Start up nation

Dans un grand moment de géniale inspiration, notre président nous a qualifiés de « start up nation ».

Mais qui est la start up nation ? Les USA. Et les USA sont en faillite !

Ce modèle est un tel succès que le président Trump accuse le monde entier de l’avoir volé ! Alors que depuis 1989, ce sont les USA, ses oligarques et ses (bien) penseurs qui font la pluie et le beau temps mondiaux !

Une de mes vieilles idées reçues (cf. Le mal américain de Michel Crozier écrit au début des années 80) est que le modèle américain n’est pas durable. Comme l’Anglais, l’Américain ne veut pas du « sale boulot ». Alors il a besoin de masses d’immigrés et d’entreprises étrangères. Ce qui ne peut conduire qu’au déficit.

Il y répond par la « créativité comptable », autrement dit la bulle spéculative, une banque centrale qui imprime des masses d’argent, pour éviter l’éclatement des bulles, et l’emprunt.

Dans la mesure où « penser » peut s’appliquer à M.Trump, on entend qu’il attribuerait le mal des USA au parasitisme de ses alliés, qu’il protège par son armée, et à la qualité de monnaie de réserve du dollar, qui conduit à sa sur valorisation. Mais n’est-ce pas tout le contraire ? Le monde les paie pour assurer son ordre ?

Recette du changement ?

Il y a 25 ans, quand j’ai écrit mon premier livre, je me suis demandé ce qui faisait que j’avais réussi à faire « changer » des entreprises. Ma conclusion : dirigeants et consultants voulaient « changer les gens », alors qu’il y avait un « blocage » qui empêchait le changement.

Idem pour un embouteillage : ce n’est pas une question d’automobilistes mais de régulation du trafic.

Mon second livre s’appelait : « transformer les organisations sans bouleverser les hommes ».

Si l’on veut changer une société, il faut chercher le « levier » du changement.

C’est dans le changement qu’on l’aperçoit : la nature de la société se révèle ainsi que les forces (sociales) à utiliser.

J’ai l’impression que peu de monde partage mon opinion.

Gaia

Gaia aurait été inventé par un certain James Lovelock.

L’idée de Gaia est que la Terre est un être vivant capable, donc, d’auto-régulation. Cette capacité tient à la vie qu’elle contient, qui la modifie. En retour, elle contrôle la vie, afin de maintenir des conditions qui lui sont favorables (cf. le thermostat). Un concept qui s’inscrit dans la vague systémique (on disait aussi « cybernétique ») d’après guerre.

L’idée serait venue de l’étude de mars. Comment savoir s’il y avait de la vie sur mars ? En étudiant son atmosphère. Du constat qu’elle était inerte, il en a déduit qu’il n’y avait pas de vie.

Son biographe lui en voulait de ce que, sur la fin de sa vie, il avait été climatosceptique. Il soupçonnait qu’il avait été manipulé par Nigel Lawson, un homme politique britannique.

La théorie de celui-ci, d’ailleurs, n’était pas sans intérêt. Il pensait que l’effet de serre avait remplacé le communisme comme sujet de contestation de l’ordre social. Le vert était une nouvelle forme de rouge.

MADI

La malhonnêteté intellectuelle a atteint un sommet.

Trump prétend que l’Amérique est une victime du monde entier. Or, depuis 1989, le monde est aux mains de l’Amérique, et lui a fait allégeance, l’Europe en tête !

En 89, l’Amérique disait que le capitalisme avait gagné, fin de l’histoire, avènement de Dieu, c’était le Consensus de Washington et la nouvelle économie. Toutes les nations y ont cru. Celles qui n’étaient pas capitalistes ont été réformées. Il s’en est suivi une série de crises violentes. C’est de là que date le ressentiment russe, asiatique, turc…

Puis il y a eu la vague puritaine « care » ou « woke », le libéralisme de gauche après avoir été de droite, qui a définitivement horrifié une grande partie de l’humanité.

Apparemment, si l’on en croit M.Trump, l’arroseur a été arrosé. Alors, comme les Anglais avec leur Brexit ou comme les Russes avec leur guerres coloniales, il en revient aux temps glorieux de l’histoire américaine, d’avant 29. A la conquête de l’Ouest et au Robber Barons.

Le monde est certainement parti pour des années extrêmement dangereuses. Mais s’il survit, il y a fort à parier que les USA vont payer très cher leur crise de folie. Make America Definitively Insignificant ?

Self help

Self help : je tombe sur une ancienne émission de la BBC. Préoccupation éternelle de l’humanité. Chez les Grecs, il s’agissait de guider son existence. Récemment c’est un devenu un « business » extrêmement lucratif.

La raison d’être de la littérature de self help est l’inefficacité : celui qui s’y adonne doit en consommer toujours plus.

Cela m’a fait penser à la systémique. Elle parle de « déplacement de charge ». Lorsque l’homme est face à une difficulté il tend à choisir une solution de facilité (l’alcool, par exemple). Si bien qu’il s’enfonce de plus en plus. La systémique a ainsi tout un catalogue des erreurs que nous commettons.

