Point Trump

Où en est le feuilleton Trump ? On n’osait pas l’espérer, mais il paraît enlisé en Iran. Et il pourrait même hésiter à faire une autre bêtise. Il s’en est pris aux immigrés, aux universités, aux droits de douane, à ses alliés, au Vénézuela, à l’Iran, il s’est allié avec les ennemis de son pays… Rien de simple ne semble marcher.

En fait, cela correspond à l’attitude qu’il a eue au cours de sa vie. Tenter un coup et se replier immédiatement au premier revers. Greed and fear. Seulement, il semblait changé : il paraissait être devenu plus méchant que bête.

Il est possible qu’il soit prêt à donner beaucoup à quelqu’un qui pourrait le tirer de cette mauvaise passe. L’heure de M.Netanyahu semble passée. La presse anglo-saxonne paraît penser que M.Trump estime qu’il l’a « niqué ». L’Iran n’était pas un fruit mur prêt à tomber. Qui veut prendre sa place ?

Gros dégueulasse

Pour l’Américain, il n’y a pas de justice. La justice est une arme dont il se sert pour dévaliser le faible, et détruire les concurrents de ses entreprises. Jusque-là, à l’époque des Clinton et Obama, il se donnait un peu de mal pour le cacher. Mais Trump lui a enlevé ses derniers complexes. Voilà ce que disait un dirigeant que les USA prirent en otage.

Ce à quoi une amie répondait « Quand allons-nous montrer les dents ? ».

Il disait aussi que si nous étions à la place des USA nous ferions de même. Qui est « nous » ai-je envie de dire ? La justice serait-elle pour les chiens ?

(Ce qui pose aussi la question de l’attitude de nos gouvernants. Qu’est-ce qui explique qu’ils aient si longtemps accepté de nous faire dévaliser ? Ne se fait escroquer que celui qui croit faire un mauvais coup ?)

Fake it

Fake it until you make it est la devise des USA. En fait celui qui « fake it » correctement n’a même pas à « make it ».

L’intelligence artificielle en est un exemple. C’est une course en avant financée par la planche à billets de la FED. Comme pour les taxis d’Uber, l’espoir est d’installer un monopole, en vendant à perte, et alors de « se refaire ». Que l’on produise un désastre écologique ou que l’IA exploite les failles de l’individu et le détruise, rien de cela ne compte. Le succès, la fin, justifie tous les moyens. D’ailleurs, malheur au vaincu.

C’est la logique du virus. Et le virus a contribué à la vie. Il est partout dans notre génome. Ce qui ne tue pas renforce.

Stress test

Lorsque j’ai vu arriver Trump, j’ai pensé qu’il serait un « stress test » pour nous et pour le monde. C’était le mieux que je pouvais dire. Mais cela semble juste.

La guerre d’Iran et le détroit d’Ormuz sont en passe de révéler des failles invisibles du système résultant de l’ère de la globalisation.

PPE : la pénurie qui enraye toute la tech mondiale
La résine de polyphénylène éther, indispensable aux circuits imprimés, est devenue silencieusement l’un des premiers points de rupture provoqués par le conflit dans le Golfe.

La Tribune du 6 mai.

Quelles vont en être les conséquences ? Impossible à dire. Ceux qui m’en parlent, quelle que soit leur position, en France ou ailleurs, me font penser à cette personne qui tombe d’un gratte-ciel : « pour le moment, tout va bien ».

Modèle français

On n’aime pas le dire, mais la France est à l’origine de bien des idées qui secouent le monde. C’est en France que le Bobo a son origine, c’est aussi elle qui a théorisé la liberté par le marché. Aujourd’hui, les Américains semblent découvrir qu’ils se comportent comme nous sous l’occupation.

“The Sorrow and the Pity,” a four-hour documentary from 1969 about Nazi-occupied France, chronicles the way that many ordinary citizens simply lived their lives as if nothing had changed—and the film is more relevant than ever, @dgraham.bsky.social argues. theatln.tc/tzsVJihW📸: Everett Collection

The Atlantic (@theatlantic.com) 2026-04-26T00:15:05Z

Hannah Arent a proposé une explication simple de ce phénomène : la « banalité du mal ». Au fond, c’est une propriété de la raison. Elle nous convainc que l’on minimise ses tourments en collaborant avec la dictature. C’est ainsi qu’Hannah Arendt expliquait que la coopération des Juifs avait permis aux Allemands de les transporter sans difficulté dans des camps d’extermination.

