RSE : ne nous moquons pas des entreprises ?

On se gausse de la RSE. L’entreprise veut nous faire croire qu’elle se préoccupe de développement durable, nous dit-on.

Mais la société a-t-elle des leçons à donner à l’entreprise ? Le principe de la RSE, c’est le « dialogue avec les parties prenantes ». Or, la caractéristique de notre époque, c’est la pensée unique, la croyance en un bien absolu que l’on aurait découvert. Il faut que les Gilets jaunes hurlent pour que l’on sache qu’ils existent. Même les chercheurs ne cherchent plus. Ils ont trouvé. Ils n’en ont que pour le réchauffement climatique. C’est un des paradoxes de notre monde. L’individualisme de Woodstock a produit un conformisme sans précédent. Faire ce que je veux, c’est ne plus penser ?

Tout cela est bien peu systémique. La systémique nous dit que la solution n’est pas où nous la cherchons. Pour la trouver, il faut un rien d’ouverture d’esprit. Notre prochain changement ?

(Un livre sur le sujet.)

La grande peur des antibiotiques

Et si le réchauffement climatique était moins à craindre que la résistance aux antibiotiques ? Ramanan Laxminarayan, un des spécialistes de la question, l’analyse pour la Vie des idées.

Le plus important est, peut-être, de comprendre les fondamentaux du problème. Les usages des antibiotiques vont très au delà de ce que nous croyons.

  • Bien des maladies ont été éradiquées, par les pays développés, grâce à des mesures que l’on pourrait qualifier « d’hygiène ». Ailleurs, les antibiotiques sont utilisés comme substitut. 
  • On a découvert que, à faible dose, l’usage d’antibiotiques permettait d’augmenter énormément la production de viande. 
  • Sans les antibiotiques, beaucoup d’opérations, comme les greffes, seraient impossibles. 

Leur perte d’efficacité vient, principalement, d’un usage excessif, qui résulte en une sélection naturelle (ou artificielle ?) de germes résistants. Par exemple : « Les stations d’épuration des usines de fabrication d’antibiotiques sont en partie responsables du transfert de gènes de résistance dans le microbiote humain ; elles constituent une menace sérieuse pour l’efficacité des antibiotiques étant donnée l’importance du secteur pharmaceutique en Inde. Dans de nombreux pays, dont l’Inde et la Chine, il n’existe pas de réglementation pour le rejet de déchets antimicrobiens dans l’environnement, or une telle réglementation est indispensable. » Notre environnement est « pollué par les antibiotiques« .

Que faire ? Nous nous trouvons dans un « dilemme du prisonnier ». Le gain individuel prime l’intérêt de humanité. Le médecin, par exemple, satisfait son client en lui prescrivant des antibiotiques, même lorsque ceux-ci sont inutiles. Or, il suffit que quelqu’un se comporte mal pour que la population mondiale soit affectée. Sans prise de conscience collective, il est interdit d’espérer.

Evaluer les politiques médicales

Et si la médecine tuait ? Cet été j’ai rencontré la médecine assistée par ordinateur. Un remplaçant et un interne, qui prescrivaient, les yeux vissés sur leur ordinateur. Et ça s’est mal terminé, pour moi. Explication d’un médecin expérimenté : l’ordinateur prescrit l’efficacité, or, celle-ci s’accompagne généralement d’effets secondaires. Il n’y a que l’expérience qui finisse par les connaître. En outre, ces médicaments sont utilisés en hôpital où l’on peut immédiatement changer de traitement quand il ne va pas.

Plus généralement, qui juge l’efficacité de notre système de santé ? Et s’il s’était enfermé dans un cercle vicieux nocif à la Knock ? Et si, par exemple, la santé était essentiellement une question de relation sociale saine, comme le pensaient les anciens chinois, plutôt que de chimie ?…

Edgar Morin et le changement

L’autre jour Edgar Morin présentait son dernier livre à France Culture. Il parlait aussi de sa vision noire de la société, de « La voie« , le changement qu’il préconise, et du peu d’espoir qu’il a que ce changement se fasse.

Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec lui. Je crois que les problèmes du monde ressemblent à ceux de l’entreprise. Quand on rencontre une entreprise qui va mal, on constate des dizaines de problèmes. De la gestion des ressources humaines au contrôle de gestion en passant par la vente, rien ne va. C’est désespérant. Edgar Morin fait ce genre de diagnostic pour le monde. Et c’est, aussi, déprimant.

Mais l’entreprise se transforme. Comment ? Ce qui est premier est ce qu’Edgar Morin appelle « l’éros ». Pour une raison difficile à comprendre, l’entreprise croit soudainement au changement. Elle démarre et, petit à petit, mais étonnamment vite, tout se met à marcher. En fait, il me semble que la phase de désordre qui précède le changement a été une phase de créativité inconsciente. Et l’inconscient, contrairement à la raison, est systémique. Ce que l’on appelle changement serait, donc, l’accouchement par la raison de l’inconscient.

