2013 (et quelques suivantes), année système D

Curieux que l’on ne parle pas de ses grandes entreprises. Or, leurs difficultés racontent une toute autre histoire que celle du « choc de compétitivité ».

L’automobile, dont nous avons été un des pionniers mondiaux, pourrait bien être rayée de notre territoire. Alcatel est à la limite du dépôt de bilan. Air France et Veolia sont-ils en très bonne santé ? Quid de l’industrie des télécoms, depuis la quasi faillite de FT : dynamique et conquérante ? Et l’assurance ? Et Carrefour ?…

Avez-vous envie d’acheter une voiture française ? Ces entreprises internationales, pour la plupart, ont mal fait leur métier. Et pour une raison qui paraît bien être un vent de folie libérale. Autrement dit, croire que l’on pouvait dépenser sans créer. N’est-ce pas ainsi qu’il faut lire le succès des déréglementations des années 90 (FT ? SFR ?…) ? La stratégie d’Alcatel ? Et celle de Carrefour, miné par des activistes ?…  D’ailleurs, si elles tiennent encore, est-ce en dépit de la France, ou grâce à elle ? Ne se nourrissent-elles pas quelque peu de leur monopole local ? Ne peuvent-elles pas compter sur notre gouvernement en cas de faillite ? La France n’est pas une exception : comme ailleurs, les bénéfices y ont été privatisés, et les pertes socialisées. D’ailleurs, l’Etat fut aussi victime de l’irrationnelle exubérance du moment. Il a dépensé sans compter.

Morale de l’histoire ? « Travaillez, prenez de la peine… ». La Fontaine plutôt que Gallois. La formule miracle, c’est fini. On va devoir reconstruire ce que l’on a, mais sans moyens. Avec la menace permanente de l’effondrement d’une multinationale, et de sa récupération par l’Etat. Avec dégradation corrélative de ses comptes. Et accélération du cercle vicieux de la rigueur.

Bref, il va falloir faire des exploits avec des bouts de ficelles. Après le libéralisme anglo-saxon, le système D français ?

Borloo PDG de Veolia, ou le retour de l’Ancien régime ?

Il semblerait que le patron d’EDF, ami de notre président, ne soit pas content que son successeur chez Veolia mette en cause la stratégie d’expansion qu’il avait décidée pour le groupe. Il voudrait le faire renvoyer. M.Borloo pourrait le remplacer. (Jean-Louis Borloo pressenti pour Veolia – LeMonde.fr)

La France est fameuse pour parachuter des hauts fonctionnaires à la tête de ses multinationales. Beaucoup pensent d’ailleurs que c’est de là que vient l’inefficacité de son économie.

Cependant, il y avait une logique dans le système français. Les dits fonctionnaires étaient supposés avoir des QI exceptionnels, et appliquer la politique de l’État à une entreprise qui n’en était que le prolongement.

Y a-t-il un changement de modèle ? La présidence de la multinationale devient elle une « charge » ? Suffit-il d’être un favori du prince pour la recevoir ? Retour à l’Ancien régime ?

Compléments :

Areva se restructure

Areva et Veolia changent de direction. Cela s’accompagne d’une restructuration brutale.Que faut-il en penser ?

  • Argumentation rationnelle : dans les deux cas, on dénonce une stratégie financièrement non durable (Areva dévoile son plan de réduction des coûts – LeMonde.fr) ; 
  • ou réitération de l’éternelle tactique du nouveau dirigeant : se faciliter la tâche en chargeant la mémoire de son prédécesseur ?
Compléments :

