Sélection

Dans ma jeunesse, j’ai étudié le « control engineering », que l’on traduit en français par « automatique ». En fait le terme anglais est meilleur : il s’agit bien de contrôler, c’est à dire d’obtenir ce que l’on veut.

Dommage que cette idée ne soit pas entrée dans la pensée commune.

En effet, aujourd’hui, nous nous reposons sur des mécanismes de sélection qui ne donnent pas le résultat que l’on serait en droit d’attendre d’eux. L’exemple type est politique.

Le principe du contrôle est la « feedback loop », la boucle de rétroaction. Tout bêtement, il s’agit d’examiner ce que l’on a obtenu, et de se demander si cela nous convient. Si ce n’est pas le cas, on modifie le dispositif, jusqu’à être satisfait.

Bien sûr, cet exercice est plus facile à faire avec des machines qu’avec des hommes. Elles se prêtent à la modélisation, et à la transformée de Laplace, si mes souvenirs sont bons. Mais, tout de même…

Cultivons le légume ?

Une des idées fixes de ce blog pourrait être que « l’histoire se répète » ou encore « responsable mais pas coupable ».

Autrement dit, l’individu subit les événements. Il est pris dans des systèmes. En revanche, à certains moments, à certains embranchements, une impulsion individuelle peut changer un système.

Par exemple, des billets récents semblent dire que l’évolution sociale aurait produit l’émergence d’une « oligarchie », une élite indigne de ce nom, qui se nourrit sur la bête. Cela semble résulter du culte du progrès d’après guerre qui a porté à notre tête le diplômé, et à la cessation de la guerre froide, qui a fait que les peuples n’ont plus été une menace pour leurs dirigeants.

Cela pose plusieurs questions : une science des systèmes pourrait-elle éviter ce triste phénomène, comme on l’a espéré après guerre ? Peut-on amener l’homme à penser rationnellement, et non à être un mouton de Panurge, comme l’ont espéré les Lumières ?

Pourquoi certaines personnes pensent et d’autres pas ? C’est la question que pose, me semble-t-il, les travaux de Boris Cyrulnik. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une réponse, sinon que c’est le résultat du hasard, d’inné et d’acquis, qui conduirait à une forme de spécialisation de l’humanité. En outre, on peut se demander si l’on doit regretter l’état de la société, et chercher à en faire un paradis : car le fait d’être opprimés nous force à penser pour nous libérer de l’oppression. Une société idéale serait une société de légumes ?

Sens de la marche

L’AMF annoncerait une carence de mobilisation des futurs maires sortant d’environ 25% … pas étonnant () quand on cumule les complications et les responsabilités pour au final une reconnaissance médiocre de la machine centrale (administration comprise, hors sol, déconnectée des réalités). La réduction dans les faits (pas forcément dans les textes) des pouvoirs déconcentrés de l’Etat pour autant et souvent proactifs en local n’arrive plus à compenser un réel malaise qui se dégage du terrain et des fosses qui se creusent entre le terrain et les grandes administrations. Les grandes régions incluses…

Voilà ce que m’écrit un élu local. Un quart des maires envisagent de ne pas se présenter aux prochaines élections ! Pourquoi ? L’Etat leur retire des moyens, et se décharge sur eux de ses missions. Responsabilités, écrasantes, qui finissent par engager les leurs, personnelles. Risque de finir en prison ? Ou, au moins, de « burn out » ?

Ce qu’il y a de curieux dans ce comportement de l’Etat, c’est qu’il semble obéir à une logique dominante ces dernières années, et dont ce blog fait la chronique :

  • Tony Blair aurait utilisé le sommet de Kyoto pour expédier vers les pays en développement l’industrie occidentale, source d’émissions de CO2.
  • Boeing et les grands donneurs d’ordre mondiaux ont cherché à devenir, comme Alcatel, « Fabless ».
  • En résumé, ceux qui étaient en situation de force ont confié à ceux qui ne l’étaient pas leurs basses oeuvres. Ils prétendaient, en outre, que ces derniers les accompliraient avec moins de moyens qu’ils ne leur en fallait. D’où le triomphe de « l’acheteur ».
  • On appelait cela « la loi du marché ». La littérature du management (dont je fus un gros consommateur) la glorifiait.

