Ruse des systèmes

Les partis politiques recrutent généralement leurs dirigeants dans les mêmes milieux. Ainsi ils partagent les mêmes valeurs. C’est peut-être une ruse des systèmes. Car, que l’on choisisse l’un ou l’autre, on a toujours la même chose. Mais on a l’impression d’être libre… Il semblerait que les opposés aient parties liées.

Est-ce vrai pour MM.Mélenchon et Macron ? Déjà, ils portent quasiment le même nom. Ensuite, ils aiment tous les deux les bus. M.Mélenchon fait transporter ses partisans en bus, et M.Macron préfère le bus au train. Mais surtout, M.Mélenchon est un trotskiste, c’est à dire un individualiste de gauche (un ennemi juré du communisme). Les rangs des trotskistes ont fourni beaucoup de néoconservateurs.  Et surtout, beaucoup de loups solitaires. Car, il n’y a pas de place pour deux individualistes dans un parti. MM.Macron et Mélenchon : les deux pôles d’un même système libertaire ?

Et si la démographie expliquait le cours de l’histoire ?

J’ai été surpris par l’argument d’Olivier Ray, l’autre jour. Il reprenait en grande partie l’analyse de ce blog de l’aspect cyclique du libéralisme, mais en ajoutant un élément que je n’avais pas vu : la démographie. Le 19ème siècle comme notre époque ont été marqués par un afflux de main d’œuvre (notamment des pays émergents dans notre cas). 68, par ailleurs, a été le résultat du baby boom.

Il est possible, me suis-je dit, que les structures sociales explosent sous la pression. Du coup, la dimension individuelle de la société prend le dessus. Ce qui fournit un territoire favorable à la fois aux forces libérales (de droite), et libertaires (de gauche). En effet, paradoxalement, elles sont relativement plus solidaires et mieux organisées que la nuée d’individus qui résulte de la dislocation sociale. Et, surtout, elles sont monomaniaques. Il s’ensuit un cercle vicieux, le libéralisme appelant à de plus en plus de déréglementation, et les mouvements libertaires à détruire l’ordre social.
Les libéraux et les libertaires ne sont donc pas la cause de la dislocation sociale, mais une sorte de conséquence. Ce seraient la peste et le choléra, les pathologies opportunistes, d’une société dont le principe est individualiste (cf. « les droits de l’homme »). 
L’individualisme en lui-même n’a probablement rien de mauvais. Ce qui ne va pas est cette dislocation de la maison commune, par exploitation ou destruction. Pour éviter le chaos, il faut recréer l’édifice social, i.e. retendre des liens entre les individus : morale d’entraide, redistribution…
Compléments :

Élections présidentielles : le changement, vraiment ?

Dans mon billet de fin d’année, je disais que le Yin allait remplacer le Yang. C’est-à-dire la solidarité devait prendre le pas sur l’égoïsme. L’élection me donne-t-elle raison ?

Le Yang d’abord : Nicolas Sarkozy est un pur produit du néoconservatisme. Origines et rhétorique identiques à celles du mouvement américain. Seul le mot n’a pas été utilisé. Manque de courage à droite et de culture à gauche ?

Et le Yin ? Pas gagné. L’individualisme de droite pourrait être remplacé par un individualisme de gauche, de même que les Espagnols se sont jetés dans les bras des ultralibéraux. Explication :

Qu’est-ce que l’individualisme de gauche ? Le Trotskysme. Pourquoi est-il puissant ? D’abord, parce que la plupart des barons du PS sont d’anciens trotskystes et que même le PC a recruté un trotskyste, son ennemi mortel !, pour le représenter. Mais, surtout, parce que ce ne sont pas tant les trotskystes qui comptent que leurs idées. Car, s’ils n’ont jamais été plus qu’une poignée d’individus se haïssant les uns les autres, leurs thèses trouvent un écho chez les intellectuels, nos « leaders d’opinion ».

Qu’est-ce que le trotskysme signifie pour nous ? Le moyen-âge.

