Utilitarisme

La théorie économique de l’utilitarisme veut que le meilleur des mondes soit celui qui maximise le bonheur de l’humanité. Sachant que celle-ci est faite d’individus et que le bonheur total est la somme des bonheurs individuels.

Cela a des conséquences curieuses. Par exemple, le vol est compatible avec ce modèle, pour peu qu’il provoque une grande satisfaction chez le voleur, et peu de réactions, chez le volé.

Comme souvent, en philosophie, les termes ne sont pas définis. Qu’est-ce que le bonheur ? Comment cela se mesure-t-il ? Par contre-coup est né le conséquentialisme : juger nos actes par leurs conséquences. Certes, mais comment les évaluer, jusqu’où faut-il porter le regard ?

Il serait intéressant d’examiner ce que l’on a appelé bonheur au cours des temps, et selon les classes et même les individus. La gloire militaire du noble, la bohème de l’artiste maudit, les erreurs de jeunesse qui sont nos meilleurs souvenirs, le bonheur sado-maso, les bonheurs inconnus que l’on veut révéler aux peuples asservis, le bonheur du martyr qui souffre pour ses convictions… Et aussi bonheur d’appartenir à un commando ou à une équipe sportive, de sauter dans le néant avec Heidegger, le bonheur comme élan collectif, bonheur totalement oublié par Jeremy Bentham.

Confirmation d’une idée de ce blog ? L’intérêt de la philosophie n’est pas la solution qu’elle donne, mais la question qu’elle pose ?

(As usual, inspiré par In our time, de la BBC.)

Etes vous utile ?

L’épidémie de coronavirus a révélé que certaines professions peu payées et peu considérées étaient essentielles au fonctionnement de la société. Faudrait-il revoir la notion « d’utilité » ?

Le vent de populisme actuel est probablement produit par le mécontentement de populations auxquelles on n’a pas trouvé « d’utilité ».

Les travaux sur le « reengineering » des entreprises dans les années 80 ont montré que les personnels « sans utilité » que l’on avait supprimés (essentiellement la hiérarchie intermédiaire) possédaient le savoir-faire de l’entreprise. Sans eux, l’entreprise avait perdu la mémoire. (Corporate amnesia, The Economist, 20 avril 1996.)

Il y a l’utilité qui se voit (l’éboueur ou le médecin), et celle qui ne se voit pas, parce qu’elle est sociale, elle est partagée entre beaucoup de gens.

Comportement néoclassique

Histoire qui m’est racontée. Travail d’une commission. Suivi par quelques uns de ses membres seulement. Conclusion unanime d’une réunion de travail : chacun doit contribuer à un document commun. Après un dernier rendez-vous de mise au point, le document sera diffusé à toute l’organisation. Les dates du projet sont arrêtées.
Rien ne se passe. Seul le leader du groupe fait le travail prévu. Au moment de se rendre à la réunion finale. Il découvre, à la dernière minute, que personne ne peut être présent. Il transmet ce qu’il a fait en demandant à ses collègues de l’annoter afin que le processus parvienne à son terme, malgré tout. Surprise. Tout le monde veut maintenant une réunion. Y compris ceux qui n’ont jamais assisté à aucune. Ce qui est étrange est que personne n’a tenu parole, or, c’est le seul à avoir respecté ses engagements (en fait les idées des autres !) qui se sent en position d’accusé !
Une interprétation possible. Modèle de l’optimisation de l’utilité (cf. théorie économique néoclassique).
Nous cherchons en permanence à exploiter les événements à notre bénéfice. C’est pour cela que nous avons avantage à ce que les autres prennent l’initiative. De ce fait, ils dégagent notre responsabilité. Et, en leur opposant notre inertie, nous pouvons leur imposer nos conditions. (C’est la stratégie qu’ont opposée les banques américaines à leur gouvernement.)
La subtilité de cette tactique est qu’elle ne peut pas nous être reprochée. De même que l’on ne peut pas signaler à un cycliste qu’il passe au rouge, sans se faire insulter. De même, il n’est pas possible de faire remarquer à quelqu’un qu’il a trahi sa parole, ce serait un manque d’éducation grossier.
Quant à la situation du leader, on peut la comprendre ainsi. Si chacun pense l’autre calculateur, il évaluera ses actes comme manifestation de son intérêt personnel. Que le leader du groupe ait fait un travail aussi rigoureux signifie certainement qu’il prépare un mauvais coup. D’ailleurs ne profite-t-il pas de l’annulation de la réunion pour passer en force ? Il est temps de l’annihiler. 

Utilitarisme

Mon intérêt pour l’utilitarisme vient de l’économie. Les économistes sont écoutés par les puissants, qui suivent leurs recommandations. Or, les économistes obéissent à des modèles mathématiques, dont le principal dit que l’homme décide en maximisant une fonction « d’utilité ». Voici ce que John Stuart Mill, pilier de l’économie et promoteur de l’utilitarisme, a à déclarer sur ce sujet (MILL, John Stuart, On Liberty and Other Essays, Oxford University Press, 2006) :

  • L’utilitarisme c’est dire que ce qui est bon est ce qui fait le bonheur de l’homme, et ce qui est mauvais est ce qui cause sa souffrance. L’homme prend ses décisions de plusieurs façons :
  • Si elles ne concernent que lui, il suit son intérêt.
  • Sinon, il va décider en fonction du bien collectif. Parce que sa principale aspiration est d’appartenir au groupe humain, et que toute son éducation l’a récompensé quand il suivait les règles de la société, et l’a fait souffrir, sinon. S’il réagit à l’injustice comme si son intérêt propre était attaqué, c’est parce que le rôle de la justice est d’assurer que l’environnement qui est nécessaire à sa vie est stable.

Les économistes ne connaissent que le premier type d’utilité. Malheureusement, ce n’est pas celui qui est concerné quand le sort de la nation est en jeu. Dommage qu’ils n’aient pas étudié la sociologie, ou les travaux de John Stuart Mill.