Ukraine

Que se passe-t-il en Ukraine ? M.Trump aimerait s’en débarrasser, pour faire des affaires avec les Russes. Mais les Républicains ne sont pas pro Russes et commencent à manifester leur ennui. Les Ukrainiens sont fatigués, bombardés, mais résistent. Ils sont touchés, au plus haut niveau, par la corruption, mais la justice fonctionne. M.Poutine pense avoir le temps pour lui, et pouvoir asservir l’Ukraine, mais il perd beaucoup de soldats et a du mal à les renouveler, et son économie souffrirait. Il y a des tensions multiples en Europe, entre pays, au sein des opinions, etc.

Qu’en déduire ? L’Europe n’a pas que des failles. Elle se trouve, enfin, en face des erreurs qu’elle a accumulées. Fini l’hybris qui l’a torpillée ? Et la démocratie, paradoxalement, a un avantage sur le dirigisme : elle se renouvelle sans cesse. Elle reste jeune. Mais, bien sûr, il peut aussi y avoir des accidents, et les amis de Poutine, nombreux et bien placés, peuvent prendre le pouvoir. Mais peut-être que, comme disent les partisans de la théorie de la « burning platform », on ne peut changer que lorsque son anxiété de survie est élevée…

Jean-François Billeter

François Jullien m’a amené à Jean-François Billeter. A l’époque, je m’intéressais à la civilisation chinoise. J’avais lu un livre de François Jullien, que l’on présentait comme un expert du sujet. Il m’avait indigné : délire de « philosophe ». (Il en était d’ailleurs de même des oeuvres d’un disciple de Durkheim.) C’est ainsi que le titre « Contre François Jullien » a attiré mon attention. Et que j’ai acheté cet ouvrage de Jean-François Billeter. C’était le travail sérieux d’un anthropologue. Et c’est ainsi que j’ai eu envie d’écouter l’émission que lui consacrait récemment France Culture.

J’ai découvert un Suisse à l’esprit très germanique. Modestie et méthode. Il a consacré la première partie de sa vie à enseigner la langue et la culture chinoise. Epuisé, il a pris sa retraite à 60 ans. Et, petit-à-petit, il s’est mis à publier.

Il me paraît s’être intéressé à une de mes préoccupations : ce que Montesquieu aurait appelé « l’esprit des lois », c’est à dire les caractéristiques d’une culture humaine, les forces qui expliquent son histoire, et avec lesquelles il faut jouer pour lui donner le destin qu’elle mérite. Ses travaux ne portent pas uniquement sur la Chine. Il s’est penché aussi sur notre société, et sur des thèmes qui reviennent dans ce blog. En particulier, le « nihilisme », mal de notre temps, auquel il oppose une sorte de culture de soi, un travail de développement de son potentiel, qui donnerait la liberté. Il oppose aussi fini et infini : le capitalisme, en particulier, est fondé sur l’hypothèse absurde d’un empilage infini de biens matériels. La vie est une oeuvre, finie.

Plus curieusement, peut-être, il penserait que le salut pour l’Europe est d’être une nation de régions.

A étudier.

(Inspiré par France Culture.)

Trumpocène

Lorsqu’on lit l’histoire, on s’imagine en héros. Mais Trump est en train de faire l’histoire, et que faisons-nous ?

M.Trump dirige son pays comme l’Américain dirige une entreprise : en faisant des paris incensés, dont la seule vertu est de pouvoir faire sa fortune. Pas question de prendre en compte leurs conséquences. (C’est à Dieu de le faire.) Pari, par exemple, de la cyber monnaie. Ou de nier la science.

Voilà qui est bien pour une entreprise, qui comme beaucoup de celles qu’il a dirigées peuvent partir en faillite, sans que le monde n’en souffre trop. Mais est-ce acceptable pour une nation ? Au moins n’a-t-il pas encore envisagé d’utiliser son armée ou l’arme nucléaire.