Pour l’intello de gauche, la France ressemble à ce qu’en dit le film OSS 117 : un pays de fachos antisémites. La mission du dit intello est de défendre les justes, les opprimés : les Roms, les colonisés d’avant la décolonisation, les sans papiers, les palestiniens… ce qui conduit à d’invraisemblables contradictions avec les droits de l’homme, sa religion (cf. le bon Juif et le mauvais Israélien). Mais cette irrationalité n’est peut-être qu’apparente. Car, la religion des droits de l’homme a, comme la religion catholique, la conséquence indirecte de permettre l’asservissement du grand nombre en le convainquant de sa faute originelle. Ainsi que l’écrit Michel Winock, « un des plus durables paradoxes du socialisme » est qu’il tend au totalitarisme (Le socialisme en France et en Europe, Points Histoire).

Bref, François Hollande est en face d’un grand changement : amener le principe de notre société de la haine de l’autre au respect de l’humanité. Notre élite, en particulier, doit cesser d’exploiter nos petits défauts pour ses médiocres intérêts. Elle doit s’atteler à mettre en valeur nos grandes qualités. Elle y gagnera notre affection admirative, et y perdra sa névrose d’Harpagon assiégé par les forces du mal.

Compléments :

Trotskysme et révolution

Dans mon enquête sur le Trotskysme, j’ai manqué quelque-chose.
Je me suis montré étonné de trouver les Trotskystes partout au sein des mouvements anti-gouvernementaux. Mais c’est normal. Le principe fondamental du Trotskysme est la révolution mondiale. Il est donc logique qu’il soit devenu l’animateur de l’agitation populaire.
Compléments :

Recherchons terroristes, Bac+5

« Le terrorisme est une activité complexe ». Les terroristes recrutent leurs suicidaires sur diplômes. Décidément nous appartenons bien à une économie de la connaissance.
Et l’intellectuel est beaucoup plus sensible à la séduction du terrorisme que le peuple. (Exploding misconceptions.)
(Les premiers terroristes, ceux de 89, et les trotskystes étaient tous des intellectuels, d’ailleurs !) 

Trotskysmes

BENSAÏD, Daniel, Les Trotskysmes, Que-sais-je ?, 2002. L’aventure trotskiste vue par un de ses acteurs.
Il y a eu Trotski, esprit élégant et libre, et ses orphelins, les Trotskistes, une poignée d’intellectuels querelleurs et teigneux. Alors qu’il était tout sauf un messie, ils se sont évertués à construire sa parole en dogme. D’où une série ininterrompue de conflits et d’interprétations à contre sens de l’histoire.
Que pensait-il ? Que la révolution devait être mondiale. Mais aussi qu’il n’y aurait pas de grand soir, mais un changement long, incertain, soumis au coup de théâtre. Il pensait que le prolétariat était fait d’opinions différentes et qu’elles devaient être démocratiquement représentées. Et il s’inquiétait de la bureaucratisation de la société. Et si le peuple se montrait incapable de diriger le monde et laissait sa place à une bureaucratie privilégiée ? Surtout, il était pragmatique, et sa pensée évoluait au gré des événements, la rendant difficile à suivre. 
Le Trotskisme est devenu à sa mort le repère des jeunes intellectuels révoltés. En dehors de cette révolte, tout les séparait. Il s’est réduit à chercher « l’effet de levier » qui modifierait les « rapports de force » et mettrait en mouvement la « masse ». Croyant sans cesse à l’imminence de la révolution, incapables de ne rien construire à long terme, ils se sont aigris ou sont allés chercher ailleurs la reconnaissance due à leur mérite, exceptionnel.
Commentaires
Le trotskysme serait-il simplement un mouvement de revendication pour intellectuels individualistes ? Un moyen de faire reconnaître des talents hors norme lorsqu’ils ne se prêtent pas aux mécanismes traditionnels de promotion sociale ?  (Ce qu’a peut-être compris F.Mitterrand, qui a fait entrer de nombreux Trotskystes au PS.)
Curieusement, la vision de Trotski de la bureaucratisation de la société rejoint celle de Schumpeter. Ce dernier y voyait une réalisation du communisme par des moyens non marxistes. Galbraith pensait que cette bureaucratisation avait créé une société d’opulence.
Compléments :
  • Mon début d’enquête sur le Trotskysme et les Trotskystes.

