Landemain qui chante

M.Trump un temps s’est intéressé à la Corée du nord, il a envoyé des bombes sur l’Iran, maintenant il a enlevé le président du Vénézuela. Où cela le mène-t-il ?

Son plan semble être de s’entendre avec le gouvernement vénézuélien actuel (qui est celui de M.Maduro, sans lui) et de demander aux pétroliers américains de s’emparer du pétrole vénézuélien. D’après ce que je lis, ledit pétrole vénézuélien est d’un type particulier (« brut extra-lourd »). Il a besoin de retraitements extrêmement coûteux. Les installations nécessaires ont été laissées à l’abandon. Les reconstruire signifie des investissements très importants. Or, le pays serait aux mains de sortes de seigneurs de guerre. D’ailleurs rien ne garantit qu’il n’y aura pas une nouvelle nationalisation au départ du gouvernement Trump. Qui peut vouloir s’engager dans de telles conditions ?

Bref, tout le monde fait le mort en attendant que M.Trump soit pris d’une nouvelle lubie ? Et si c’était sa logique ? Faire la une des journaux ? Faut-il se demander quel est le prochain coup qu’il prépare ?

(Se pose surtout la question de l’Amérique latine et de bien des pays : ils semblent osciller entre des extrêmes. Le seul moyen de les en sortir serait-il économique ? Qu’ils parviennent à créer une économie propre, qui ne dépende pas seulement de leurs ressources naturelles ? La recette de la démocratie apaisée ?)

Prochain coup

Au fond, Trump est marqué du signe du Vietnam : ce qu’il fait s’enlise. Mais cela ne risque-t-il pas de le pousser à quelque extrémité déplorable ?

Affaires étrangères d’hier pose une question curieuse : et si Trump était une marionnette ? Apparemment, il y aurait deux lobbys derrière lui : le GAFA, qui hier paraissait si « cool » alors qu’il ne rêve que de domination mondiale et d’énergie pour son intelligence artificielle, et une « élite » de fanatiques.

En outre, il faudrait faire le deuil de l’espoir de retour à la situation antérieure après Trump. Les USA ont fait leur coming out. Les invités de l’émission semblaient en déduire que l’Europe devait se préparer à utiliser ses atouts pour profiter d’un monde dont la règle est le rapport de forces et le coup bas.

Accordéon américain

« Reluctant crusaders » constate que les USA ont une existence cyclique. Soit ils sont des missionnaires qui veulent convertir le monde à la vraie foi, soit ils se replient sur eux-mêmes pour ne pas être contaminés par un monde qui est l’incarnation du mal. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, les USA sont une nation de fondamentalistes façon foi du charbonnier. Lorsque j’ai lu ce livre, au temps d’Obama, je pensais que ce dernier représentait le retour du balancier : il avait « engagé le désengagement ». Or, ce n’était qu’un début.

En France, éternellement fermée sur elle-même ? on en a peu parlé : associée à la bulle internet, il y a eu « la Nouvelle économie ». On lisait partout, de la presse grand public à celle du management, que la fin de l’URSS signifiait que le capitalisme avait gagné le monde, et qu’il n’y aurait plus jamais de crises, la croissance serait continue. Fin de l’histoire (et avènement de Dieu, rien de moins ?). Les économistes parlaient du « consensus de Washington » : il fallait convertir le monde non occidental au capitalisme. Il en est résulté une série de crises terribles, pour les pays « convertis » (Russie, Turquie, Asie…), d’où un retournement de l’opinion qu’avait le monde de « l’Occident ». Et maintenant, constatant leur échec, les Américains, de droite et de gauche, seraient pris d’une peur panique de la peste étrangère. On parle désormais de la doctrine Monroe dans son interprétation par Roosevelt : les USA se barricadent chez eux, mais en se réservant un « espace vital », empire colonial qu’ils traient à volonté.

Au delà de ces constatations curieuses se pose une question : notre destin collectif serait-il déterminé par des lois simplistes ?

(On l’avait déjà observé pour l’Allemagne, c’est à nouveau le cas pour les USA, il est étonnant à quel point des nations évoluées peuvent être victimes de visions d’un simplisme et d’une bêtise incroyables. Et, à chaque fois, elles élisent des fous ? Une simple coïncidence ?)

Juger Maduro

M.Trump annonce qu’il va juger M.Maduro. Apparemment, il l’accuse d’être un baron de la drogue. Ce qui apparemment est faux, ou ridicule en comparaison avec ce que pratiquent des gens que M.Trump trouve sympathiques.

M.Trump semble singer ce que d’autres ont fait avant lui concernant Noriega, les armes de destruction massive irakiennes… Mais alors, soit on avait des preuves, soit on a étouffé l’affaire.

Dans ce cas, que peut dire la justice américaine ? Soit elle nest plus une justice, alors qu’elle est la fondation de la société américaine, soit elle blanchit M.Maduro…

En tous cas, s’il y a une leçon à retirer de tout cela, c’est qu’il ne fait pas bon vivre isolé sans arme de destruction massive sous la main. Sage Corée du nord ? (Et qu’il serait bon de remettre en marche un droit international, si nous voulons éviter d’être le prochain Vénézuela – bien que nous ayons la bombe atomique mais pas de pétrole.)