Chinois et Russes, et Coréens du nord ! semblent tirer les marrons du feu. L’Europe paraît se déculotter. Certains préfèrent les Américains, d’autres les Anglais, aucun les Européens ? Son fonctionnement est d’ailleurs la négation de la démocratie : la politique de ses gouvernants est opaque et incontrôlée. Mais ce n’est pas mieux aux USA. En dehors de quelques juges, M.Trump ne semble pas faire face à une opposition organisée. D’ailleurs, la Cours suprême est à sa botte. Contrairement à ce que laissait entendre la « diabolisation » qu’avait cru intelligente de faire de lui son opposition de grands intellects, il semble avoir soigneusement préparé son coup, sa vengeance ?

In an interview with the Financial Times, hedge fund billionaire Ray Dalio warned that Donald Trump’s America is drifting into 1930s-style autocratic politics, adding that “most people are silent because they are afraid of retaliation if they criticise”.

Financial Times, 2 septembre

La collaboration expliquée ?

Ridicule Europe

On disait que Trump était un pitre. Il a ridiculisé l’Europe. Sans que nos médias en fassent le moindre cas, il semble avoir mené des négociations séparées avec chaque pays. Et joué sur la lâcheté de nos gouvernants.

Rather than engage in a classical negotiation, Trump, “who hates the European Union,” Gardner said, set out to “fragment” what he sees as a “divided, weak, slow, cumbersome organization.” And the president “did succeed” in doing that, he added.

() While it’s understandable that Europe sought to avoid short-term pain, it underestimated the costs of its approach. “The long-term message to China, among others, is that bullying works,” Gardner said. “It says that a far more effective way to get concessions [from the EU] than negotiating is to threaten, to ruthlessly use leverage to divide the EU.”

() Brussels misstepped by not using the powerful trade tools at its disposal. “We all know the EU isn’t a superpower, except on trade … But they underplayed their hand. Donald Trump never believed they would use the anti-coercion tool.”

() Gardner pointed to national leaders defending domestic industries as the main problem, arguing “that member states have shown a lack of solidarity at a critical moment. By doing so they have weakened the Commission.”

Politico.eu du 4 août

L’UE ayant montré sa faiblesse, d’autres vont s’y engouffrer. Il est désormais possible qu’elle n’ait pas d’avenir.

Problème européen

Le graphique ci-dessous ne résumerait-il pas le problème que doit résoudre l’Europe ?

M.Trump veut éliminer la surface bleue par la force. Il ne restera à l’Europe que la surface rouge, qui elle n’aspire qu’à grandir.

Résultat d’années d’aveuglement ?

Il faut maintenant rétablir un équilibre, amener tout ce beau monde à comprendre que l’économie n’est pas une guerre. Car on ne peut pas tuer son client, qui est une vache à lait. Tous doivent produire ce que les autres veulent acheter, mais ne savent pas fabriquer. Et que la start-up, et rien de ce à quoi ont cru nos gouvernants, n’est pas la solution.

Faible Europe

La semaine dernière j’ai vu passer beaucoup d’opinions concernant les négociations entre M.Trump et l’Europe.

C’est un sujet trop complexe pour que je puisse formuler le moindre avis. D’autant que les promesses n’engagent que ceux qui les croient, et que l’on ne sait pas si M.Trump aura encore beaucoup de pouvoir dans un an.

En tous cas, ce que j’ai cru comprendre était que l’UE s’était fait tondre la laine sur le dos. J’ai lu dans la presse étrangère que, en revanche, les Chinois considéraient être sortis gagnants de leurs négociations. Et, qu’en outre, ils sont parvenus à augmenter leurs exportations vers le reste du monde.

Faut-il critiquer nos gouvernants ? Ou dire que nous récoltons ce que, comme pour l’industrie, nous avons semé, et qu’il faut maintenant se mettre à reconstruire ?