Propre des démocraties ? Déjà vu à Athènes ? Quand la démocratie n’est pas en guerre ou en expansion, il s’y constitue une oligarchie qui exploite sa population ? Théorie de Mancur Olson ?

Changement

J’ai fort mal fait la promotion de mes travaux. J’aurais dû marteler quelques idées contre-intuitives et salvatrices. Je ne l’ai même pas fait dans mes cours. Honte.

Un constat fondamental est que nous faisons une erreur fatale. Et on ne la voit pas mieux qu’actuellement.

Elle consiste à constater que nos hommes politiques sont des bras cassés, et à en déduire qu’ils sont la cause de nos maux. Il en résulte qu’ils doivent être punis, ou, au minimum, qu’ils doivent remettre en ordre ce qu’ils ont démoli. Quant à moi ? Far niente. Confortable.

Erreur : ce n’est pas l’homme qui est fautif, c’est le système. Quand la France et l’Allemagne étaient en guerre, l’Allemand était un ennemi. Ensuite, il est devenu un ami.

Idem. On me rebat les oreilles de ce que les jeunes ne veulent pas travailler, ou de ce que, d’une manière générale, le Français est paresseux. Changez le système et le Français changera ! C’est ce que démontrent les Ecoles de production : elles recrutent des « décrocheurs » déprimés et en font des professionnels bien dans leur peau et dans leur société.

Justice ?

1974. Attentats de l’IRA. La police met la main sur quelques pauvres types. Les fait avouer. Masque les preuves qui les disculpent. (Y compris les confessions des véritables coupables !) Ils sont jetés en prison. La plus haute justice du pays s’oppose à la révision de leur procès. (Bombers, Archive on 4, BBC.)

De temps à autre de telles erreurs judiciaires continuent à émerger, en Angleterre. Dernièrement, il y a eu la question des postiers (ou « sous-postiers »), qui ont été « massacrés » par un système d’information pourri.

Je me suis demandé si elles étaient si exceptionnelles qu’on le dit. Tout cela semble résulter d’un « système » (au sens systémique du terme), qui fait qu’il faut obtenir des résultats sans moyens, et que la police en vient à des expédients, et que la justice obéit à des impératifs politiques ou autres, qui n’ont rien à voir avec la justice. Et que c’est celui qui ne peut pas se défendre qui en est victime.

Piège systémique

Au tournant du siècle dernier, l’église a été prise d’assaut par un courant dit « moderniste ».

Complot ? « l’entente se faisait d’elle-même par l’adoption des mêmes méthodes, sous l’action de principes directeurs analogues« (Jean-Louis Dumas, Histoire de la pensée, tome 3).

L’homme croit penser, mais il est victime de tels effets « systémiques ». C’est pourquoi, je m’inquiète toujours lorsque je rencontre des gens qui pensent comme moi : ne serions-nous pas victimes de ce phénomène ?

Drôle de France

Après les élections législatives anticipées perdues par la majorité macroniste, on a découvert le pot aux roses, avec la révélation en plusieurs étapes d’un dérapage jamais vu dans l’histoire des finances publiques en temps de paix : il y a 100 milliards d’euros d’écart entre la prévision initiale du PLF pour 2024 (4,4% du PIB de déficit) et la dérive « tendancielle » à près de 7% du PIB fin 2025 annoncée par les nouveaux ministres de Bercy.

Philippe Mabille, l’oeil de l’éco de la Tribune

Quand un bateau coule, il est une mauvaise idée de perdre du temps à chercher un coupable. Mais comprendre comment il en est arrivé là peut éviter, en faisant le contraire, de sombrer. Quelques observations :

  • On parle d’une politique d’imposition systématique. Or, il est clair qu’il faudrait faire l’envers : public et privé allant mal, ils ont besoin d’investissements pour améliorer leur situation. En particulier, plus on affaiblit l’économie moins elle peut payer d’impôts ! Cercle vicieux.
  • J’interviewe des élus locaux. Ils sont dans une situation difficile. L’Etat leur confie ses responsabilités sans leur en donner les moyens.