Les effets imprévus de la retraite

Quels vont être les effets de la nouvelle loi sur la retraite ? se demandait France Culture.

Si j’ai bien compris, ce sont les effets habituels. Cette nouvelle loi amplifierait les inégalités. Si vous en avait bavé durant votre vie professionnelle, notamment parce que vous avez eu des hauts et des bas, vous en baverez encore bien plus à la retraite. Bien sûr, pour les « plus pauvres », il y aura un « filet de sécurité ». Ce qui pose le problème usuel : qui sont ces « pauvres », et le sont ils vraiment ? et ne sont-ils pas un moyen de masquer la dégradation des conditions de vie de la « classe moyenne », qui, elle, n’est jamais aidée ?

Et si l’on s’interrogeait sur « l’esprit des lois » ?

Apprendre à penser

Quand je lisais Don Juan, dans mon adolescence, j’en avais fait une interprétation romantique. Mais, il est probable que Molière décrivait un « grand seigneur méchant homme », de son temps.

Je soupçonne que, de Michel Serres à Michel Foucault, beaucoup de philosophes ont commis mon erreur. Ils ont utilisé leur science pour justifier leurs a priori. (Ce qui est le mécanisme du sophisme.)

Au contraire, penser, c’est sortir de soi ? C’est en faisant l’effort de comprendre l’autre, contemporain ou non, que l’on parvient à avoir une appréhension globale, systémique, du monde, d’où peut résulter une pensée utile à la collectivité ?

Enantiodromie et changement

Edgar Morin dit que les systèmes changent par le biais de mouvements marginaux invisibles, initialement, qui s’enflamment. Ce qui semble en contradiction avec le principe « d’homéostasie » des systèmes : ils éliminent toutes les fluctuations contraires à leurs principes.

Il ne parle pas « d’énantiodromie » : les systèmes se transforment en poussant à l’absurde leurs principes, ce qui produit leur contraire. Par exemple la société technocratique d’après guerre a produit le libéralisme, qui produit maintenant un protectionnisme / nationalisme. Trop de technocratie étouffe l’individu et lui donne envie de liberté. Trop de liberté produit le chaos et donne envie d’ordre.

Les deux ne sont peut-être pas contradictoires. Il est possible qu’au moment où l’on en arrive à une situation « absurde », de multiples forces dissidentes se manifestent. Celle qui parvient à s’imposer imprime au changement sa forme. Car, il y a de multiples façons de produire des contraires.

(Ainsi un « système » serait fait de forces opposées, qui seraient régulées par un principe commun, et dont l’utilité serait d’intervenir en phase de changement, pour rendre possible ce changement. Ils seraient les « potentiels » du système. La machine, qui n’est que régulation, ne peut pas changer.)

Formation qui déforme ?

Désillusion. Je trouvais admirables plusieurs dirigeants. Quelle énergie ! Sans cesse en déplacement, en rendez-vous, et toujours concentrés et efficaces lors de ces rendez-vous.

Jusqu’à ce que je comprenne que je me fourvoyais. Ce que je prenais pour du courage était de la paresse. En effet, au lieu de s’engager dans un processus « à l’allemande » d’édification rationnelle de leur projet, ils pensaient régler leur problème en un rendez-vous (par exemple lever des fonds). Comme cela ne marchait pas, ils n’arrêtaient pas de repartir de zéro. Un jour sans fin.

Voilà qui est un biais qui provient de la formation que l’on reçoit des grandes écoles d’ingénieur. On vous fait croire qu’un problème se résout par une idée brillante. Notre élite scientifique doit ses succès scolaires à de telles idées. Du coup, sa vie n’est plus qu’idées brillantes.

Science et argent

Le scientifique de talent doit être bien payé, entend-on. Curieux : l’histoire nous dit l’inverse.

Elle nous explique que la recherche est une vocation, une « révolte » au sens de Camus : on ne cherche pas pour être célèbre, mais pour résoudre une question qui tient à coeur. Elle nous dit surtout que le scientifique qui réussit est rarement reconnu immédiatement. Et ce pour une raison évidente : découverte signifie remise en cause des idées reçues.

L’argent a remplacé la vocation comme principe de la recherche. Il serait intéressant d’en évaluer les conséquences.

La défense des pauvres crée la pauvreté ?

Depuis 50 ans, on entend qu’il faut « défendre les pauvres ». Mais il n’y a jamais eu autant de pauvres ! A croire qu’on les aime tant qu’on les crée !

On découvre, aussi, que la classe moyenne a pris un choc. (Même l’OCDE s’en est rendu compte, récemment.) Lien de cause à effet ?

Après guerre, on voulait étendre la classe moyenne. Il est possible que l’on ait pensé que c’était une garantie anti-instabilité (une idée d’Aristote). Maintenant, on prélève sur la classe moyenne, pour donner au pauvre. « L’aide aux pays pauvres, ce sont les pauvres des pays riches qui donnent aux riches des pays pauvres » : est-ce ce qui s’est passé en France ? Car l’argent semble s’être perdu.