Comment être populaire ?

Internet est le rêve de l’homme de systémique. Toutes les prévisions que l’on a faites le concernant (le triomphe du libertaire, de la démocratie…) ont été mises cul par dessus tête ! Récemment, je me suis intéressé à la popularité des nouvelles qu’on lit sur Internet. On disait que les meilleurs articles seraient « nécessairement » ceux qui gagneraient et que nous lirions tous…

Ce n’est pas la qualité qui crée le lectorat, mais le contraire. Internet est favorable au développement de communautés de copains. Les journalistes eux-mêmes appartiennent à de telles communautés. Leurs messages n’en sortent pas. Vue la façon dont fonctionnent les moteurs de recherche, ils donnent le plus de poids aux articles des plus grosses communautés…

Quant à la censure qu’exerce Facebook, on peut se demander sur quoi elle s’exerce. En effet, ces cercles s’alimentent eux-mêmes. Mon hypothèse est que Facebook censure essentiellement tout ce qui diffère de la doxa, donc, essentiellement, des informations utiles (les autres étant intouchables). Il ne doit pas bon s’appeler Pasteur par les temps qui courent.

Comment cela marchait-il avant ? Il y avait des leaders d’opinion globaux, reconnus de tous. Quand le jury Goncourt jugeait bon un livre, tout le monde le lisait…

Organiser la régulation mondiale

Les épidémies proviennent massivement d’un passage de virus de l’animal à l’homme provoqué par la destruction des écosystèmes. Et si l’on mettait en place une régulation qui défendait notre « bien commun » : notre écosystème ?

La question de la régulation mondiale est sujette à âpres discussions. Etrangement, elle a une solution simple, quoi que simple a posteriori. C’est l’objet des travaux du prix Nobel d’économie Elinor Ostrom.

La société tente-t-elle d'asservir l'homme ?

Suite de ma série sur le changement planétaire en quelques livres. Une question qui revient régulièrement : et si la société était un « être » ? Tendrions-nous à devenir des organes ?

Curieusement, les grands courants de pensée individualistes prennent l’optique inverse : l’homme étant un loup pour l’homme, pour éviter une oppression, il faut qu’un mécanisme neutre dirige la vie collective (par exemple le marché financier).

Une idée de changement ?

L'optimisme paradoxal des Limites à la croissance

Les limites à la croissance. Le rapport du Club de Rome de 72. L’origine de la « colapsologie » ?

Mais le lit-on bien ? Et s’il disait que le changement du non durable au durable n’avait rien de sorcier ?

Je poursuis ma relecture de quelques classiques du changement humain :

Retrouvons la niaque pour l'après confinement

De quoi a-t-on le plus besoin ? D’optimisme.

Et si l’on allait chercher dans la littérature scientifique quelques idées fortes et stimulantes, qui nous fassent voir l’avenir avec un autre oeil ?

Je commence, avec la systémique et la théorie de la complexité…

Zéro délai de paiement

Nombre de grandes entreprises ont la tentation de ne pas payer leurs fournisseurs. Risque : des défaillances en série et une crise aggravée, que l’Etat ne pourra pas contenir.

L’idée de Zéro délai de paiement est faire le contraire. La faiblesse de l’entreprise française étant sa trésorerie, il faut payer immédiatement ce que l’on doit pour maintenir au mieux notre tissu économique, et conserver l’argent de l’Etat pour les réelles urgences.

 Et si vous aussi vous faisiez de la publicité à cette idée ?

Avez-vous le style confiné ?

Une nouvelle mode ? Le style « confiné » ? Revendiquer l’état dans lequel nous met le confinement ? Eliminer les conventions sociales, d’aspect en particulier, qui ne sont que contraintes gratuites ? Le jeunisme, notamment ? Remise en cohérence de nos valeurs, avec nos intérêts, et pas avec ceux du marché ? Le confinement contre « l’aliénation » ?

Peut-on encore penser après les années folles ?

