Agression systémique

M.Poutine est le « fléau de Dieu », en quelque-sorte. Il cherche la faille de l’ordre mondial pour abattre l’Occident.

Au fond, il est dans l’air du temps.

Depuis quelques décennies, il y a tout un mouvement, qui consiste à attaquer les cultures nationales dans ce qu’elles ont de plus fondamental. Cela se fait au nom de « droits de l’homme », qui ne sont plus entendus comme ils le furent initialement. (Ce qui intéresse les ONG, au Qatar, est-ce le sort des ouvriers qui meurent sur les chantiers, ou celui des Qatari qui ne peuvent pratiquer ouvertement leur sexualité ?)

Peut-être serait-il temps de marquer une pause et de s’interroger sur l’efficacité du procédé ?

Changer pour ne pas changer

« Réactionnaires et révolutionnaires daubent ensemble sur les réformistes. Ils ont peur d’eux. Une réforme réussie ridiculise leurs lamentations et imprécations. » (J.de Bourbon-Busset.)

Constatation intemporelle. Paradoxe propre à la systémique : les professionnels du changement défendent, en fait, le statu quo ! Leur fonds de commerce c’est de s’opposer à l’ordre établi.

Autre question, systémique : certaines cultures ont-elles besoin de contre-cultures ? Cela donne l’apparence de la démocratie ?

Complexité et politique

La morale aurait perdu M.Trump. (Article.) « Les Républicains, depuis plusieurs décennies déjà, ont cherché à déplacer le débat politique vers des enjeux sociétaux ou culturels dont le plus emblématique était le droit à l’avortement. Pendant longtemps ce calcul a joué à leur avantage. (…) Mais pour avoir poussé cet avantage trop loin, avec des nominations controversées de juges très conservateurs à la Cour Suprême, ils se retrouvent aujourd’hui pris en porte-à-faux. »

Un des analystes que citait ce blog avait probablement vu juste : en mettant un terme au droit à l’avortement, ils ont perdu leur meilleur atout. Démobilisation de leurs troupes, mobilisation de l’adversaire ? Victoire à la Pyrrhus eut-on dit dans un autre temps.

Complexité ! La politique n’est que rebondissements et conséquences imprévues. D’abord l’extrême gauche démocrate commet de tels excès qu’ils conduisent à la remise en cause du droit à l’avortement, ce qui paraissait, au moins d’ici, inconcevable. Puis les Républicains sont entraînés dans l’excès inverse. Tous ont, cependant, un point commun : la morale… Une leçon ?

Feed-back positif

Et si notre gouvernement était victime d’un biais systémique ? Vous savez, ce qui enferme les nations dans un cercle vicieux…

Il compare nos entreprises avec l’étranger. Ce qui l’amène, sans surprise, à nous enjoindre de nous conformer au modèle américain (Start up / deeptech) et allemand (ETI / production industrielle automatisée). Il considère, aussi, implicitement, que l’initiative individuelle fait le succès économique. En conséquence de quoi il juge que nos patrons ont besoin, pour se mettre à niveau, de formations de type MBA. De même, l’usine, qu’il aime, désormais, ne peut-être qu’allemande, avec beaucoup de machines, et consommant beaucoup d’énergie.  

Y-a-t-il une autre façon de penser ?

Si l’on part des forces culturelles de nos entreprises, l’histoire n’est plus la même.

Je constate que nos patrons sont des “entrepreneurs purs”. Ils vont où les Allemands ont peur d’aller. Et ils sont stimulés par la contrainte, la crise. Mais ils ont un potentiel qu’ils ignorent.

Ce potentiel ignoré, quand il est exploité, produit une différenciation unique (changement à coût quasi nul). Comme en Suisse, la contrainte, pénurie RH, énergie, CO2… doit être le moteur de changement. Seulement, elle conduit à l’émergence d’un type d’entreprise qui n’a rien d’allemand : il est biosourcé, à faible énergie… son innovation est « organisationnelle » plutôt que mécanique. A l’allemande, mais sans les moyens allemands !

Le gouvernement interprète mal l’exemple allemand, d’ailleurs : l’ETI allemande, en particulier, résulte d’un plan national, c’est le collectif qui est l’avantage concurrentiel d’une nation, pas le “génie” individuel.

Bref, la clé du changement dont nous avons besoin, c’est de reconstituer la solidarité locale. Pour cela, je constate l’efficacité du conseil de pairs (« cerveau collectif”), et l’intérêt de “placer le patron sur ses forces” : métier / produit. En lui adjoignant des managers professionnels pour réaliser son potentiel. (L’entreprise allemande est dirigée par 4 personnes.)  