N.Sarkozy conquérant de l’impossible ?

Une discussion récente sur « l’entrepreneuriat au berceau » me fait remarquer que le Français se prend de plus en plus en main. Et puis il y a l’autoentrepreneur qui se multiplie. Et toutes les mesures en faveur de l’entreprise (crédit d’impôts…). Ces conditions ne vont-elles pas finir par créer une génération spontanée d’entreprises ? N.Sarkozy veut faire de nous des entrepreneurs, et il est peut-être en train de réussir, en suis-je arrivé à me dire.
Jusqu’à ce que j’écoute le colloque de l’ADDES. Si le Français prend son sort en main, ce n’est pas pour faire fortune mais pour échapper à la démence d’une entreprise déréglée.
L’intelligentsia française a accusé N.Sarkozy de tendances napoléoniennes. Ça me semble manquer la cible de quelques années lumières. Pour Napoléon, la France était le moyen (interchangeable) de son destin de nouvel Alexandre. N.Sarkozy est un conquérant infiniment plus extraordinaire : il veut transformer la nature d’un peuple. Y a-t-il eu un autre exemple d’un projet aussi démesuré dans l’histoire de l’humanité ?
Compléments :
  • Sur Napoléon, voir le deuxième tome des Mémoires d’outre tombe de Chateaubriand.
  • Curieusement Trotsky utilisait beaucoup la révolution française et Napoléon comme modèles d’analyse du monde de son époque. Notre intelligentsia serait-elle inspirée par le Trotskysme ? (Bensaïd, Daniel, Les Trotskysmes, Que sais-je ?, 2002.)
  • Sur les aspirations du Français : Crise de la représentation politique.

Hypersarkozysme

J’explique que nous interprétons les ordres d’un dirigeant en fonction d’un stéréotype simpliste que nous avons de lui. Un DG qui travaille avec l’administration me dit qu’elle fait de « l’hypersakozysme ». Elle perçoit notre président comme le diable et s’applique à reproduire ce qu’elle croit être son intention.
Hypersarkozysme fait réagir un universitaire. Son président est un « ancien Trotskyste », « qui se prend pour un patron d’entreprise », et qui dirige l’université en tyran, dans une joyeuse confusion (il est à la fois président de l’université et de sa fondation, les moyens de l’une et de l’autre n’étant plus très bien séparés). Son obsession est de trouver de l’argent (« tout le monde doit payer ») pour recruter des « stars ». Il s’était adjoint un spécialiste du talent universitaire, mais lorsque ce dernier a découvert que l’université en était riche, qu’il suffisait de le faire connaître, il fut « vidé ».
Le président divise pour régner. « il a monté les quadra contre les autres ». Mais il rencontre « une opposition systématique » d’une minorité qui conteste pour contester. Quant à la majorité, elle est silencieuse : « on ne peut pas être complètement contre », mais elle a peur d’un coup de Jarnac.
On se croirait en France. 

Facs en grèves

Amusant prolongement de ma réflexion sur le trotskisme. Une nouvelle vague de résistance à la réforme des retraites se fait jour. Et il s’agit, curieusement, des étudiants, UNEF et SUD en tête. Les bastions du trotskisme.

Question : le mouvement de résistance est-il planifié méthodiquement, ou correspond-il à une suite d’improvisations ?
Initialement, je penchais pour la seconde solution, mais maintenant je serais plutôt en faveur de la première. En effet, si mon hypothèse trotskiste est juste, pourquoi les étudiants se révolteraient-ils aussi tardivement, alors que ce sont les plus faciles à agiter ? 

