Contrat et égalité des sexes

Attention, ce billet n’est pas pour tous publics. Certains propos sexistes pourraient heurter la sensibilité du lecteur.

Ma vision de la femme et de l’entreprise évolue :

Dans un premier temps, j’ai constaté que la femme était l’as du changement. Elle a les vertus de l’animateur du changement. En gros, elle sait jouer sur les codes informels de la société, sur ses réseaux. « Elle a du pouvoir sans pouvoir ». (Elle peut manœuvrer un groupe humain sans en être le chef.)

Petit à petit, j’ai découvert d’autres caractéristiques. Celles-ci ne collent pas à ce que demande la vie des affaires.

La meilleure façon d’en parler est d’évoquer le stéréotype de la femme fragile et capricieuse. Curieusement, c’est une militante du MLF qui m’en a la première parlé, il y a 30 ans. Elle s’était trouvée, avec un groupe de randonneurs, dans une situation difficile. Et alors, elle s’était comportée en femme traditionnelle, que l’on doit défendre. Quant au caprice, il me semble avoir sa raison. C’est une façon efficace, mais inquiète, de tester l’affection de l’autre. Si tu m’aimes, tu dois chercher à me comprendre.

Ce comportement ne va pas avec la logique de rationalité, matérialisée par le contrat, qui est probablement le fondement du capitalisme. « My word is my bond » de la bourse de Londres, je m’engage et je tiens parole. Ce qui demande de penser vite et bien. Et d’être tenu par une forme de sens de l’honneur. La femme, quant à elle, tend à se défiler. Et, quant elle ne le fait pas, elle est en situation de faiblesse face à l’homme. Car il est mieux préparé qu’elle à cette situation par son éducation, me semble-t-il.

Tout ceci est donc probablement une question de socialisation, d’apprentissage. Et même de socialisation occidentale. Cependant, en l’état, il me semble que, dans l’entreprise, femme et homme ne sont pas substituables. A long terme, a-t-on intérêt à appliquer une « théorie des genres », qui rendrait femme et homme indistinguables ?

(Deux cas d’espèce :

  • Mme Thatcher. Je soupçonne qu’elle a eu, au moins en termes de leadership, un comportement masculin. C’est le type même du leader charismatique. 
  • Mme Merkel. Représente le leadership féminin typique ? Ce qu’une dirigeante appelait le « maternalisme » ? Peut-être défend-elle les siens ?)

Le changement dirigé

Voici le changement dirigé. Le changement dirigé est le changement tel qu’on le pratique en France. Deux autres billets montreront qu’il y a d’autres façons de procéder. J’emprunte mes descriptions à un livre de cours (Bowditch, James L., Buono, Anthony F., Stewart, Marcus M., A Primer on Organizational Behavior , Wiley, 2008.)

Le changement dirigé est conduit par le sommet de l’organisation et repose sur l’autorité et l’obéissance. Les dirigeants (les stratèges du changement) conçoivent et annoncent le changement et cherchent à convaincre les membres de l’organisation de l’accepter, en évoquant l’intérêt de l’entreprise, une argumentation logique et / ou en mobilisant les émotions. Le changement dirigé reflète une approche rapide et décisive de l’introduction du changement dans une organisation. Ce type de changement est principalement adapté à des situations ou à la fois la complexité de l’environnement concurrentiel (…) et l’incertitude sociotechnique (…) est faible. Si le changement demande des actions bien connues et bien acceptées, mises en œuvre dans un environnement relativement simple et routinier, alors le changement dirigé peut faire le meilleur usage de ressources organisationnelles limitées.

Autrement dit, le changement dirigé est incompatible avec l’entreprise moderne. La Harvard Business Review a publié une sélection d’articles qui montrent, effectivement, qu’il échoue. Pourquoi l’employer, alors ? Deux explications :
  1. Celle d’Al « la tronçonneuse » Dunlap. Le changement dirigé permet rapidement d’extraire de la valeur de l’entreprise[1].
  2. Celle de Mme Thatcher. Elle a procédé à une centralisation sans précédent (y compris en France) de l’Etat britannique. Elle voulait un pouvoir d’exception pour transformer la culture de sa société. Dans ce modèle, le changement est une réforme au sens religieux du terme.


[1] BEER, Michael, NORIA, Nitin, Cracking the Code of Change, Harvard Business Review, mai 2000.

L’échec de Schröder et de Thatcher ?