En ces temps de crises internationales, nos champions nationaux sont en danger, et nous aussi. Et si notre planche de salut était la France de l’intérieur ? Et si notre gouvernement adoptait le feedback positif américain, plutôt que le feedback négatif de la maman française ?

Inflation

Qu’est-ce que l’inflation ? Le professeur Duncan Needham, de mon ancien collège anglais, comparait la « sur inflation » anglaise de 1972 avec le coup de folie récent. Il n’y avait pas parfaite concordance des temps, mais, dans les deux cas, il s’agissait d’une politique gouvernementale à contre-cycle. (https://youtu.be/hPlOqVEB_Tw.)

Ce webinaire posait une question importante : comment liquider les dettes, et ne pas être victime de l’inflation ?

Car ce qui a tué l’inflation anglaise, sous Mme Thatcher, a aussi tué l’économie. Or, ce qui avait éliminé la dette de guerre anglaise (250% du PIB) fut essentiellement la croissance, et, pour beaucoup moins, l’inflation.

Nombre de nations ont dettes, inflation et chômage. Une politique monétaire stoppant l’inflation en arrêtant l’économie augmente la dette, le chômage, et fait baisser le niveau de vie. Ce serait le cas en Angleterre, en conséquence de l’affaiblissement de ses syndicats, disait la conférence.

M.Biden est victime de ce mal. Affaires étrangères, de France culture, expliquait qu’il a fait comme le gouvernement anglais dont il est question plus haut. Pour prendre ses électeurs à M.Trump, il a fait une relance de deux mille milliards de dollars. Ce que ne pouvait supporter l’économie. D’où inflation. Elle va lui faire perdre les élections de mi mandat.

Et s’il existait une croissance non inflationniste ? me suis-je demandé.

La systémique parle de « changement d’ordre 2 ». Il s’agit, avec les mêmes ressources, de « faire autre chose », qui rapporte plus. Cela est possible : les entreprises ont tout un bouquet de savoir-faire, dont elles n’ont généralement pas conscience.

(Un exemple ? Il y a fort longtemps je suis arrivé, par le plus grand des hasards, dans un cabinet d’études de marché. En lisant les rapports du cabinet, ce que personne n’avait fait avant moi, j’ai découvert les besoins de ses clients. Ils révélaient leurs inquiétudes. Les temps étaient troublés. Ce qui m’a amené à leur proposer des études stratégiques. Elles ont eu un gros succès. Et, en plus, elles étaient mieux payées que les études de marché traditionnelles. Je me flatte, à tort ou à raison, d’avoir doublé la rentabilité de la société, en pas beaucoup plus d’un an.)

Tous irresponsables !

« Les dirigeants de la Direction générale de l’aviation civile avaient déjà subi des remarques acerbes, mais le ton est encore monté d’un cran à l’encontre de l’ancien responsable européen – certes peu convaincant – l’un des avocats l’enjoignant à « rejoindre la cohorte des fonctionnaires qui ne sont responsables de rien. »  » Voilà ce qu’écrivait la Tribune ce matin, dans un article consacré au « procès de l’accident du vol Rio-Paris ».

On nous a abreuvés d’une rhétorique ultra libérale furieusement anti étatique. Or, jamais notre monde et nos entreprises n’ont été aussi bureaucratiques. Et, contrairement à l’élite technocratique d’après guerre, le grand commis de l’Etat issu de la résistance, le modèle actuel est parfaitement irresponsable.

Le phénomène est décrit régulièrement, en particulier au sujet de Lénine. C’est, en quelque-sorte, la systémique pour les nuls. Ce que l’on nomme « l’énantiodromie », lorsque l’on veut quelque-chose absolument, on obtient son contraire.

Finance systémique

L’Angleterre vacille, Crédit Suisse et Deutsche Bank sont en difficulté, alors que ce sont des banques systémiques. Les assurances vies, et les fonds de pension sont en difficulté. Risque d’une crise financière ? (Article.)

Oui pour les fonds de pension (les assurances vies ne feront que des dommages à leurs adhérents), non pour les banques. La précédente crise systématique a renforcé leur système d’auto contrôle. (Une leçon ?)

En revanche, le danger vient, ce n’est pas une surprise, en France, de l’endettement de l’Etat et des entreprises.

« Dans le cas de la France, le risque financier est donc plutôt celui d’une faiblesse persistante de la croissance que d’une crise systémique, les banques françaises étant bien capitalisées. »

Crise anglaise

Des ravages de l’idéologie ? Madame Truss veut imiter Mme Thatcher. Elle s’en prend aux impôts. Les marchés financiers prennent peur. La Banque d’Angleterre doit réagir massivement. Mme Truss fait demi tour et congédie son ministre des finances.

En fait, cela pose beaucoup de problèmes.

