Le pouvoir des marges

Il suffit d’un terroriste potentiel pour que toute la population soit arrosée de rayons X, fasse des heures de queues à des portiques, perde un temps fou à attendre que l’on démine des sacs en papier suspects. Quelques chauffards, et les voitures s’équipent de quantités de systèmes de sécurité, coûteux et alourdissants. (Ce qui d’ailleurs encourage les chauffards.) Etc. C’est fou ce que les marginaux ont de pouvoir sur nos vies.

Peut-être est-ce le paradoxe d’une société individualiste ? Lorsque le lien social est fort, la nocivité individuelle est atténuée, et la caméra de surveillance et la police sont inutiles ?

La chute de Mme Merkel

Mme Merkel perd des élections locales et se retire. Mais apparemment ce n’est pas immédiat. C’est pour 2021, quasiment à la fin du mandat de M.Macron. Vue la durée de son règne, il est difficile de parler d’un cuisant revers.

Mais, pourquoi un tel mécontentement, alors que son pays, contrairement au nôtre, est prospère ? Ce n’est pas le présent qui explique un phénomène, mais le passé. Malheureusement, notre mémoire est faible. Surtout lorsque nous sommes riches.

L’histoire récente de l’Allemagne s’explique d’abord par un rachat de l’Allemagne de l’Est par M.Kohl, qui a ruiné l’Allemagne de l’Ouest, et a plombé l’avenir de l’Allemagne de l’Est, définitivement non concurrentielle. Ensuite, M.Schröder survient, qui fait payer l’addition aux classes moyennes. Bref, le pays n’est qu’apparemment prospère. Une partie de sa population, qui n’avait pas démérité, souffre et, de plus, se sent méprisée, alors que la vie est facile pour une étroite élite. C’est mon hypothèse.

(Le changement doit être solidaire, si vous ne voulez pas d’Hitler ?)

Travail et idéologie

En m’intéressant à la vie de la banlieue, j’ai découvert l’importance des vacances et des loisirs dans la vie de nos concitoyens. Au même moment, j’ai constaté une tendance totalement opposée. Certaines personnes sont en agitation permanente. Dormir est un mal pour elles. Je croyais que l’idée était circonscrite aux USA, mais j’ai trouvé certains de ses tenants en France.

Faut-il y voir un phénomène systémique ? La question du travail, fait social ? L’idéologie de gauche a déclaré qu’il ne fallait plus travailler, mais se cultiver. (Je ne sais pas d’où cela vient, mais il semble que cela corresponde à ce que Marx voit comme la phase ultime du changement.) Et si, par réaction, la droite avait décrété qu’il fallait faire exactement le contraire ? Etrange.

Le couple idéal ou la fin du divorce

L’observation me fait croire que le coupe idéal est le couple complémentaire. Il y en a un qui est méticuleux, l’autre créatif… C’est peut-être ce que Durkheim aurait appelé « solidarité organique ».

Mais la diversité est aussi une cause de divorce : Tu ne ranges jamais rien !

Peut-être que le secret du couple heureux est là : aimer la différence de l’autre.
Peut-être aussi que cela demande souvent de corriger une erreur initiale ? On est allé vers l’autre, parce qu’il était différent, mais en pensant, qu’en plus, il aurait toutes nos qualités ? D’où désillusion. Mais elle n’a pas lieu d’être.

Les présidents maudits

L’histoire nous montre plutôt des rois compétents, à l’exception des rois fainéants. Plus jeune, je me disais que le jour où l’on écrirait l’histoire des présidents de notre République, cela produirait une saga du type « les présidents maudits ». Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Et ce quasiment depuis les origines.

D’où vient cette malédiction ? C’est au pied du mur que l’on voit le maçon. Un système de sélection est une prédiction autoréalisatrise. Il  sélectionne les as du mécanisme de sélection. Nous n’avons donc pas des présidents qui savent gouverner, mais des présidents qui savent grimper dans les appareils politiques. Lorsqu’ils arrivent à la lumière, ils ont en tête des idées d’une pauvreté consternante. Et ils trépignent lorsque la réalité les dément. 
Où est le cercle vicieux ? Probablement dans la puissance de l’Etat. Le jour où il n’aura aucun pouvoir, il n’intéressera plus les ambitieux. Cela laissera la place aux compétents. 

Les retraités asphyxient l'économie ?

En Angleterre, le déficit du régime des retraites force à réduire le budget des écoles, des hôpitaux, de la police, et de l’armée, dit le Financial Times. Ce qui semble signifier un cercle vicieux. Si l’on réduit ces budgets, la situation va empirer, il y aura moins d’argent pour les retraites, etc.

Qu’est-ce qui fait que les équilibres sociaux aient tant de mal à s’établir ? Un trop grand laisser-faire, et une absence de mécanismes efficaces de conduite du changement ?

