Quand 68 a réinventé l'école…

68 a réécrit notre définition de l’école. Pour les Lumières, la IIIème République, Clémenceau, Jaurès et les autres, l’école devait libérer l’homme. Elle devait lui apporter la capacité à penser par lui même et donc à se dégager des systèmes qui avaient pour objet unique son asservissement. 68 a clamé que l’école c’était l’esclavage, le formatage de l’enfant par les intérêts des puissants. 
Du coup, il n’y a plus eu que les riches qui ont accepté de formater leurs enfants. (En particulier les intellectuels qui avaient produit ces théories.) L’éducation des pauvres a désormais cherché leur épanouissement. C’est devenu la fabrique du crétin.

Le marché a remplacé les droits de l’homme. Et ce sans révolution. 

(Nouvel épisode dans ma série Moment thucydidien.)

Le marché crée-t-il de l'emploi ?

Il y a quelques temps, je parlais de « moment thucydidien ». On nous a lavé le cerveau. 
Ne serait-ce pas le cas avec la création d’emploi ? Dans les années 60, il n’y avait pas de chômage, et le SDF était inconnu. Depuis que le marché domine la planète, le chômage et l’exclusion sont partout. Il y a même de plus en plus de « travailleurs pauvres ». Et s’il y avait un lien de cause à effet ?
Et si c’était la société humaine qui créait l’emploi ? C’est-à-dire qui répartissait entre ses membres ce qu’ils ont collectivement produit ? Et si le marché était un mode de répartition par nature « injuste » ? (Et inefficace : il semble un mode d’exploitation par destruction plutôt que de création.)

Qui est notre président ?

J’ai fini par apprendre que Mme Trierweiler avait publié les souvenirs de sa vie à l’Elysée. Une nouvelle image du président apparaît. Jusque-là on le disait incompétent. Cette fois, il paraît malhonnête. Une sorte de Tartuffe ? Qu’a-t-il de socialiste ? Apparemment, il vit dans le luxe, et il méprise les pauvres

Au fond, tout ceci donne raison à Stéphane Hessel. Ce que cet événement a de plus remarquable, c’est à quel point il montre notre perte de capacité à nous indigner.

(Et The Economist titre : « France’s priapic president« …)

La machine va-t-elle remplacer l'homme ?

Quand la machine remplacera-t-elle l’homme ? Il semble une évidence que la machine ne peut qu’être supérieure à l’homme. Marche du progrès. Encore une stupidité :
  • L’homme ne coûte rien. Il se développe tout seul. Il consomme peu, et se nourrit de ce qu’il trouve. 
  • Surtout, la force de l’homme, c’est la société. Il crée un tout, le groupe humain, qui est quelque chose d’autre que ses membres. Une sorte de « sur être », qui leur permet de réussir des choses inconcevables par chacun d’entre eux. 
Pourquoi en arrivons-nous à de telles âneries ? Parce qu’on cherche à nous faire croire que la société n’existe pas, qu’il n’y a que des individus. 

Commerce électronique : essoufflement ?

Et si le commerce électronique n’avait pas l’avenir pour lui ? Les ventes croissent mais de moins en moins vite. Des projections donnent, pour les USA, une part de marché de 18% en 2030. 
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles le commerce électronique perd de sa superbe. Tout d’abord, il est possible qu’il ait dû une partie de son avantage au fait qu’il échappait aux impôts. Ensuite sa structure de coûts est particulièrement élevée (grands entrepôts, transport sur de longues distances), il est peu rentable. Enfin, l’évolution technologique ne lui profite pas plus qu’à sa concurrence traditionnelle. Au contraire ? 
L’article est ici
Ce qui me ramène à mon thème de ces derniers temps. Tout ceci ressemble à de la manipulation. Le succès du numérique est probablement une question de prédiction autoréalisatrice. (Voir aussi : Bulle Amazon ?)

Les errements du pilotage de la performance

Depuis quelques années j’anime une sorte d’amicale de dirigeants, consultants… Quelque chose me frappe. Chacun d’entre-nous est très critique vis-à-vis des autres. Or, je réalise que c’est cette imperfection qui non seulement fait la force du groupe, mais surtout lui permet de tenir.
  • Force : parce que notre créativité exceptionnelle vient d’une rencontre d’opposés, en caractère, en compétence, en expérience… (Cette diversité est la recette des « groupes de créativité » qu’utilisent les cabinets d’étude de marché.)
  • Cohésion : nos « faiblesses » individuelles viennent d’un déséquilibre entre nos caractéristiques personnelles, certaines sont excessivement développées, d’autres pas du tout. Or c’est parce que ce déséquilibre est de grande dimension qu’il permet de contrebalancer les faiblesses collectives du groupe. D’ailleurs le groupe a été longtemps instable, jusqu’à ce que certaines personnes le rejoignent. 
Cette réflexion m’amène au « pilotage de la performance », la croyance selon laquelle la « performance » de l’entreprise est la somme des « performances » individuelles prises séparément. Il n’y a rien de plus stupide. Décidément, nous avons vécu une période de grand lavage de cerveau…

Entreprises : avantage à l'ancienneté !

