Trump, Truss et Sarko

Au moment de l’arrivée de Trump, j’ai dit qu’il serait un « stress test » pour le monde. Qu’est-ce qui a été révélé par ce test ?

Tout d’abord, pour le citoyen, c’est une « drôle de guerre ». Trump fait le spectacle. Mais, pour le moment, notre vie n’est pas affectée. Ce sont les USA, qui paraissent touchés les premiers. Non seulement les bourses sont sur des « montagnes russes », mais voici quelques titres du Financial Times d’hier :

Gold and Swiss franc surge as investors seek haven assets

US risky debt funds hit by historic outflows as Donald Trump’s tariffs shake markets
Investors rush away from junk bonds and leveraged loans on rising recession fears

US stocks and dollar tumble as Trump fails to soothe economic fears
Investors warn 145% duties on US imports from China to hit growth even as president rolls back other levies

Silicon Valley stands to lose from a trade war
Big Tech’s interests are in stark contrast to the movement that put Trump in the White House

Investors in Trump’s America can no longer see around corners
Regular guidance from executives on the near-term path of profit just got more elusive

US shale sector in peril as oil price plunge rattles drillers
Trump trade war and Opec output surge create toughest challenge since the pandemic, executives say

Airline stocks get a nasty dose of wind shear
Leisure travel is usually one of the first things to suffer when consumers feel anxious about the economy

Le jour où Trump a changé sa politique douanière, j’ai entendu à la BBC qu’un élu républicain avait demandé à son gouvernement : « que dois-je dire à mes agriculteurs ? » (probablement menacés par les sanctions européennes).

Pour le moment, l’arroseur est arrosé. On a même droit à un moment « Liz Truss » : pour la première fois dans l’histoire, les obligations de l’Etat américain sont vendues en masse. C’est ce qui aurait amené Trump à revoir sa politique douanière. Car, les USA ont besoin que d’autres financent leur déficit. Accessoirement, il y aurait un risque pour les fonds de pension, donc les retraites des Américains.

En bref, ce qui cède est ce qui est le plus fragile et le plus lié à la bonne santé de l’économie. L’Amérique est plus résiliente que l’Angleterre, mais ces événements montrent qu’une démocratie est beaucoup plus fragile qu’un régime autoritaire. Quand on vit dans une maison de verre, on ne lance pas de pierres, dit-on, je crois, en Chine.

Dernière question : aura-t-on aussi un « moment Sarko » ? Ce blog a étudié les réformes Sarkozy. Notre président a fait du Trump avant Trump. Il a voulu désorienter ceux qu’il désirait réformer par son imprévisibilité. Résultat ? Ils ont résisté. C’est lui (donc nous) qui s’est fait réformer…

Faquin !

Désaccord entre France Culture, le Robert et le CNRTL. Pour les deux derniers, faquin viendrait du néerlandais fac (espace clos, compartiment) ou fak (poche). Pour le premier, qui interviewait un spécialiste italien, il aurait une origine arabe, « el faquino » (mon orthographe). Il serait passé au vénitien, comme beaucoup d’autres mots arabes. C’était d’ailleurs le sujet de l’émission.

El faquino était un docteur. Tout le monde ayant voulu être docteur, le sens du mot a connu une dérive. Il s’est mis à signifier porte-faix. Le français serait allé encore plus loin.

J’aimerais que l’Italien ait raison ! En effet, on a là un phénomène si fréquent : dès que quoi que ce soit semble avoir du prestige, tout le monde veut en être, si bien qu’il perd toute valeur, et qu’il n’y a plus que des faquins ! Voilà qui devrait être enseigné à l’école.

Start up nation

Dans un grand moment de géniale inspiration, notre président nous a qualifiés de « start up nation ».

Mais qui est la start up nation ? Les USA. Et les USA sont en faillite !

Ce modèle est un tel succès que le président Trump accuse le monde entier de l’avoir volé ! Alors que depuis 1989, ce sont les USA, ses oligarques et ses (bien) penseurs qui font la pluie et le beau temps mondiaux !

Une de mes vieilles idées reçues (cf. Le mal américain de Michel Crozier écrit au début des années 80) est que le modèle américain n’est pas durable. Comme l’Anglais, l’Américain ne veut pas du « sale boulot ». Alors il a besoin de masses d’immigrés et d’entreprises étrangères. Ce qui ne peut conduire qu’au déficit.

Il y répond par la « créativité comptable », autrement dit la bulle spéculative, une banque centrale qui imprime des masses d’argent, pour éviter l’éclatement des bulles, et l’emprunt.

Dans la mesure où « penser » peut s’appliquer à M.Trump, on entend qu’il attribuerait le mal des USA au parasitisme de ses alliés, qu’il protège par son armée, et à la qualité de monnaie de réserve du dollar, qui conduit à sa sur valorisation. Mais n’est-ce pas tout le contraire ? Le monde les paie pour assurer son ordre ?

Recette du changement ?

Il y a 25 ans, quand j’ai écrit mon premier livre, je me suis demandé ce qui faisait que j’avais réussi à faire « changer » des entreprises. Ma conclusion : dirigeants et consultants voulaient « changer les gens », alors qu’il y avait un « blocage » qui empêchait le changement.

Idem pour un embouteillage : ce n’est pas une question d’automobilistes mais de régulation du trafic.

Mon second livre s’appelait : « transformer les organisations sans bouleverser les hommes ».

Si l’on veut changer une société, il faut chercher le « levier » du changement.

C’est dans le changement qu’on l’aperçoit : la nature de la société se révèle ainsi que les forces (sociales) à utiliser.

J’ai l’impression que peu de monde partage mon opinion.

Gaia

Gaia aurait été inventé par un certain James Lovelock.