Santé chinoise

La croissance chinoise demeurerait forte, et ce malgré la faiblesse de la demande intérieure. Les Chinois seraient parvenus à réorienter leurs exportations des USA vers le reste du monde, en particulier l’Europe.

Comment font-ils ? Des complices ?

L’Europe, la France surtout, donne un curieux spectacle. Elle est accusée par Trump d’avoir dévalisé les USA, alors qu’elle se trouve dans une situation identique à la leur. Mais alors qu’il réagit, elle semble impuissante tout en convainquant son peuple du contraire.

« There’s a tendency to sideline China-related issues in Europe because we just have so many things on our plates, » Bachulska said, referring to the Ukraine war and the EU’s trade dispute with Trump. « China seems just to be a geographically distant challenge … [but] many of the impacts of Chinese policies are going to be felt in Europe very soon. »

Article.

Pologne

La Pologne vient d’élire un président réactionnaire, qui va entrer en conflit avec le premier ministre, pro européen, Donald Tusk, qui lui même se trouve dans une coalition branlante.

La Pologne a un fort taux de croissance, elle profite à plein des fonds européens, mais elle n’est pas heureuse est n’aime pas l’Europe. Son allié naturel est américain. Allié qui a partie liée avec la Russie et veut disloquer l’Europe, pour la rançonner. Il a fait campagne pour le réactionnaire.

Quant à Donald Tusk, il est usé, et n’est apprécié qu’en dehors de son pays.

La Pologne est à l’image de l’Occident ? Pris entre des libéraux, qui contrôlent les instances européennes, et qui ne sont pas populaires, et des populistes incompétents et inquiétants ?

(Inspiré par Affaires étrangères, France culture, samedi dernier.)

Taiwan et les USA

J’entendais que les USA s’attendaient à une attaque par la Chine de Taiwan. La BBC parlait de la détermination des USA à l’empêcher.

Je pense que la BBC se trompe. La blague du moment aux USA est « TACO » : quand Trump rencontre une résistance, il fait dans son froc. Il n’a plus aucune crédibilité. Si la Chine attaque Taiwan, Trump cédera. D’ailleurs, ne pourrait-il utiliser Taiwan pour obtenir des concessions de la Chine ? A mon avis, Trump parle à l’Europe, il lui dit : je me désintéresse de vous.

Poutine ne serait-il pas parvenu à le manipuler ? Ne lui aurait-il pas fait miroiter des affaires pour sa famille ? La Russie comme Eldorado des USA ?

Politique chinoise

L’autre jour une émission de la BBC disait que les gouvernements européens « had been sleeping at the wheel ». Effectivement, ils n’ont rien compris aux changements du monde. Ils n’ont même rien compris aux conséquences des politiques dont ils se faisaient les champions.

Je découvre que les Chinois ont mené une impeccable politique industrielle, dont je ne soupçonnais pas la complexité. Ils sont non seulement parvenus à dominer toute la chaîne de la valeur de « l’énergie propre », de la voiture électrique à la mine, en passant par les batteries, les éoliennes et les panneaux solaires, mais surtout ils ont acquis une avance technique qui semble massive aussi bien, par exemple, dans les techniques de traitement des terres rares que dans celles de fabrication des batteries.

Pourquoi les constructeurs automobiles occidentaux ne se sont-ils pas adaptés ? me demandait-on. N’auraient-ils pas été victimes d’un phénomène dont parlent les livres de management : sans pression externe, l’entreprise n’innove pas ? Plus exactement elle tend à la concentration pour tuer la concurrence, dormir tranquillement et payer grassement l’actionnaire ? Les entreprises occidentales n’ont-elles pas eu pour toute politique la « domination par les coûts », à l’image de Stellantis ?

Le libéralisme, la déréglementation, l’économie de marché… n’auraient-ils pas les vertus que l’on nous a serinées ?

Et l’avenir ? Peut-on rattraper l’avance chinoise ? Ne faudrait-il pas plutôt s’intéresser à la prochaine révolution ?