Voilà qui est surprenant. Aux USA, ce sont les vieilles entreprises qui gagnent de plus en plus de parts de marché. Au détriment des start up. Résultat : « vieillissement des entreprises américaines« .

La vieille entreprise aurait des avantages difficiles à égaler.

Mais ne nous répète-t-on pas qu’il faut détruire le vieux pour faire du neuf ? Vive les start up ? Nouvel exemple de lavage de cerveau ?

La guerre du Péloponnèse, de Thucydide

Les Grecs, c’est nous ! Thucydide parle de notre société. 
Quelle œuvre étonnante. D’abord par l’objectivité du traitement de l’information. Thucydide a mené une enquête minutieuse. Il a interviewé chaque camp. Il a noté les effectifs, les généraux, les pertes, il a décrit les tactiques et les batailles. Il reconstitue les discours marquants. Il parvient même à faire apercevoir la psychologie des combattants, capitale dans les batailles, et des chefs. Et tout cela avec une concision surprenante.
Qu’est-ce que la guerre du Péloponnèse ? 
27 ans d’affrontements entre Athènes et ses alliés, d’un côté, et Sparte et ses alliés de l’autre. Episode précédent. Les Grecs s’unissent pour lutter contre les Mèdes. Ils gagnent. Ils sortent de cette guerre transformés. Athènes a construit une flotte et domine la mer. Sparte a une armée redoutable et domine la terre. Athènes est une démocratie, Sparte une oligarchie. Les Athéniens sont entreprenants, les Spartiates timorés et superstitieux. Grâce  à sa flotte, Athènes se constitue un empire méditerranéen. Elle échange sa protection contre un tribut. Certaines cités asservies demandent à Sparte son aide pour lutter contre l’impérialisme athénien. La guerre du Péloponnèse commence. La stratégie de Périclès est de laisser la terre aux Spartiates, Athènes est protégée par ses murs, et de vaincre grâce à sa maîtrise des mers. S’ensuivent alors des hauts et des bas. Athènes est dévastée par une épidémie (que Thucydide appelle « la peste »). Les cités passent d’un camp à l’autre, en fonction des trahisons. En effet, ce ne sont pas des groupes homogènes. Elles sont divisées entre oligarques et peuple, et en factions. Chacun poussant son intérêt au jour le jour. Coup de théâtre, la hardiesse d’Athènes paie. Elle remporte une victoire inattendue sur les Spartiates. Et fait prisonnier un grand nombre de ses combattants. Sparte demande la paix. Athènes temporise, pensant pouvoir obtenir mieux. La paix est finalement signée, mais, la fortune d’Athènes ayant connu des revers, les termes sont moins favorables qu’ils auraient pu l’être. Athènes reconstitue ses effectifs. Surprise, elle décide d’ouvrir un nouveau front. Appas du gain. Elle attaque la Sicile, qui est en dehors du conflit. Et qui est une sorte de continent, à l’échelle grecque. Survient alors l’épisode Alcibiade. Alcibiade est une personnalité flamboyante. Il est riche et de haute naissance. On le soupçonne d’être un ennemi de la démocratie. Il convainc le peuple de l’expédition sicilienne. Une armée énorme part. Elle est dirigée par Alcibiade et deux autres généraux qui ne partagent ni ses vues, ni son talent. Mais, ses ennemis athéniens voulant se débarrasser de lui, ils l’accusent d’un délit quelque peu imaginaire, et le font rappeler. C’est alors qu’il passe à l’ennemi. Et que, de là, il va aller de camp en camp. La campagne sicilienne est à deux doigts de réussir. Mais les généraux grecs font de graves erreurs. Finalement, deux corps expéditionnaires sont détruits. Athènes n’a plus de flotte et d’armée. Sentant l’hallali, les cités alliées la quittent. Le parti oligarque athénien dissout la démocratie et cherche à négocier avec Sparte. Mais un corps expéditionnaire qui n’est pas dans la ville refuse le changement de régime. Finalement, le sort des armes sourit aux Athéniens. L’oligarchie est renversée. Entre temps, les Perses sont entrés dans la partie. Ils aident les uns et les autres, avec le souci qu’aucun ne gagne. Le récit de Thucydide s’arrête là. Il est poursuivi par Xénophon. Encore des hauts et des bas. Les Athéniens remportent une grande bataille navale. Mais une tempête se lève. Ils ne peuvent récupérer leurs naufragés, qui se noient. Pour cela, leurs généraux sont condamnés à mort ! L’armée athénienne est décapitée. Cette fois, c’est la fin. Mais Athènes ne subira pas le traitement qu’elle infligeait aux cités qu’elle défaisait. Sa population ne sera pas réduite en esclavage. On lui demande seulement de démolir les murs qui la protégeaient.
Enseignements ? 
La guerre du Péloponnèse, c’est le portrait de l’Occident, de l’individualisme, et de la démocratie. C’est le génie dans l’adversité, et l’hybris dans la prospérité, une sorte de comportement suicidaire. Les causes en sont les mêmes. L’individu met tout son talent à pousser son intérêt. Pourtant, curieusement, la démocratie cherche à détruire ce talent (en particulier celui de ses généraux). Car, exceptionnel, il fait planer sur elle la menace de la dictature.
(N’allons pas chercher plus loin la faiblesse de notre armée, et les caractéristiques de notre société ? Par ailleurs, l’Anabase de Xénophon tire une conclusion similaire à celle de Thucydide : unis, les Grecs sont imbattables.)