Public pensions shortfall threatens to force £4bn in spending cuts HM Treasury is to demand an extra £4bn from the budget for schools, hospitals, the police and armed forces to cover a shortfall in public sector pensions, raising the prospect of swingeing spending cuts in the next decade.

Principe de raison

Le principe de notre société est peut-être bien la raison. Et cela a des conséquences imprévues.

La raison, c’est le projet des Lumières. L’esclavage, c’est croire à des idées fausses, des coutumes. La liberté, c’est savoir utiliser correctement son intellect, pour ne pas se faire piéger. Or, l’intellect s’éduque. Un des grands projets de notre République est peut-être dans ces phrases.

Maintenant, les conséquences imprévues. Dans ce modèle, c’est l’Education nationale qui décide de notre liberté. Lorsqu’un instituteur, un enseignant, un examen ou un concours décide de notre sort, il juge si nous sommes capables de penser ou non, d’être libres ou non. Lourde responsabilité…

Platon, le philosophe par excellence, déjà, croyait qu’il y avait des gens qui pouvaient penser (lui) et d’autres, le peuple, non. Pour diriger ce dernier, il fallait lui raconter des fariboles. Paradoxalement, bâtir une société sur la raison amène à traiter la majorité de ses membres comme des animaux. Et à faire que les virtuoses de la raison l’utilisent non pour la cultiver, mais pour abuser leurs contemporains. L’intellectuel est le fléau de la raison. Dans un monde de raison, plus personne n’utilise sa raison !

Ce qui produit le « populisme ». Le populisme n’est pas une manifestation d’instincts animaux. Au contraire, c’est la révolte d’un peuple à qui l’on dénie la capacité de penser et qui la revendique. Mais, comme il n’a pas été formé correctement, il fait n’importe quoi.

Monde technocratique

L’après guerre a été technocratique. 68 a été anti technocratique. Et pourtant, c’est la technocratie qui a gagné.

La technocratie est de gauche est de droite. C’est la norme contre l’homme. Dans l’entreprise, c’est la phrase de Taylor, l’ancêtre des sciences du management : « the one best way », la seule bonne façon de faire. Le Graal de la technocratie c’est « l’intelligence artificielle ». Une intelligence qui met KO celle de l’homme.

Mais la technocratie est aussi de gauche. C’est l’absolu du principe. La femme, le marginal, la démocratie, la justice… c’est le Bien absolu.

La technocratie conduit à l’absurde. La norme tue l’entreprise. La Femme, le Marginal, la Démocratie et la Justice, quand ils veulent être absolus, se contredisent.

Car il y a un principe qui les explique tous. Avoir le dernier mot. La norme ou le principe sont une arme de domination. Ils ferment la bouche de l’autre. Paradoxalement, la technocratie est l’expression d’une société fondée sur la lutte de l’homme contre l’homme.

Inertie et changement

L’immigration fait peur. Et cette peur semble disloquer l’Europe. Maintenant l’Allemagne. Pourtant, la vague d’immigration est derrière nous. Il en est de même du phénomène Trump. J’en suis arrivé à penser que les USA réagissent avec trente ans de retard à la grande délocalisation.

On peut trouver une logique, inconsciente, au phénomène : c’est une révolte des perdants du changement. Le fait qu’elle ne se manifeste que maintenant s’explique : pour qu’un mouvement quelconque puisse exister, il lui faut des décennies pour se donner une ossature sociale. La résistance au changement présente un phénomène de retard dont parle souvent la systémique. Avalanche ? Au début, presque rien, et puis ça grossit de manière exponentielle ?

Qui peut arrêter une avalanche ? J’entendais une émission dire que la France s’était lassée de l’épuration, après guerre. Peut-être que la populace a une grandeur que n’a pas l’élite : elle est capable de pardonner ? Il faut croire au miracle ?

(Mais le dirigeant n’est pas totalement impuissant : prochain billet « placard et changement ».)

Immigration

L’Italie ne veut pas accueillir un bateau de migrants. Personne ne la remplace. L’Italie a démontré qu’il était anormal, comme elle le dit, qu’elle soit la terre d’accueil des migrants : ceux qui lui donnent des leçons feraient la même chose à sa place.

Je disais que M.Trump était moins inconséquent qu’il n’y paraît. Mais, plus qu’un représentant du protectionnisme, comme je l’écrivais, c’est probablement un champion du nationalisme. Le nationalisme est le frère ennemi de la globalisation. En effet, l’un se justifie par rapport à l’autre. Alors qu’ils ne sont pas seuls. Tous deux sont des idéologies. Mais à côté de l’idéologie, il y a la réalité et l’action. Le monde s’invente à partir des faits, il ne se rêve pas.