President Donald Trump’s capture of Venezuelan leader Nicolas Maduro sparked widespread discussion on Chinese social media, with some users saying the operation offered a template for how Beijing could handle tensions with Taiwan

Bloomberg News (@bloomberg.com) 2026-01-04T06:31:24.730Z

Année Trump

Cette année fut celle de Trump. Un Trump nouvelle formule. Lors de son premier passage, on le disait un pitre. Cette fois-ci, il est laid, congestionné, et a décidé de se venger.

Je n’avais pas tout à fait tort. Je pensais que ce serait un « stress test ». Effectivement, il a révélé bien des failles de notre système. Il nous a aussi rappelé la nature éternelle des USA, d’ordinaire dissimulée par un bas de soie. « Greed and fear » ? Les USA de la « guerre à ». Aujourd’hui, la guerre au faible ? Mais aussi des USA qui ne comprennent rien à la complexité du monde, et s’y emmêlent les pinceaux ?

Ce qui ne tue pas renforce ? L’utilité de Trump est de nous montrer que nos comportements reposent sur des croyances, et que ces croyances n’ont aucune base. Ce qui est effrayant, au fond.

Et fin d’une ère ? Chant du cygne de la domination américaine ? Les USA deviennent un Etat comme les autres ? Allons nous connaître un monde vivant dans la sorte de paix armée dont rêvait Kant ?

Bulle

Cette année aura été celle du doute : et si l’intelligence artificielle était une bulle spéculative ?

Australia’s biggest pension fund to cut global stocks allocation on AI concerns
AustralianSuper warns of ‘maturing’ US tech cycle and high valuations

Financial Times du 20 décembre

Qu’est-ce qui peut percer la bulle ? Le manque d’énergie (on lit qu’aux USA, il va manquer 40% de l’énergie nécessaire) ? Un financement façon Ponzi (le fournisseur finançant le client) ? Les Chinois, leurs modèles intelligents, et leur politique industrielle ? Comment souvent, dans ces situations, la bourse américaine fait du yoyo, ce fut le cas dernièrement du titre d’Oracle. Car le jeu de la spéculation, c’est de profiter des hausses et des baisses. Au fond, le spéculateur sérieux ne croit probablement pas un instant à l’IA.

Pour autant le crash ne semble pas en vue.

En fait, ce qu’il manque est une étude sérieuse des « modèles économiques » des entreprises du secteur et de leurs liens. Quelles sont les hypothèses sur lesquelles ils reposent ? Une modélisation façon « dynamique des systèmes ». C’est l’opacité qui permet la spéculation ?

Year in a word: AI bubble ft.trib.al/1AhoJwO | opinion

Financial Times (@financialtimes.com) 2025-12-23T05:31:16.012247Z

Tour du monde

La réalité dépasse la fiction ? A l’époque où l’on a commencé à parler du dopage des cyclistes du Tour de France, j’avais suggéré que les équipes de coureurs portent les noms de laboratoires pharmaceutiques (blague de potache qui avait peu de succès). Je me demande si l’on n’a pas fini par m’entendre. Depuis quelque temps, je lis que l’on envisage de faire des jeux olympiques du dopage.

Et en plus, on les financerait en capital-risque…

La culture des USA à son meilleur ?

‘Steroid Olympics’ organiser to go public in $1.2bn Spac deal
The Enhanced Games has been criticised for encouraging athletes to take performance-enhancing drugs.

Financial Times 26 novembre

Admiration

Que le président Giscard d’Estaing se soit pris pour le président Kennedy a été une surprise.

A la réflexion, le demi-siècle qui vient de s’écouler fut « anti de Gaulle ». De Gaulle désirait faire briller le pays. Il mettait en valeur ses talents, et ce de quelque bord qu’il soit. Y compris, d’ailleurs, sa jeunesse et ses intellectuels, qui, pourtant, lui en voulaient à mort. Il pensait, aussi, que chaque peuple avait sa personnalité et ses mérites.

Depuis, nos gouvernants ne se sont-ils pas persuadés que « c’est mieux ailleurs », et que nous sommes laids ? Ils rêvent de nous réformer, pour nous rendre dignes des « autres » ?

Et si cela était le résultat d’une stratégie plus ou moins délibérée des USA de faire un monde à leur image ? Peut-être aussi la rançon de leur succès : leur culture a gagné un monde admiratif, et il n’y a pas plus influençable que ses élites, girouettes faute de racines ?

Amérique du sud

M.Trump déploie sa marine en Amérique du sud, que cherche-t-il à faire ?

Officiellement, il s’agit de combattre le trafic de drogue. Peut-être pour donner le change, il fait couler quelques bateaux, apparemment sans preuve qu’ils soient ceux de trafiquants. Et, de toute manière, en toute illégalité. Plus probablement il désirerait affirmer la domination des USA sur son « Lebensraum ».

Va-t-il tenter d’envahir un Vénézuéla affamé ? Un Cuba en perdition ?

L’Amérique du sud serait très liée à la Chine, qui lui achète sa production et lui construit des infrastructures publiques. Elle n’aimerait guère les USA. Quoique M.Trump ait les faveurs des partis de droite. Quant au Mexique les deux économies seraient si liées qu’il ne peut que gesticuler.

Une occasion à exploiter par l’Union européenne ? (Le jour où elle ne sera plus un chaos ?)

Voici ce que je retiens d’Affaires étrangères de France culture.