Et si Thucydide avait raison ?

Quand j’ai une minute, je lis La guerre du Péloponnèse de Thucydide. Fort bon livre fort bien écrit. Régulièrement, nos ancêtres se sont étonnés de sa modernité. Je ne ferai pas exception à la règle. 

Que dit Thucydide ? Les Grecs défont les Mèdes. Exploit extraordinaire pour un peuple de va-nu-pieds face à une superpuissance riche et centralisée. La victoire acquise, les cités grecques, Athènes en particulier, appliquent leur esprit d’entreprise au développement de leurs affaires. Rapidement, c’est la guerre du Péloponnèse. Athènes et ses alliés (en fait des cités asservies) contre le reste de la Grèce. Mais surtout, revirements d’alliance incessants, dans chaque cité les oligarques contre le peuple, et, finalement, tout le monde contre tout le monde, et chacun pour son intérêt. La médiocrité liquidant la valeur, Athènes, qui avait tout pour gagner, est défaite par sa propre incompétence. Mais il n’y a pas de vainqueur. Car toute la Grèce est exsangue. Alexandre n’en fera qu’une bouchée. Puis viendront les Romains.

Et le parallèle ? C’est la fin de l’empire soviétique. Depuis 25 ans, l’individualisme occidental s’est répandu sur le monde comme la vérole sur le bas clergé.

(L’Anabase de Xenophon semble n’être rien d’autre qu’une variante de la même leçon. United we stand, divided we fall.)

L’arrogance, réel mal de l’entreprise française ?

L’entreprise n’est pas durable. Parce qu’elle est construite sur le « modèle du marché ». Il faut la rendre « résiliente ». Voici ce que dit ce blog. Mais comment faire ?
  • On nous a lavé le cerveau. Le salut est à chercher dans ce que l’on croit ne pas marcher. Il faut tout mettre en cause. Non le Français n’est pas un nul, non ses syndicats, l’Etat, les impôts… ne sont pas des boulets, non ses dirigeants ne sont pas des retardés intellectuels lâches, non il n’y a pas de salut que dans les high tech, l’énergie propre ou les biotech, non votre entreprise n’est pas condamnée par la fatalité, oui, elle sait faire quelque chose d’unique, et qui a du prix…
  • Il faut attaquer nos démons, répété-je à l’envi. Les changements auxquels je participe depuis mes débuts commencent toujours par un changement inattendu. L’attaque du démon de l’entreprise. Où faut-il chercher son démon ? Pour Christian Kozar, notre démon national, c’est l’arrogance. Une arrogance qui nous fait croire que le monde se pliera à la justesse de notre raisonnement. Ce qui échoue. Si bien que nous incriminons la « résistance au changement » du dit monde. Et que, pour faire réussir nos plans, nous prenons quelques arrangements avec nos valeurs. Affronter ses démons, c’est accepter le monde tel qu’il est. Et se demander comment lui faire entendre notre raison. Si l’on y parvient, on saura réussir dans le monde. C’est alors qu’on aura l’idée du vrai changement. Celui qui rendra durable l’entreprise. Et qu’on le mènera à bien.
  • Enfin, pour conduire le changement, il faut choisir une technique qui est adaptée à la complexité de l’entreprise moderne : le changement planifié. Et renoncer au « changement dirigé », autrement dit au passage en force. (Autre conséquence naturelle de notre arrogance ?)