Je me demande si l’on ne se trompe pas sur Thatcher et Schröder. Selon le camp auquel on appartient, on les juge des vampires ou des combattants de la liberté. En fait, ils ne sont ni l’un ni l’autre. Les mesures radicales qu’ils ont voulues devaient, après une période d’ajustement difficile, profiter à tous. Or, ce n’est pas ce qui s’est passé. Leurs pays se sont redressés, certes, mais ils demeurent extraordinairement fragiles. Surtout, et c’est sur quoi, curieusement, on n’insiste pas, la pauvreté qu’ils ont créée à titre provisoire ne s’est pas résorbée comme ils s’y attendaient.

C’est parce que Schröder a échoué, et que l’Allemagne continue à souffrir, qu’elle n’a pas retrouvé sa générosité d’après guerre. C’est une hypothèse que je fais. 

Les politiques de compétitivité créent-elles le chômage ?

Il y a une grosse différence entre la France et l’Angleterre, et l’Allemagne, de l’autre. Les deux premières ont laissé crever les secteurs qui n’étaient pas « compétitifs », la dernière a cherché à les faire gagner en efficacité. Notre raisonnement était que les faibles pompaient la sève des forts. L’Allemagne croit que l’économie se bâtit sur un substrat. Si ce substrat disparaît, on ne peut plus rien faire pousser. Il semblerait que ce soit l’Allemagne qui ait eu raison. (Sur la France et l’Allemagne ; en ce qui concerne l’Angleterre, c’était la philosophie des réformes Thatcher qui ont abouti à « deux nations », une riche, l’autre sinistrée.)

En laissant se dissiper le capital que nous avions accumulé, nous sommes-nous condamnés à un chômage endémique ? De la compétitivité au patrimoine ?

L'automobile est éternelle ?

Où va l’automobile ? se demande The Economist. Apparemment vers de plus en plus d’assistance à la conduite, jusqu’au pilote automatique. (La digitalisation totale des routes serait le principal frein à ce changement.) La voiture est de plus en plus propre, consomme de moins en moins. On conduit de plus en plus tard, mais de plus en plus vieux… Et elle n’a pas fini de se transformer. Ce qui ne fera pas forcément la fortune des fabricants, coincés entre une concurrence qui contient leurs prix et un coût technologique croissant. Mais peut-être celle de certains équipementiers innovants. Curieusement, de nouveaux entrants arrivent à s’imposer, généralement en pénétrant par le haut de gamme. (Le constructeur aurait-il perdu en compétence au détriment de l’équipementier ?)
The Economist continue à s’intéresser à l’héritage de Mme Thatcher. Un sud riche et un nord désertifié. Cela n’était pas prévu dans ses plans. Une fois nettoyée, l’Angleterre aurait dû redevenir prospère. Voilà pourquoi beaucoup continuent à ne pas l’aimer. En Allemagne, on abat les présidents, apparemment sans raison. Histoire de se donner bonne conscience ? Un livre affirme que la stabilisation de l’Allemagne a toujours été le problème principal de l’Europe. Le dernier acte de cette histoire ayant été l’euro. Mais, comme souvent, le résultat a été à l’opposé de celui qui était espéré. C’est l’Allemagne qui contrôle l’Europe. Aux USA, ni la dernière tuerie scolaire, ni les bombes du marathon de Boston n’ont amené la population à exiger un durcissement réglementaire. (Contrecoup de la mésaventure irakienne ?) En revanche, la loi CISPA permettrait l’accès par l’Etat aux informations personnelles. Google et autres n’y seraient pas opposés car elle dégagerait leur responsabilité dans certains cas de manipulation indélicate des dites informations. (L’entreprise américaine ne voit pas plus loin que son intérêt immédiat ?) Les Islandais tentent de liquider l’industrie du sexe. Apparemment sans succès. Ce qui semble signifier que ce n’est pas possible, nulle part. Certains changements sont contre nature ? Finalement, son marché des droits à émettre du CO2 ayant trépassé, l’Europe devrait se couvrir de centrales au charbon.
Quant à l’économie, il semble qu’il n’y ait qu’en Europe qu’on parle d’une union bancaire. Ailleurs, on cherche plutôt à s’assurer que les banques locales sont capables de faire face à une crise avec leurs propres ressources. Les USA, en particulier, demandent aux banques étrangères d’augmenter leurs réserves.
Le poker, pour finir. Ce ne serait pas son visage, mais le mouvement de ses mains, qui trahiraient son jeu. 