Un spécialiste des territoires me disait que la France avait besoin de « croissance interne », de tirer parti de ses atouts, qu’elle néglige. Elle aurait été victime de « mimétisme ». Une « pensée magique », qui lui aurait fait croire au miracle de la French tech ou autre terme à la mode, et à la réforme de l’Etat à la Thatcher ?

Valeur travail et cultivons notre jardin ?

Logique de guerre ?

Le conflit irlandais s’est déroulé de mon vivant. On en parle encore souvent en Angleterre.

Enseignements ? La guerre est un phénomène systémique ? Il n’y a pas de bons et de méchants. La guerre impose ses règles qui font que tout le monde devient meurtrier, traitre, lâche, martyr, etc.

Le plus surprenant est qu’un jour ce cercle vicieux s’arrête. Pourquoi ? Mystère. Il semble que ce qui a mis fin à la guerre entre la France et l’Allemagne soit la prise de conscience par la France (Robert Schuman en particulier) que la seule façon d’éviter à l’Allemagne de nous nuire n’était pas de la punir, mais de s’unir à elle et de mettre en commun, au sein de l’UE, les moyens nécessaires à la guerre. Je ne sais pas ce qui s’est passé en Irlande.

(A quoi servent les pacifistes, dans ces conditions ? En dénonçant des crimes de guerre ne font-ils que jeter de l’huile sur le feu ? Qui veut faire l’ange, fait la bête ? Ne feraient-ils pas mieux de considérer qu’il n’y a pas de bons et de mauvais mais plutôt une commune humanité ? Et de se demander, comme le faisait Durkheim, comme soigner ses « pathologies sociales » ?)

Anti Smith

La lutte contre l’islamophobie a quelque chose de bizarre. D’un côté, elle est présentée comme une lutte contre « les discriminations », mais ceux qui en sont les champions nient, comme l’incarnation du mal, les valeurs des sociétés islamiques, en particulier le rôle qu’elles donnent aux femmes !

D’une manière générale, l’étude des conséquences des idées « socialement avancées » semble déboucher sur une curieuse conclusion : tout le monde est coupable, et n’a plus droit à la parole, sinon les tenants de ces théories. Ce sont eux les seuls « discriminés » ?

Adam Smith disait que, dans la logique de l’économie de marché, celui qui voulait poursuivre son intérêt faisait, en fait, celui de la société. Ne serait-ce pas ici, le contraire : en prétendant poursuivre l’intérêt commun, on fait le sien ?

Enigme systémique

Une des conclusions de la systémique est que nos actions ont pour conséquence le contraire de leurs intentions (« énantiodromie »). Qui veut faire l’ange, fait la bête, disait Pascal. Si bien que la solution à nos problème est, tout simplement, de faire le contraire de nos intentions !

C’est simple, effrayant, et pourtant cela n’a pas pénétré la psyché collective.

Mais qu’est-ce qui est à l’origine de ce phénomène ? Mystère.

L’exemple de M.Macron peut-il nous éclairer ? Il se voulait un rempart contre les extrêmes. Or, les extrêmes ne se sont jamais aussi bien portées. Le centre s’est réduit et s’est divisé. Au fond, à droite et particulièrement à gauche, il tend même à adhérer aux extrêmes. Et le parti présidentiel pourrait bien avoir la tentation paradoxale de se battre contre tous.

Que lui est-il arrivé, à notre président ? Il est possible qu’il ait pensé qu’il était effectivement, l’antidote au FN. Peut-être a-t-il cru que le FN était une maladie de la raison ? Un « populisme », effectivement. Donc il aurait cru qu’il n’avait rien à faire. Alors que, au contraire, il aurait dû chercher à comprendre, comme on a, au moins, tenté de le faire en Angleterre et aux USA, ce qui suscitait le vote extrême, afin de lui couper l’herbe sous le pied ?

L’énantiodromie résulterait-elle d’une paresse de la raison ? Lorsqu’elle arrête de ramer, elle se fait prendre dans des courants qui lui font faire marche arrière ? Roue libre interdite ?