Appel à contribution du gouvernement disant, en substance, « je découvre que ce que je croyais était faux, pouvez-vous m’aider à y voir clair ? »

Il imagine qu’une personne de génie, confinée dans sa cuisine, va lui donner la solution ? Ne risque-t-il pas d’avoir des solutions toutes faites ? Justement celles qui ne vont pas.

Ce que demande le gouvernement c’est une transformation complète de la société, et le plan d’action pour la réaliser, qui ménage une transition paisible avec notre société actuelle. Cela ne sort pas du bon sens ou d’un « focus group » de citoyens, pas plus avancés que le gouvernement sur ces sujets.

Cette question de la « soutenabilité » était l’obsession de la science d’après guerre. Systémique et théorie de la complexité (dont Edgar Morin est un des derniers représentants). Son chant du cygne a été « les limites à la croissance », le rapport du club de Rome. Ensuite, années folles de l’individualisme et des idéologies. Elles ont produit des penseurs de cuisine.

On en a pris pour perpète ?

Article du journal du MIT. L’épidémie est là pour rester. Cela signifie qu’il y aura déconfinement, puis reconfinement, ad aeternam, ou presque. Problème : comment éviter qu’une partie de l’économie ne disparaisse, que les pauvres, dont le sort se dégradait déjà rapidement, ne paient l’addition, et que les pays les moins développés ne deviennent des bombes à retardement virales ?

Peut-être serons-nous sauvés par un miracle que ne prévoient pas les modèles mathématiques de cet article ? Peut-être que si l’on mettait le monde en état de guerre, réellement, c’est-à-dire si on l’organisait pour faire ce qu’il faut pour arrêter définitivement le virus, y arriverait-on aussi ? (Un précédent billet.)

Toujours est-il que ce virus ne sera certainement pas le dernier. Comment rendre notre société résiliente à ce type d’attaque ? Première leçon : nous dépendons tous les uns des autres. Seconde leçon, si nous voulons que le changement réussisse, il ne peut pas y avoir de perdants, car ils n’accepteront pas de perdre, et ils ont les moyens de faire perdre tout le monde.

L'énigme du nihilisme

Les « possédés » de Dostoievski sont des nihilistes (on dit « les démons », aujourd’hui). Le nihiliste a mis le monde à feu et à sang. Or, le nihilisme pourrait avoir ressurgi… Les « votes populistes » ont amené les scientifiques à s’interroger sur ce qui les avait suscités. Ce serait le rejet de la politique menée par une « élite » dirigeante. Or, on constate aussi que, derrière un discours instrumentalisant l’écologie, le féminisme ou le rejet du colonialisme, se cache une résurgence du nihilisme.

Pourquoi cette résurgence ? Comment attrape-t-on cette maladie ?

  • Elle serait à l’origine du totalitarisme. Elle a été étudiée après guerre, notamment par Paul Watzalwick. (Albert Camus et Hannah Arendt l’ont aussi pourfendue.) Il semble que ce soit une maladie de la raison, de l’intellectuel). C’est la croyance en un « absolu ». L’homme, pris au piège d’un « système », serait dans un « jeu sans fin », une sorte de folie, qui le rendrait aveugle à la réalité. 
  • Le nihilisme n’est pas nécessairement une conséquence imprévue de l’idéologie, mais est parfois revendiqué. Car, pour beaucoup, le néant est purificateur (notamment pour Heidegger ?). 
  • Dans L’homme révolté, Camus observe que le nihilisme, en créant le chaos, est du côté du fort contre le faible. Il pourrait, donc, faire le jeu d’une classe dominante. Plus récemment, on a observé que ces thèses extrêmes étaient un trait culturel qui permettait à l’élite de se reproduire (cf. étude faite par Joan C. Williams dans White Working Class). L’affaire se compliquerait donc : le nihiliste ne serait pas nihiliste, mais ferait comme s’il l’était.

Voilà qui donne le tournis ? Serions-nous dans un jeu sans fin ? Mauvaise approche de la question ?