Le marché a tué notre intelligence

Cette semaine The Economist parle de Margaret Thatcher, « combattante de la liberté ». Mais le Thatcherisme n’a plus rien à voir avec Mme Thatcher. Elle croyait simplement en « la supériorité de l’entreprise privée sur la propriété publique », ses partisans modernes ont transformé ses idées en un mélange d’ « euroscepticisme, de xénophobie, d’amour aveugle des USA, et de méfiance instinctive vis-à-vis de la réglementation, quelle qu’elle soit ». Le plus curieux, je crois, c’est que l’on accorde autant d’importance à Mme Thatcher. Car, ce n’est pas elle qui a fait le printemps libéral. Elle est le fruit d’un changement social. La société occidentale a décidé, en 68 ?, de rejeter le modèle qu’elle avait adopté après guerre. Elle s’est donné les hommes politiques qui allaient avec son nouveau programme.
Curieusement aussi, personne ne semble voir que l’héritage de Mme Thatcher est devant nos yeux. C’est le chaos. Ce qui me frappe en particulier est à quel point le monde est paumé. Le tout marché a balayé toute autre pensée. On ne sait plus par quel bout prendre la crise. En Europe, Mme Merkel est maintenant « en marche arrière ». Elle ne veut plus des mesures de renforcement de l’Europe que jusque-là elle poussait. La Slovénie pourrait suivre Chypre dans la faillite. « Durant des années les banquiers ont prêté de grosses sommes à leurs amis, beaucoup ses sont servis de cet argent pour les entreprises qu’ils dirigeaient, utilisant leurs actifs comme garantie. » Les entreprises sont en faillite, les banques aussi. (Et s’il était temps de se demander pourquoi des pays aussi fragiles sont entrés dans l’UE ?) Et le Portugal, meilleur élève de la rigueur, s’enfonce. Son peuple s’impatiente. Si Mme Merkel ne lâche pas de mou, le pire est à craindre. « Si la croissance ne repart pas, il pourrait arriver qu’un pays décide, comme à l’époque de l’étalon or dans les années 30, que la souffrance des ajustements est pire que le risque de sortir. » Comme souvent lorsque l’on est perdu, on en arrive à des gestes désespérés, ou à réutiliser ce qui a échoué. Au Japon un gouvernement de machos veut relancer l’inflation. Remède de cheval : usage massif de la planche à billets. Personne ne sait ce que ça peut donner. Et si l’inflation faisait exploser le prix de la dette d’un pays surendetté ? Dans la série apprentis sorciers, le Bitcoin. Les informaticiens expérimentent des formes de monnaies électroniques. C’est mondial, et il  n’y a aucune réglementation. Quant à l’Angleterre, elle est incapable de maîtriser ses achats d’armement. Comme aux meilleures heures du Thatchérisme, elle a décidé de les confier au secteur privé. Probablement à une entreprise américaine. The Economist doute qu’il soit plus facile de contrôler une entreprise privée que le secteur public. Et que la mesure soit dans l’intérêt du pays. Je suis d’accord.
Ailleurs dans le monde, M.Obama essaie de détacher les quelques Républicains dont il a besoin pour voter ses lois. Et ceux-ci commencent à découvrir qu’ils ont intérêt à transiger. S’ils demeurent les représentants des blancs, les lois de la démographie vont les rayer de la carte. La CIA reverrait sa mission. Après le 11 septembre, elle a eu à nouveau le droit de tuer. Elle a d’abord eu recours au privé, pour torturer sans procès. Mais M.Obama a mis un terme à ses pratiques. Ce qui l’a forcée à passer à l’élimination sommaire par drone. Du coup, elle n’a plus le temps d’espionner. Ce qui a conduit les USA a être surpris par les derniers développements géopolitiques. Elle devrait donc laisser les meurtres à l’armée et en revenir à son métier d’origine. Au Venezuela, M.Chavez serait remplacé par un naze et une clique inquiétante.
Psychologie de crise, pour finir. Une étude montre que : « un stress quotidien, apparemment trivial, à long terme fait des ravages dans la santé mentale ». Autre héritage du Thatchérisme ?