L’idée de Gaia est que la Terre est un être vivant capable, donc, d’auto-régulation. Cette capacité tient à la vie qu’elle contient, qui la modifie. En retour, elle contrôle la vie, afin de maintenir des conditions qui lui sont favorables (cf. le thermostat). Un concept qui s’inscrit dans la vague systémique (on disait aussi « cybernétique ») d’après guerre.

L’idée serait venue de l’étude de mars. Comment savoir s’il y avait de la vie sur mars ? En étudiant son atmosphère. Du constat qu’elle était inerte, il en a déduit qu’il n’y avait pas de vie.

Son biographe lui en voulait de ce que, sur la fin de sa vie, il avait été climatosceptique. Il soupçonnait qu’il avait été manipulé par Nigel Lawson, un homme politique britannique.

La théorie de celui-ci, d’ailleurs, n’était pas sans intérêt. Il pensait que l’effet de serre avait remplacé le communisme comme sujet de contestation de l’ordre social. Le vert était une nouvelle forme de rouge.

MADI

La malhonnêteté intellectuelle a atteint un sommet.

Trump prétend que l’Amérique est une victime du monde entier. Or, depuis 1989, le monde est aux mains de l’Amérique, et lui a fait allégeance, l’Europe en tête !

En 89, l’Amérique disait que le capitalisme avait gagné, fin de l’histoire, avènement de Dieu, c’était le Consensus de Washington et la nouvelle économie. Toutes les nations y ont cru. Celles qui n’étaient pas capitalistes ont été réformées. Il s’en est suivi une série de crises violentes. C’est de là que date le ressentiment russe, asiatique, turc…

Puis il y a eu la vague puritaine « care » ou « woke », le libéralisme de gauche après avoir été de droite, qui a définitivement horrifié une grande partie de l’humanité.

Apparemment, si l’on en croit M.Trump, l’arroseur a été arrosé. Alors, comme les Anglais avec leur Brexit ou comme les Russes avec leur guerres coloniales, il en revient aux temps glorieux de l’histoire américaine, d’avant 29. A la conquête de l’Ouest et au Robber Barons.

Le monde est certainement parti pour des années extrêmement dangereuses. Mais s’il survit, il y a fort à parier que les USA vont payer très cher leur crise de folie. Make America Definitively Insignificant ?

Self help

Self help : je tombe sur une ancienne émission de la BBC. Préoccupation éternelle de l’humanité. Chez les Grecs, il s’agissait de guider son existence. Récemment c’est un devenu un « business » extrêmement lucratif.

La raison d’être de la littérature de self help est l’inefficacité : celui qui s’y adonne doit en consommer toujours plus.

Cela m’a fait penser à la systémique. Elle parle de « déplacement de charge ». Lorsque l’homme est face à une difficulté il tend à choisir une solution de facilité (l’alcool, par exemple). Si bien qu’il s’enfonce de plus en plus. La systémique a ainsi tout un catalogue des erreurs que nous commettons.

Alors, me suis-je dit : apporter la mauvaise solution à un problème le rend permanent, une part de notre économie de marché serait-elle fondée sur ce principe ?

Seulement, pour que cela puisse être, il faut que le client vous fasse confiance. Trahison d’un (du ?) principe fondamental de la société ?

Alors, le bon self help ? Utiliser les autres pour faire le diagnostic de ses maux mais ne pas se reposer sur eux, ne pas renoncer à son libre arbitre ?

Le changement, ça s’étudie ?

J’étudie le changement depuis pas mal d’années. Il m’a fallu tout ce temps pour comprendre que je n’étais pas comme le reste de la population. Pour elle, il n’est pas concevable que le changement s’étudie. Le changement c’est obtempérer à ses désirs. Que trouverait-elle si elle l’étudiait ?

Les Anglo-saxons disent qu’il y a ceux qui « do things right » et ceux qui « do the right thing ». Ce sont les seconds qui réussissent le changement.

Tout tient à une question de systémique. Celui qui fait « ce qu’il faut » voit la situation dans son ensemble. L’autre obéit à l’impulsion du moment. Il fait très bien ce qui lui semble dans son intérêt. Seulement, il passe à côté de son intérêt réel. En particulier, généralement, il nuit à la société dans son ensemble, dont dépend son bonheur et son succès, en dernière analyse.

Exemple classique : pour se chauffer, il scie la branche sur laquelle il est assis.

Zizanie

On m’a dit, il y a déjà pas mal de temps, que les jeunes pensaient que les vieux étaient des dangers publics. Ils leur auraient laissé une terre invivable. Le jeune peut donc se laisser aller à sa totale inexpérience avec la meilleure des bonnes consciences !

Curieusement cette idée leur a été donnée par des vieux.

Nous avons vécu, et vivons encore, un temps où de beaux sentiments montent les enfants contre les parents, les femmes contre les hommes, les étrangers contre les nationaux… Décidément, l’enfer est pavé de bonnes intentions ?

Hypocrisie ?

« Alternative truth » ? La gauche américaine était (est) le parti du bien, le défenseur de l’opprimé.

Résultat de sa politique : jamais les riches n’ont été aussi riches. (A moins qu’ils n’aient été opprimés ? Après tout c’est une minorité, et les minorités sont toujours opprimées par les majorités, n’est-ce pas ?)

Paradoxe pour paradoxe : la politique de Trump leur sera-t-elle aussi favorable que celle de Biden ? Serait-ce ce qu’a pensé l’électeur ?

The very richest Americans are among the biggest winners from Biden’s time in office, despite his farewell address warning of an “oligarchy” and a “tech industrial complex” that threaten US democracy

Bloomberg (@bloomberg.com) 2025-01-16T13:58:49.151Z