Salaire de la peur

Global fight intensifies against superbug ‘menace’
GSK joins UK government in committing £130mn to tackle growth of antimicrobial resistance

Financial Times du 16 mai

De l’économie de marché. La recherche devenue privée recherche le profit. En conséquence de quoi, elle ne se lance que s’il y a crise. Il est plus rentable de guérir que de prévenir.

Leçon de conduite du changement : le changement est d’autant plus facile que « l’anxiété de survie » est élevée.

Monde quantique

La découverte de la mécanique quantique aurait produit une transformation du monde bien supérieure à la révolution industrielle. Car nous sommes quantiques : il n’y aurait pas de laser, d’électronique, donc de smartphone, d’ordinateur, d’Internet et de numérique, sans mécanique quantique.

Je n’en avais pas conscience.

D’ailleurs, c’est un paradoxe. Car la mécanique quantique nous reste toujours en travers de la gorge. L’émission qui m’a fait écrire ces phrases (la science cqfd, de France culture) faisait entendre Louis Leprince-Ringuet qui disait, d’ailleurs, que ses élèves polytechniciens avaient beaucoup de difficultés avec la mécanique quantique, alors qu’ils n’en avaient pas avec la relativité.

Autre paradoxe : les découvertes ont immédiatement conduit à des applications. Ce qui montre peut-être que nous sommes avant tout pragmatiques.

C’est Einstein qui semble personnifier le mieux le trouble que suscite le quantique. Planck a eu l’idée de proposer une modélisation quantique pour résoudre une énigme. Einstein a pensé qu’il y avait une réalité derrière cette modélisation. Ce qui lui a permis d’expliquer le phénomène photo-électrique. Du coup, il a montré la voie à la physique. (Ce qui ferait de lui le véritable père de la physique quantique. Avec, de surcroit, la découverte de la dualité corpuscule – onde.) Mais, au même moment, il s’est dit que ce qu’il avait trouvé était impossible, sans quoi le monde serait absurde.

Science et patience

AI-powered drug discovery demands investor patience
Machine intelligence is not yet a substitute for the experimentation that underpins understanding of a disease

Financial Times, 12 mai

A côté des messages triomphalistes, exploits isolés montés en épingle, il y a la réalité, qui l’est moins. (Et le FT qui semble avoir un esprit un peu plus critique que celui de sa profession.)

Les désirs du spéculateur ne sont pas des ordres pour la nature… Et l’IA n’a pas encore remplacé le scientifique. Et si le scientifique s’intéressait à l’IA ? S’il essayait de la comprendre, avec ses forces et ses limites ? Et s’il lui apportait son intelligence, et ses travaux venus d’autres disciplines ? Peut-être alors que la recherche médicale, et la recherche en général, y gagnerait ?

Giganto

Découverte, par moi, du gigantopithèque. Un singe immense, qui serait apparu il y aurait 2 millions d’années et aurait disparu il y a environ 200.000 ans. (La science cqfd, de France culture.)

Le plus surprenant est que l’on sait tout cela, et y compris la raison de sa disparition, grâce à quelques dents et mandibules. Et l’on saurait même pourquoi il en reste si peu : c’est la faute des porcs-épics, qui aiment à grignoter des os.

L’homme a une âme de détective !

(Mais s’il est aussi habile dans ses déductions que lorsqu’il s’agit de rendre la justice, on peut être inquiet pour la science…)

Colle qui décolle

La colle serait plus résistante que ce qu’elle colle. Or, on l’utilise de plus en plus, et partout. Or, désormais, nous voulons recycler à tour de bras.

Il y aurait une solution à cette question. Mettre dans la colle des particules de fer. Soumises à un champ magnétique, la colle se décolle. (« Colle réversible ».) Ce qui, accessoirement, pourrait nous permettre de jouer à l’Homme-araignée. Une émission de la BBC (Glued Up).

L’émission ne disait pas comment recycler la colle et son métal. Et s’il n’y aurait pas d’autres façons de procéder qu’une course en avant dans la recherche de solutions technologiques aux problèmes créés par la technique…

Nodules

Je me souviens, il y a très très longtemps (années 70), d’articles de Science et Vie parlant de nodules polymétalliques. Cela nous promettait une révolution.

Il semblerait qu’ont ait été un peu vite en affaires. Les nodules ne sont toujours pas exploités. Mais on y songe. Une émission de La science cqfd de France culture était consacrée à la question.

J’en retire que le nodule n’est peut-être pas le miracle espéré. Il est à de grandes profondeurs, et la qualité des gisements n’est pas facile à estimer.