Madame Truss voulait relancer la croissance anglaise alors que la Banque d’Angleterre fait tout pour l’arrêter, de façon à tuer l’inflation dans l’oeuf. Au fond, elle a raison. Si elle veut payer ses dettes, elle doit prélever des impôts. Elle a donc besoin de croissance. Or, la Banque d’Angleterre risque de tuer l’économie anglaise ! Seulement, Mme Truss n’emploie peut-être pas les bons outils. La « macro économie » ne marche pas. Il faut aider les entreprises à se développer en ayant un moindre recours aux circuits financiers, probablement.

Ensuite, je lisais que, si les fonds de pension se sont effondrés, cela était dû à un défaut congénital. Illustration d’une de mes observations : nous faisons face à des crises qui prennent notre société par ses points faibles ? On est puni par là où l’on a pêché ?

Et finalement, j’ai pensé que tout ceci était très compliqué, et que je n’avais pas le temps de m’en occuper. Or, il a été craint, et il est peut-être toujours craint, que l’effondrement de l’Angleterre produise une crise systémique. Regrettable paresse intellectuelle ?

La force de l’irrationalité

L’association des interpreneurs essaie de faire bouger le pays. Bien souvent, elle a envie de jeter l’éponge. Travailler en France c’est nager dans l’irrationalité. Notre pays a peut-être du talent et de la bonne volonté, mais nous manquons totalement de méthode. D’où la situation actuelle. 

Nicolas Dufourcq en appelle à une formation massive des chefs d’entreprise. Mais qui peut former un chef d’entreprise ? Un professeur d’université ? Un employé de la BPI, fort de ses diplômes ?… Si nous avions un savoir-faire de formation de l’entrepreneur, cela se saurait !

A chaque contact l’association observe que deux ou trois conseils de « pairs » expérimentés peuvent avoir un impact colossal sur le sort d’une entreprise et de son dirigeant. Il n’y a pas besoin de cours ! Mais comment apporter cet accompagnement à des millions d’entreprises, faire qu’il se démultiplie ? 

Autre enseignement : la « pénurie RH » crée une forte « anxiété de survie » chez le dirigeant. Or, ce problème a une solution : le « modèle suisse » : faire toujours plus de « valeur ajoutée » avec les mêmes personnes. Ce qui est bon pour tout le monde : entreprise plus prospère et prestigieuse, emplois plus qualifiés et mieux payés.

Cette question de la « valeur ajoutée » est au centre du « rapport Gallois », et de l’analyse que font, désormais, nos gouvernements du décrochage de l’économie nationale. Ils concluent : « faites comme les Allemands, équipez vous de robots ». Copier est une mauvaise idée, pense l’association. Or, nos entrepreneurs ne voient pas qu’ils possèdent un savoir faire qui a un potentiel considérable. Ce potentiel, une « autre idée » de l’entreprise, ne demande pas de robots, et peu d’investissement.

Exemple : un constructeur de piscines, un métier rendu compliqué par le peu de ponctualité du monde du BTP, a eu l’idée de commercialiser une gamme de produits d’entretien de piscines. Résultat : un entrepreneur heureux, un métier stimulant, un développement accéléré et très rentable.

La France en changement ?

Ce qui caractérise l’action de l’Etat vis-à-vis des territoires, c’est le dysfonctionnement, disent des sénateurs, dans un rapport : « Pour les rapporteurs, la cause des réformes qui se sont empilées « est à chercher du côté de l’idée que l’on se fait de la place de l’Etat dans les territoires. Or, à cet égard, il faut bien reconnaître un déficit de vision sur le long terme, qui ne peut que nourrir les tâtonnements, les improvisations et les expérimentations décevantes ». » (Article.)

Ils donnent une explication, c’est intéressant, systémique : une confusion des « rôles ». « Le rapport ne propose donc pas un nouveau big bang territorial, mais plutôt une clarification des rôles de chacun, fondée sur les principes de subsidiarité et de complémentarité des fonctions – un Etat recentré sur ses fonctions régaliennes, accompagnateur plutôt que censeur des collectivités territoriales. C’est l’esprit de la dernière réforme issue d’Action publique 2022, qui redonne, par ailleurs, un rôle central au niveau départemental, après une période marquée par la toute puissance du niveau régional impulsée par la période « Reate » . »

Il est, en particulier, question « d’auto contrôle ». Un changement majeur peut-être qui pourrait faire que le citoyen soit, un jour, considéré comme un « adulte ». En conséquence de quoi l’Etat ne se percevrait plus comme son tuteur. Il serait, désormais, une « république », autrement dit le « bien commun » d’une société d’adultes, dont le rôle est de réaliser leurs objectifs, et non plus les idées qui lui passent par la tête.