J’aide pas mal d’entrepreneurs à lever des fonds. Quand on s’intéresse à cette question, on découvre qu’il y a des gens qui ont beaucoup d’argent, et d’autres qui n’en ont pas. Plus exactement, en quelques décennies il y a eu un grand déplacement de la masse monétaire d’une partie de la population à une autre.
Une fois de plus, je n’ai rien compris. Dans ma jeunesse, les journaux de management disaient tous qu’il fallait sortir l’argent de l’entreprise pour le donner au marché, car il était parfaitement efficace. Cela paraissait ridicule. Mais c’est ce qui s’est passé. Les dirigeants, les fonds d’investissement et quelques investisseurs ont siphonné les entreprises, et procédé à des licenciements massifs.
A cela il faut ajouter l’innovation qui a valu le prix Nobel à Ben Bernanke : la banque centrale américaine s’est mise à injecter de l’argent dans l’économie américaine pour éviter les éclatements de bulles spéculatives. Tout cela est allé dans quelques poches. Poches essentiellement de diplômés de quelques « grandes écoles ». En fait, le « marché », c’était eux !
Un milliardaire aujourd’hui est 10 ou 20 fois plus riche qu’il l’était à la fin des années 90. Le reste de la société n’a pas vu sa fortune bouger. Au pire elle s’est retrouvée au chômage. Il n’y a pas eu d’inflation, parce que l’INSEE évite de mesurer ce type de phénomène. Elle s’intéresse au prix des carottes, mais pas à celui des appartements ou des actions. C’est moins dangereux.
Injustice ? Ou plutôt évolution naturelle des sociétés, forces contre lesquelles on ne peut pas lutter ? En tous cas, il serait intéressant d’inventer une « science des théories » : chercher, à chaque-fois qu’une nouvelle surgit, ce qu’elle annonce, quel intérêt elle sert.