’écrire. »

« J’aime la musique de Wagner plus que celle de tout autre compositeur.Elle est si bruyante qu’il est possible de continuer à parler sans que les autres vous entendent. » Il avait, au moins, l’art de la formule !

Il fut une cigale qui a cru à un été éternel. Dommage, car il pouvait être un penseur profond. Auquel sied l’humour. Un humour qui n’est pas que « politesse du désespoir ». « Il est tentant de définir l’homme comme un être rationnel qui se met toujours en colère lorsqu’il est supposé agir en accord avec les préceptes de la raison. » « rester vigilant, c’est vivre ; être bercé par la certitude c’est mourir ». « La vie n’est qu’un mauvais quart d’heure, composé de moments exquis. » « Le monde a été créé par des idiots afin que les sages puissent y vivre. »

The Importance of Being Earnest

Pièce d’Oscar Wilde (entendue à la BBC).

Une société d’esprits légers, riches et oisifs bien sûr, un feu d’artifice de mots d’esprit, un rien absurdes (« perdre un de ses parents c’est un malheur, perdre les deux, c’est de la distraction »). Un chassé-croisé qui s’apparente, cela aurait-il plu à Wilde ?, beaucoup au théâtre de boulevard français.

Tout se joue sur « earnest », à la fois le prénom Ernest et « sérieux ». Et, « sérieux », c’est justement, la seule chose qu’il faut ne pas être.

Manifeste de la vacuité ?

Le blog est fatal au cinéma

Je ne vais plus au cinéma. Pourtant, il n’y a pas encore longtemps, la chronique cinéma était la plus fournie de ce blog. C’est une question d’arbitrage, selon l’expression des financiers anglo-saxons : mon temps est rare. Mais ce n’est pas tout. Ce blog a enlevé au cinéma son mystère.

En recherchant les règles de nos comportements, il m’a montré que ce qui me plaisait dans les films était des sentiments bêtes, des questions immémoriales telles que les mystères de l’amitié ou du respect de ses convictions en environnement hostile. Mais, et c’est là où tout le beau du spectacle s’est évanoui, j’ai aussi compris qu’il est un moyen de manipulation de masse. Le réalisateur veut influencer nos comportements, nous dire ce qui est bien. 
L’artiste serait-il complexé ? Son art ne lui suffit plus ? En France, il n’y en a que pour l’intello, et il trouve son intellect un peu court ? C’est pourquoi, il a cherché à l’agrandir en empruntant des idées à d’autres ? Il n’a pas aimé ce qu’a dit de lui Oscar Wilde ? me suis-je demandé. En tout cas, l’artiste n’est pas un penseur de haute volée. C’est pourquoi je ne vais plus au cinéma. 

Intentions d’Oscar Wilde

L’art est-il la dimension manquante et essentielle de la vie humaine ? Tout ce que croit notre très matérialiste société ne serait-il qu’idées reçues ? Ce recueil de quatre textes d’Oscar Wilde ridiculise le « bon sens » de Nicolas Sarkozy, et des dogmatiques de tout bord.
La vie imite l’art, non le contraire. La nature n’a rien de remarquable, c’est l’art qui lui donne son génie. Mais l’artiste non plus n’est pas très intéressant. Il n’a rien à dire, il est le jouet de l’art. Ce qui fait l’art de l’art, c’est le critique. Le critique est l’homme par excellence. C’est de sa subjectivité, et surtout de la multiplicité de ses interprétations que naît l’œuvre d’art, qui cherche son identité dans la contradiction et dans sa réinvention, permanente, par le critique. D’ailleurs il y a de moins en moins de sujets à œuvre d’art. L’avenir sera critique ou ne sera pas.
Car, la cause des maux de notre société, de sa non durabilité dirait-on aujourd’hui, est qu’elle est prise entre deux extrêmes stériles, qui l’enferment dans un cercle vicieux fatal. D’une part une vision utilitariste de l’action, d’une fin qui justifie les moyens ; d’autre part une pensée intellectuelle froide et mathématique, à la Platon. Seulel’esthétique, l’émotion pour l’émotion, peut donner à l’espèce une hauteur de vue salvatrice. Alors que l’éthique permet au monde de fonctionner, l’esthétique donne un sens à son existence. L’esthétique n’est donc pas morale, comme la science elle est au dessus de l’éthique.