En revanche, l’exploitation semble promettre d’être un désastre écologique. Le nodule, contrairement à ce que l’on pourrait croire, joue un rôle essentiel dans la vie de la faune et de la flore. L’exploiter consisterait à le faire concasser par des machines à chenille parcourant le fond des océans, puis à trier le résultat sur le pont d’un bateau, avant de rejeter les déchets à la mer, sans que l’on sache trop ce que peut en être la conséquence. Apprentis sorciers ?

Je me suis demandé si l’intérêt de l’entreprise n’était pas de jouer les explorateurs, mais, plutôt, de résoudre des problèmes que lui pose la société. Et si avec tout ce que l’on a déjà extrait du sol, il n’y a pas de quoi construire tout ce dont nous avons besoin. Apprenons la réutilisation.

Ecologie

L’Allemagne aurait inventé le mot « écologie ». Du moins un certain Ernst Haeckel. Cela se serait fait dans la foulée des travaux de Darwin.

Si j’ai bien compris, pour lui, l’homme, comme Dieu, n’est pas en dehors de la nature. Il en est un constituant. Et Dieu est la nature. Dans l’évolution des espèces, l’environnement joue un rôle critique. Et cette évolution est toujours un progrès. (Ecologie, l’origine d’un monde, France culture.)

L’écologie serait-elle intimement liée à la culture allemande et à sa relation particulière à la nature ? Avec aussi ses fâcheuses dérives : Haeckel aurait déduit de ses théories la supériorité de sa race.

Une explication de la force de l’écologie en Allemagne ? De ce « qu’écologie » est intraduisible ? Voilà pourquoi une science est devenue un mouvement politique ?

Mais aussi de l’intérêt de l’esprit critique ? Comme le dit, peut-être involontairement, Haeckel, nos idées sont influencées par notre environnement. Il peut être bon de veiller à démêler l’idéologie de l’expérience réelle.

Le chant du boson

Qui était le professeur Higgs, l’inventeur du boson qui porte son nom ? Une émission de France culture (La science, CQFD).

Un homme discret, qui n’a quasiment publié que l’article qui a fait sa gloire, il y a 60 ans, et qui a été sur le point de se faire éjecter de son université, pour cette raison. (Nous vivons à l’époque du « publish or perish » : une transposition de la logique du marché au monde des sciences.) Heureusement pour lui, il était en odeur de prix Nobel. Et il a eu la chance de vivre assez vieux pour l’obtenir.

Avec lui, on découvre que la physique a changé. Il n’y est plus question que de champs et de particules associées. Le sien donne leur masse aux autres. On apprend aussi que le vide ne l’est pas…

La physique y a gagné en humanité. Dans ma jeunesse elle était dominée par des génies, dont on ne parlait qu’avec stupeur et tremblements, et elle nous promettait de trouver l’équation fondamentale. Désormais, elle s’enfonce dans la complexité, et c’est un travail d’humbles artisans. Et surtout, il est fini le temps où l’on connaissait la nature du monde. Aujourd’hui, on n’a plus que des représentations et elles sont appelées à se transformer radicalement, de temps à autres.

Haroun Tazieff

Une vie, une oeuvre, de France culture : Haroun Tazieff.

Pour moi, il est le souvenir d’une période disparue. Un après guerre de héros. A la fois scientifiques et surhommes. Haroun Tazieff, Paul-Emile Victor, Cousteau… Je me demande toujours si ce n’était pas la dernière tentative que nous faisions de nous croire une grande puissance, et d’oublier l’humiliation d’une guerre honteuse.

L’émission m’a peu appris. Sinon qu’Haroun Tazieff ne fut pas qu’un aventurier. Il a contribué à vérifier la théorie de la dérive des continents, et on lui doit notre politique de grands risques.

Et surtout, dans la poursuite de mon second paragraphe, qu’il affronta Claude Allègre. M.Allègre était un universitaire ambitieux, comme on l’a constaté quelques années plus tard, et il a fini par éliminer un Haroun Tazieff, qui présentait l’inconvénient majeur de le dominer de la tête, des épaules, et des semelles. Le peu que j’ai fréquenté l’université me fait penser que le phénomène fut général. La génération de professeurs compétents a été remplacée par des « politiques » aux faibles capacités scientifiques, les personnes réellement douées pour la science ayant été aspirées par l’entreprise.

Enfance de l’art

L’autre jour j’entendais la BBC dire que le phénomène « El nino » s’arrêtait. Expliquerait-il le réchauffement climatique de cette année ? Il se trouve que l’on nous annonce maintenant un coup de froid venu du pôle. D’après un site de prévision, le mois devrait être « au dessous des normales ».

El nino est-il coupable ? En tous cas, cela rappelle à nos « scientifiques » que « la prévision est difficile, en particulier celle de l’avenir », comme le disait Niels Bohr.

(Un interviewé d’une émission parlant de la vie d’Haroun Tazieff expliquait que les volcans avaient du bon : une éruption peut réduire d’un degré la température du globe…)