Des crises

Il y a quelque temps j’entendais dire que la crise de 29 a été favorable à certaines entreprises. En me renseignant, mais pas de manière exhaustive, je découvre un point commun à celles-ci : elles ont parié sur les pauvres, et y ont mis les moyens, alors que leurs consoeurs tendaient à se replier sur elles-mêmes. Les secteurs gagnants ont été les produits de première nécessité, les distractions bon marché, la publicité.

GM et Chrysler ont produit en masse des voitures pas cher, Procter et Gamble des produits d’hygiène, Kelloggs de la nourriture bon marché, King Kullen a inventé le supermarché, IBM a loué ses machines, Hollywood et la radio ont fourni une distraction peu coûteuse, et, cette dernière a profité de la publicité de masse qu’ont faite les entreprises précédentes pour étouffer leurs concurrents.

Il est tentant d’en déduire qu’une telle crise est un phénomène naturel, qui élimine les dinosaures et profite à de petits êtres agiles, qui, à leur tour, vont coloniser la terre.

La fin de la bagnole

A-t-on compris ce dont Tesla était le nom ?

Le rêve que l’on a prêté à Steve Jobs ? L’iCar ? Mais Elon Musk est un bourrin. Comme Jobs l’avait fait pour le téléphone, il a mis un ordinateur dans la voiture. Seulement, il n’a pas eu le talent de trouver une « killer app », sinon la conduite autonome. C’était, avec la fin de la mort, ou la conquête de l’univers, le degré zéro de l’intelligence. Ce à quoi aboutit immanquablement l’Américain quand il se dit visionnaire.

La Tesla, comme un téléphone, ne subit pas le « face lift » des automobiles. Le style ne compte plus. Seul le logiciel est nouveau. Et la conduite autonome tue la joie de la conduite. Car la voiture était plaisir, étalage de réussite, objet de collection, etc. Elle devient une « fonction », un « transport en commun » qu’il n’est pas utile de posséder. Et les Chinois en font un produit industriel, sans valeur.

Géopolitique de l’IA

Enfin une bonne émission ? Affaires étrangères discute des dessous de l’IA.

Entre la Chine et les USA, c’est le bras de fer. Ils sont interdépendants et cherchent à gagner du temps afin d’acquérir ce que possède l’autre. Ce qui se joue, selon eux, est la domination du monde.

Aux USA, l’IA est devenue sujet de campagne. L’électeur est allergique au data centre, il craint de perdre son travail et trouve que le pouvoir des démiurges du GAFA est une menace pour la démocratie. Mais ceux-ci contre-attaquent en achetant des hommes politiques (et probablement de la publicité, qui a un pouvoir surprenant aux USA).

Il se trouve que l’Europe n’aurait pas perdu la partie. Elle détiendrait un maillon de la « chaîne de la valeur » de l’IA, des « acteurs de pointe », ASML, hollandais, Zeiss et Trumpf, allemands. Or, ce sont des industriels ! Justement ceux que nos prix Nobel d’économie veulent éliminer au nom de la course à l’IA ! Et même très anciens, en ce qui concerne Zeiss. (Quant à la France, elle convoque Sam Altman au conseil de sécurité des Nations Unies : chacun selon son talent ?)

Iran USA

Les experts de Christine Ockrent ne paraissent pas plus éclairés que l’homme de la rue lorsqu’il s’agit du conflit entre l’Iran et les USA. L’Iran est le Vietnam de Trump. Il a coûté la vie a beaucoup de monde mais a coupé le sifflet à Trump. Une compensation ?

Que va-t-il émerger une fois que la poussière sera retombée ? Un nouvel ordre du monde ? De nouvelles puissances qui auront creusé leur sillon plutôt que de contempler les événements bouche bée ? On ne sait pas. Ils constatent, comme nous tous, que l’économie mondiale paraît absorber le choc. Ce qui est une bonne nouvelle et le signe que la société s’adapte, en dépit du désarroi de ses élites ?

Jurassic Parc ?

Americans feel they have lost their agency
People increasingly blame large corporations for the sense that they have ever less control over their own lives

Financial Times, 30 août

Voici ce que l’on n’aurait pas attendu des Américains ? Ne verraient-ils plus la taille comme la marque d’un succès admirable et mérité ?

Nous, dont les gouvernements ne jurent que par le « champion national », ne partageons-nous pas aussi ce sentiment ?

Une économie faite d’un tissu de petites entreprises solidaires en réseau, créatif, résilient, non délocalisable, ne serait-il pas viable ? Serait-il temps de mettre un terme au règne des dinosaures ?

Où y a de la gêne

Trump says US to take control of 65bn barrels of Venezuelan oil
The president says the countries’ joint venture will lower petrol prices for Americans

Financial Times

Esprit de l’Amérique ? L’entrepreneur digne de ce nom fait ce qui est interdit par la loi ou la raison. Il y a encore quelques décennies, c’est ce que l’on appelait, dans les milieux intellectuels, « hacking growth ».

Le monde civilisé regarde Donald Trump, médusé, et espère que la complexité de la nature va le sauver sans avoir à agir ?

Ponzi chinois

Who is really buying China’s humanoid robots?
Companies are selling machines to government-backed centres that then sell training data back to robot makers

Financial Times du 20 août

Les Chinois sont devenus américains. Des deux côtés, dans l’espoir fou de dominer le monde, on jette toutes ses ressources dans le combat. Folle course en avant. L’esprit start-up a gagné les empires.

Stratège iranien

Iran has weighed attacking US military targets in Europe should President Donald Trump escalate the war, according to people close to the regime, as Tehran considers its options to increase the stakes of the conflict.

Financial Times 19 août

On disait l’Iran exsangue, son économie en crise, sa population révoltée, totalement infiltré par les services secrets israéliens, décapité, tous ses chefs ayant été exécutés. Mais ce pays sans tête a surpris le monde.

Trump cherchait une victoire facile et n’était pas prêt à un affrontement. Le grand négociateur a fait une erreur de débutant. L’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, ce qui était, semble-t-il, prévu, et il a frappé les partenaires des USA, ce qui ne l’était pas.

Dans cette affaire, l’Europe est un cas curieux, elle dont l’élite ruisselle de bons sentiments, la championne du « care », semble devenue un souffre douleur universel. L’amour n’est pas aimé ?