Jean-Paul II

Le pape serait-il un nouveau Jean-Paul II ? Comme au temps de l’URSS, l’Eglise déclarerait-elle une croisade contre le totalitarisme ? Cette fois-ci de l’Amérique de Trump ? Totalitarisme dont l’arme est l’intelligence artificielle et l’exécuteur des basses oeuvres les billiardaires de la Silicon Valley ?

Toujours est-il que l’émergence de Trump révèle aux USA un fondamentalisme religieux qui paraît, par sa bêtise confondante, sans équivalent. Défaite de millénaires de civilisation ?

Ou, au contraire, conséquence logique du processus de civilisation ? La société est divisée entre ceux qui pensent et ceux qui produisent. Et lorsque ceux qui pensent mécontentent les autres, c’est l’invasion barbare ?

Affaires étrangères.

Les mérites de Donald

A 103 ans, le long chemin vers la citoyenneté allemande de Ruth Gruenthal, juive américaine ayant fui Hambourg dans les années 1930
Quatre-vingt-six ans après en avoir été déchue, une retraitée résidant à New York a décidé de « récupérer » sa nationalité par crainte de dérives de Donald Trump.

Le Monde du 30 avril

L’Allemagne a beaucoup de malheurs, mais peut-être a-t-elle matière à se consoler : en 80 ans, elle est parvenue à faire oublier son passé ? Une leçon ?

Reagan

Trump et Reagan, même combat ? Dans les deux cas, l’Amérique doute, dans les deux cas, les étudiants se sont emparés des universités (un signe avant coureur ?)… et Trump a volé MAGA à Reagan.

Mais Reagan est un homme sympathique, une sorte de Forrest Gump. Sa particularité est de voir toujours le bon côté de la vie, et de prendre ce qu’elle lui donne sans se lamenter sur son injustice. Il est pauvre, a un père alcoolique, fait des études modestes, devient speaker de radio, car il n’a pas les relations qui lui permettraient d’être acteur, puis acteur, quand il les a, et même une célébrité, contrairement à ce que l’on a dit. Mais la guerre survient, les modes changent, son étoile pâli, alors il est le premier acteur d’Hollywood à passer à la télé. Démocrate dans sa jeunesse, par reconnaissance à Roosevelt pour ce qu’il a fait pour le petit peuple, il préside le syndicat des acteurs. C’est alors qu’il voit monter le syndicalisme communiste. Ce qui l’inquiète et le fait changer de camp. Puis il devient gouverneur de Californie. Son succès est tel que l’on parle déjà de lui comme président. Mais il lui faudra trois tentatives pour être élu.

On disait qu’il était idiot et il ne revendiquait pas l’intelligence. Il avait une ligne, c’était tout, et il représentait l’Amérique, pour le reste c’était à son « intendance » de s’occuper des questions pratiques. Il lui faisait confiance. Peut-être aussi faisait-il confiance à l’Amérique. Il en était fier. Et il était heureux que l’on veuille y émigrer.

Un peu trop simpliste tout de même ? Sa « politique de l’offre », retirons impôts et lois et l’Américain libéré fera la prospérité nationale, a enfoncé les USA dans le déficit. Où l’on retrouve Trump.

(Salle des archives.)

Dangereuse séduction ?

Un surréaliste disait apprécier l’art américain qui était libre des contraintes culturelles de la tradition. La culture américaine, qui semble une absence de culture, a eu un curieux pouvoir de séduction, voire de dissolution. Elle s’est infiltrée, par exemple, en URSS et en Allemagne nazie. Et elle a été fatale à tout ce que nous, Français, appelions culture encore il y a quelques décennies.

Les cultures européennes étaient soit aristocratiques soit populaires et traditionnelles, la culture américaine est celle d’un peuple moderne, sans tradition ? Pour cette raison, elle est d’accès facile ? Peut-on espérer voir renaître une culture digne de ce nom ?