Alors, me suis-je dit : apporter la mauvaise solution à un problème le rend permanent, une part de notre économie de marché serait-elle fondée sur ce principe ?

Seulement, pour que cela puisse être, il faut que le client vous fasse confiance. Trahison d’un (du ?) principe fondamental de la société ?

Alors, le bon self help ? Utiliser les autres pour faire le diagnostic de ses maux mais ne pas se reposer sur eux, ne pas renoncer à son libre arbitre ?

Le changement, ça s’étudie ?

J’étudie le changement depuis pas mal d’années. Il m’a fallu tout ce temps pour comprendre que je n’étais pas comme le reste de la population. Pour elle, il n’est pas concevable que le changement s’étudie. Le changement c’est obtempérer à ses désirs. Que trouverait-elle si elle l’étudiait ?

Les Anglo-saxons disent qu’il y a ceux qui « do things right » et ceux qui « do the right thing ». Ce sont les seconds qui réussissent le changement.

Tout tient à une question de systémique. Celui qui fait « ce qu’il faut » voit la situation dans son ensemble. L’autre obéit à l’impulsion du moment. Il fait très bien ce qui lui semble dans son intérêt. Seulement, il passe à côté de son intérêt réel. En particulier, généralement, il nuit à la société dans son ensemble, dont dépend son bonheur et son succès, en dernière analyse.

Exemple classique : pour se chauffer, il scie la branche sur laquelle il est assis.

Zizanie

On m’a dit, il y a déjà pas mal de temps, que les jeunes pensaient que les vieux étaient des dangers publics. Ils leur auraient laissé une terre invivable. Le jeune peut donc se laisser aller à sa totale inexpérience avec la meilleure des bonnes consciences !

Curieusement cette idée leur a été donnée par des vieux.

Nous avons vécu, et vivons encore, un temps où de beaux sentiments montent les enfants contre les parents, les femmes contre les hommes, les étrangers contre les nationaux… Décidément, l’enfer est pavé de bonnes intentions ?

Hypocrisie ?

« Alternative truth » ? La gauche américaine était (est) le parti du bien, le défenseur de l’opprimé.

Résultat de sa politique : jamais les riches n’ont été aussi riches. (A moins qu’ils n’aient été opprimés ? Après tout c’est une minorité, et les minorités sont toujours opprimées par les majorités, n’est-ce pas ?)

Paradoxe pour paradoxe : la politique de Trump leur sera-t-elle aussi favorable que celle de Biden ? Serait-ce ce qu’a pensé l’électeur ?

The very richest Americans are among the biggest winners from Biden’s time in office, despite his farewell address warning of an “oligarchy” and a “tech industrial complex” that threaten US democracy

Bloomberg (@bloomberg.com) 2025-01-16T13:58:49.151Z

Sélection

Dans ma jeunesse, j’ai étudié le « control engineering », que l’on traduit en français par « automatique ». En fait le terme anglais est meilleur : il s’agit bien de contrôler, c’est à dire d’obtenir ce que l’on veut.

Dommage que cette idée ne soit pas entrée dans la pensée commune.

En effet, aujourd’hui, nous nous reposons sur des mécanismes de sélection qui ne donnent pas le résultat que l’on serait en droit d’attendre d’eux. L’exemple type est politique.

Le principe du contrôle est la « feedback loop », la boucle de rétroaction. Tout bêtement, il s’agit d’examiner ce que l’on a obtenu, et de se demander si cela nous convient. Si ce n’est pas le cas, on modifie le dispositif, jusqu’à être satisfait.

Bien sûr, cet exercice est plus facile à faire avec des machines qu’avec des hommes. Elles se prêtent à la modélisation, et à la transformée de Laplace, si mes souvenirs sont bons. Mais, tout de même…

Cultivons le légume ?

Une des idées fixes de ce blog pourrait être que « l’histoire se répète » ou encore « responsable mais pas coupable ».

Autrement dit, l’individu subit les événements. Il est pris dans des systèmes. En revanche, à certains moments, à certains embranchements, une impulsion individuelle peut changer un système.

Par exemple, des billets récents semblent dire que l’évolution sociale aurait produit l’émergence d’une « oligarchie », une élite indigne de ce nom, qui se nourrit sur la bête. Cela semble résulter du culte du progrès d’après guerre qui a porté à notre tête le diplômé, et à la cessation de la guerre froide, qui a fait que les peuples n’ont plus été une menace pour leurs dirigeants.

Cela pose plusieurs questions : une science des systèmes pourrait-elle éviter ce triste phénomène, comme on l’a espéré après guerre ? Peut-on amener l’homme à penser rationnellement, et non à être un mouton de Panurge, comme l’ont espéré les Lumières ?

Pourquoi certaines personnes pensent et d’autres pas ? C’est la question que pose, me semble-t-il, les travaux de Boris Cyrulnik. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une réponse, sinon que c’est le résultat du hasard, d’inné et d’acquis, qui conduirait à une forme de spécialisation de l’humanité. En outre, on peut se demander si l’on doit regretter l’état de la société, et chercher à en faire un paradis : car le fait d’être opprimés nous force à penser pour nous libérer de l’oppression. Une société idéale serait une société de légumes ?