Margaret Thatcher et l’hiver nucléaire

Le journaliste est affligeant. Hier je lisais dans le Monde que Mme Thatcher avait été boursière à Oxford. C’est faux. Elle appartient à une famille aisée qui lui a payé de coûteuses études. De même que son ascension politique n’a pas été difficile. Elle était haïe par ses pairs, mais ils avaient besoin d’une femme dans leurs rangs. Ce matin un chroniquer de France Culture racontait que le Thatchérisme avait amené le PIB par habitant anglais de 10% au dessous du niveau français à dix % au dessus (preuves ?). Ce qui ignore le fait que la destruction nourrit le PIB, et que le Thatchérisme est une bulle spéculative. D’ailleurs le PIB moyen est-il corrélé avec le bonheur ? Idem, Madame Thatcher n’était pas un être sans cœur : elle haïssait simplement les indigents et l’élite anglaise. Pas plus qu’elle n’est à l’origine du Thatchérisme : elle était beaucoup trop prudente pour cela. Ce sont ses successeurs, principalement de gauche, qui ont enterré le modèle social anglais. (Un texte de référence.)

La mort de Margaret Thatcher est celle d’une utopie. L’utopie d’une société qui serait faite sur le modèle du marché. Une société dans laquelle il n’y aurait plus d’Etat. Dans laquelle nous serions à la fois des clients et des produits. Bref dans laquelle nous n’aurions droit à la santé, à l’éducation, à la sécurité… qu’en fonction de nos revenus (nuls pour beaucoup), et qui nous demanderait d’aller au plus offrant, et ce nonobstant nos liens familiaux, culturels…

Cette utopie a dévasté la planète. Qu’est-ce que l’Etat ? Qu’est-ce que la démocratie ? qu’est-ce que la science ? quel est le sens de la vie ?… Nous n’en savons plus rien. Car tout cela a été manipulé dans un but unique : nous convaincre que le marché était notre Dieu.

Après cet hiver nucléaire, il nous faut réinventer le monde.

Thatcher and sons

Le livre qui m’a fait sombrer dans la dépression. La description, par le menu, du plus grand de tous les changements ratés. JENKINS, Simon, Thatcher and sons, Penguin, 2007.


Deux révolutions
Mme Thatcher a gouverné contre son parti et contre une majorité de ses concitoyens. Son règne est marqué par trois victoires. Contre les Argentins aux Malouines, contre le syndicat des mineurs en Angleterre, et contre l’Europe. La première, qui va assurer une survie politique compromise, est due à son incompétence. Ayant terrorisé son cabinet, il n’a pas eu le courage de lui dire ce qui se tramait en Argentine, et comment le prévenir.
Curieusement, elle est hésitante et politique, au sens traditionnel du terme. Le radicalisme des réformes thatchériennes est le fait de ses ministres des finances et de l’éducation, et de ses successeurs. En premier lieu Blair et Brown.
Margaret Thatcher rêve d’une sorte de « dictature de la bourgeoisie ». Elle n’aime ni la haute société, ni les pauvres. Elle veut rendre aux classes moyennes leur dû. Pour cela, elle rompt le « consensus » d’après guerre, l’Etat protégeant la société des aléas du capitalisme.
Le thatchérisme produit « deux révolutions ». D’abord une privatisation massive de l’économie, à prix bradés. Ensuite, paradoxalement, une centralisation sans précédent (y compris en France) de l’Etat. En effet, comme dans le modèle léniniste, pour détruire un ennemi qui s’étend à mesure qu’on le réforme (socialisme, syndicats, universités, démocratie locale…) il faut un pouvoir d’exception. En outre, l’Etat découvre qu’il doit contrôler les monopoles privatisés (par exemple le rail), puisque le marché ne peut pas le faire.
Le totalitarisme du tableau de bord
D’où deux effets léninistes. En premier, une colossale perte d’efficacité de l’Etat. « La centralisation thatchérienne n’a réduit le coût d’aucun programme (pas même du logement). Dans ce dernier quart de siècle, les dépenses publiques n’ont pas seulement cru, en termes réels, elles ont doublé ». Elle vient de ce que le ministère des finances veut tout contrôler. Ce qui est démesurément coûteux (il emploie des nuées de consultants !), et ridiculement inefficace. Surtout, il veut quantifier pour allouer au mieux ses subsides. Jusqu’à la moindre dépense locale. Inconcevable même chez nous ! Le mouvement de libération de l’individu est devenu un flicage totalitaire.