L’eau

GALLAND, Franck, L’eau, Géopolitique, enjeux, stratégies, CNRS éditions, 2008. Dominique Delmas s’inquiète du manque d’eau et des malheurs qu’il pourrait entraîner. Il m’a envoyé ce livre qui analyse la question sous l’angle géostratégique. Souvenirs :
  • D’ores et déjà la situation est déplorable. 1,1 md de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, et 2,6md à un assainissement. 4md pourraient être sous stress hydrique en 20025, 90% du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord souffriraient alors de pénurie d’eau. Un milliard de personnes pourraient émigrer faute d’eau. L’agriculture est le gros consommateur d’eau, 70% en moyenne, 82% chez les pays à faibles revenus. Dommage que le livre n’ait pas approfondi la question (une simple meilleure gestion des pertes et de l’évaporation pouvant régler les problèmes du monde).
  • De même, j’aurais aimé que F.Galland creuse deux autres remarques curieuses : un kilo de bœuf demande 15 fois l’eau nécessaire à un kilo de blé. 1 litre de biocarburant demande 1000 litres d’eau ! Étrangement, ce bilan apocalyptique n’a pas de conséquence dans la suite du livre, qui laisse entendre que le retraitement d’eau, et Veolia (pour lequel travaille l’auteur), sauveront la planète.
  • L’eau est devenue une arme. Par exemple, l’industrie israélienne de l’eau est en partie dirigée par d’anciens généraux. La Turquie et la Chine sont des « hydropuissances » qui utilisent leurs fleuves pour servir leurs objectifs géopolitiques.
  • Le cas de la Chine est particulièrement intéressant, comme d’habitude. Le pays donne l’impression d’un très dangereux apprenti sorcier. D’une part il est sous la menace d’une pollution monstre, d’autre part, il manque cruellement d’eau. De surcroit son désir d’exploiter le Xinjiang et le Tibet, et leurs richesses naturelles l’amène à déplacer beaucoup de monde dans des zones arides. Du coup il en est venu à reconcevoir son hydrographie, en alimentant certains fleuves vides avec le cours d’autres, et en utilisant le Tibet, Château d’eau de l’Asie, pour ses besoins. En fait, la Chine est en train d’asservir certains voisins (Birmanie, Laos, Cambodge), et de s’aliéner les autres (Vietnam, Inde), qui s’inquiètent de cet impérialisme. Mais la Chine est un pays fragile. Le mécontentement de ses populations polluées est une redoutable menace à l’ordre public. En termes d’eau, la seule bonne nouvelle vient de Chine. Afin de dominer l’industrie mondiale du secteur, elle veut utiliser les compétences qu’elle doit acquérir pour nettoyer le désastre écologique qu’elle a créé .
  • Plus généralement, le manque d’eau a transformé ceux qui en étaient affectés, notamment Singapour (qui dépend de la Malaisie avec qui il est fâché, et qui exploite donc de plus en plus eaux usées et de pluie) et Israël, sont devenus des champions du traitement d’eau.
Compléments :
  • J’ai préféré à ce livre l’article que cite A boire !

EDF

Energetic manoeuvres : y aurait-il lieu de se préoccuper de l’état d’EDF ?

  • La société se serait engagée dans une très ambitieuses stratégie d’expansion internationale (ce qui ferait monter les intérêts de sa dette à 2,5md€) : achat de British Energy (£12,5md) + Constellation (4,5md$).
  • Ses centrales marchent moins bien que celles de ses concurrents (âge, grèves…). Ce qui force EDF à leur acheter de l’énergie.

Retour d’un des vieux démons français, le champion national ? On l’élève à coup d’achats ruineux, dont la société n’a pas les moyens. On pense à France Télécom et à ses 70md€ de dettes, au Crédit Lyonnais et à sa faillite, mais aussi à Thomson que M.Juppé voulait vendre pour 1F. Et à quelques autres.

EDF n’aurait-il pas mieux fait d’investir dans ses installations et de s’occuper de son personnel ?

Compléments :

  • L’article dit aussi que le nouveau dirigeant d’EDF présente l’avantage d’être un ami de N.Sarkozy, mais l’inconvénient de vouloir conserver la direction de Veolia, ce qui pourrait présenter un conflit d’intérêts.
  • Faut il voir dans le peu d’efficacité de la production d’EDF une répétition des problèmes que l’on prête à FT (Efficacité de France Télécom) ?