Histoire des Trotskistes

Charpier, Frédéric, Histoire de l’extrême gauche trotskiste, Edition n°1, 2002.

Le Trotskisme commence avec la NEP de Lénine. Trosky exècre ce retour du capitalisme pour des raisons de salut public. Surtout il hait la bureaucratie qui a pris le pouvoir en URSS. Elle détourne la révolution de son projet originel, la conquête du monde. Il est exilé. Wall Street sable le champagne. Les trotskistes français viennent à son aide.
Le mouvement trotskiste français date donc des origines. Il se définit avant tout comme un anti-stalinisme. Donc anti-PC (et anti CGT).
Jusque dans les années 60, il ne comptera que quelques centaines de personnes. En majorité des intellectuels, qui s’entre-déchirent, et sont incapables d’en appeler aux « masses », dont pourtant ils veulent faire le bonheur. De ce fait, ils pratiquent « l’entrisme », ils s’infiltrent dans tout ce qui a le pouvoir de mettre en mouvement le peuple. Les syndicats (FO, l’anti-CGT), le PS, le Grand Orient (dont ils fournissent de Grands maîtres), mais aussi le parti communiste, lorsqu’ils pensent que la révolution est imminente est que, seul, il a la puissance d’en tirer parti. (Ils ont une histoire quasiment parfaite de prévisions fausses – y compris celle de l’échec de la gauche en 81 !)
Raymond Marcellin va faire leur fortune. En s’acharnant sur eux, il les rend séduisants. Leurs rangs gonflent. C’est alors qu’ils acquièrent leur formidable capacité à manœuvrer les étudiants.
Ils semblent aussi jouir d’un énorme capital de sympathie au sein de l’élite intellectuelle, qui gouverne l’opinion. Elle est de toutes leurs causes. Et ils apportent un vivier de dirigeants jeunes et dynamiques au PS. Plus récemment, ils ont profité de la débâcle du PC, du tournant libéral du PS et de la grande peur de la mondialisation (présence dans ATTAC, Sud…).
À la fin du livre (99) trois mouvements survivent :
  • Lutte Ouvrière. Un parti qui cultive les pures valeurs du bolchevisme, et à qui Arlette Laguiller, « femme de paille » d’un certain Robert Barcia, attire la sympathie de la France.
  • Ligue communiste révolutionnaire d’Alain Krivine. (J’ai appris qu’il avait deux frères, tout aussi militants que lui.)
  • Le parti des travailleurs, de Pierre Lambert, un dirigeant historique qui tient alors son mouvement d’une main de fer.
Commentaires :
Je me suis intéressé au trotskisme parce que je soupçonne qu’il a un lien avec la résistance à / la cause de la réforme des retraites. Ce livre appuie-t-il ou infirme-t-il ma thèse ? En fait il ne dit pas grand chose de ce que croient les Trotskistes. Réflexions :
  • Edwy Plenel est un ex trotskiste. Il se trouve qu’il a porté un des coups les plus terribles à la réforme des retraites (affaire Woerth). Les Trotskistes semblent implantés, aussi,  partout où ça bouge, aujourd’hui. Y compris et surtout chez les étudiants, et ils ont l’art de mobiliser les intellectuels.
  • Ils sont anti-bureaucratie. Ce qui m’a rappelé les cours de MBA que j’ai suivis, où la bureaucratisation de l’entreprise était le mal absolu. Et aussi au néo-libéralisme, que la bureaucratie fait se pâmer.
  • Intellos incapables de s’entendre entre eux. Peut-être sont-ils des leaders naturels, qui cherchent l’indépendance ? D’ailleurs n’est-ce pas pourquoi ils font de « l’entrisme » ? Pour se trouver un pouvoir sans partage, et pour s’éloigner de leurs frères qui consomment un peu trop de leur oxygène ?
  • Comment peuvent-ils prétendre faire le bien de masses avec lesquelles ils n’ont aucun atome crochu ?
Fascinant à quel point cela ressemble au néo-libéralisme. Trotskisme = individualisme de gauche ?