Croisade
Pourquoi n’a-t-on pas réalisé toute l’inefficacité de ces changements ? Parce que le Thatchérisme est un combat. Ses forces du mal sont le service public et la démocratie. Il pense, comme Hayek, que l’avènement de la culture des affaires fera le bonheur collectif. Car elle est honnête. « (Gordon Brown) a mis sa confiance dans le capitalisme comme outil de redistribution sociale, alors que ses prédécesseurs avaient mis la leur dans le service public. » Le changement était un acte de foi. Une nouvelle culture aurait des bénéfices immenses. Pourquoi compter, dans ces conditions ? C’était le pari de Pascal.
Ou de Lénine ? La réforme succède à la réforme. Thatcher et Blair en veulent toujours plus. Aujourd’hui, ils regrettent de ne pas être allés assez loin : c’est pour cela que ça n’a pas marché.
La gabegie
Les cabinets de conseil et les « quangos » sont partout. « Les dépenses en conseil du gouvernement travailliste ont été estimées à 70md£ entre 1997 et 2006 (…) La profession elle-même a estimé que quelques 40% de sa production étaient à destination du secteur public. » Les quangos sont des organismes confiés à des ressortissants du secteur privé. Ils répartissent les fonds publics à usage public, sans contrôle démocratique. On y gagne beaucoup d’argent.
L’administration dépense aussi des fortunes en ordinateurs et en avocats. Souvent pour des projets qui avortent. Les entreprises privées sont comme chez elles dans les ministères. Elles détachent des pans entiers de la fonction publique. Inexplicablement, le nombre de fonctionnaires n’arrête pas de croître.
Thatcher, Major, Blair, Brown… et Sarkozy
Ce que révèle le livre aussi est à quel point Thatcher, Major, Blair, Brown et Sarkozy sont faits du même bois. Fascination pour les riches, haine de l’establishment, aucune culture, mais aussi, et c’est plus surprenant, aucune vision. Ils sont excellents dans les situations de crise. C’est elles qui les gouvernent. Ce sont surtout de vilains petits canards. Thatcher doit sa carrière à ce qu’elle était une femme, et à quelques hasards heureux. Blair à ce que les travaillistes ont besoin d’un renouveau, et qu’il est différent de ses collègues.
L’Europe de Thatcheret maintenant
Lire ce livre permet d’expliquer qui nous est arrivé : nous avons appliqué aveuglément la méthode Thatcher, partout. Certes, mais n’a-t-elle pas réussi en Angleterre ? C’est ce que pense Simon Jenkins. Mais pas moi. Il dit que le Thatchérisme a créé un « nanny state », un Etat nounou. L’Anglais en est devenu totalement dépendant. Je crois qu’il a fait bien plus que cela. Il a infantilisé l’entreprise. Voici ce que disait The Economist, récemment : « Entre 1997 et 2007, la Grande Bretagne a connu un boom, en grande partie dans le secteur public et la construction. Des nouveaux emplois ont été créés par l’Etat, et des cabinets de conseil sont apparus pour répondre aux appels d’offres publics. Le capital et l’emploi ont été aspirés par le boom de la construction. Une grosse partie du boom britannique était lié à l’économie domestique ». Et si le Thatchérisme avait été une bulle spéculative ?

Qu’est-ce que notre changement a de nouveau ?

Petit à petit, je me suis intéressé à ce que nos ancêtres pensaient du changement. Le concept est présent partout. Et les ethnologues disent que le propre des sociétés humaines est de changer, et même de changer étonnamment vite.

Mais je crois qu’il y a quand même quelque chose de nouveau dans ce domaine. Le changement étudié jadis était celui de la nature, des saisons, des cycles économiques. Il était subi par l’homme. Depuis la Renaissance, il me semble que l’homme cherche, explicitement, à changer le monde. Dans un premier temps, il a conçu des utopies (cf. Thomas More), puis il a essayé de les réaliser par une sorte de tour de passe-passe (despotisme éclairé et bureaucratie, Révolution de 89, Nazisme, Communisme soviétique, Thatchérisme). Maintenant, on commence à se dire qu’il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Il existe des techniques pour faire bouger les sociétés…

L’Angleterre sombre ?

L’Angleterre a été le pionnier de la rigueur. A quoi elle a ajouté une vigoureuse dévaluation de sa monnaie. Pourtant, elle n’arrête pas de couler.

Où est le problème ? Thatcher and sons dit que le Thatchérisme a construit un « nanny state ». Très curieusement, en voulant réformer la fonction publique Thatcher, Major, Blair et Brown en ont fait une sorte de moteur de l’économie. Elle a pris des proportions à la française et a nourri toute une industrie (notamment des cabinets de conseil).

David Cameron, anti Thatcher ?, réduit l’Etat et essaie de redonner du pouvoir à la démocratie locale, asséchée par Thatcher and sons. Malheureusement, j’ai l’impression qu’il ne reste plus grand-chose sur lequel construire