Police scientifique

Il existerait une « Truth police« , une police de la vérité. BBC 4 lui consacrait une émission. Un groupe de personnes, bénévoles, s’est mis à vérifier les articles scientifiques. Il découvre un nombre significatif de cas purement et simplement frauduleux. Les erreurs sont parfois grossières ! N’étant pas entendu des scientifiques, il fait appel à l’opinion publique.

Faut-il se méfier de la science ?

De la vérité comme « commun », et de la « police » comme seul moyen pour la faire respecter ?

Depuis des années, la science a un secret honteux ; la recherche est aux prises avec des réclamations, des cas de fraude, de faute professionnelle et d’incompétence pure et simple. Des données suspectes, des résultats révolutionnaires qui ne peuvent pas être reproduits, des tours de passe-passe statistiques surprenants – la science traverse une crise existentielle.

Le missile de Kant

Apparemment Kant aurait voulu être le Newton de la morale. D’où ses impératifs.

J’ai lu que lorsqu’un pilote militaire est poursuivi par un missile, il doit débrancher sa raison, qui lui dit qu’il est fichu. Il est alors possible qu’il trouve une issue à la situation.

J’ai aussi noté quelque-chose d’approchant lorsque j’écrivais mon premier livre sur le changement. La systémique mathématique, qui m’avait séduit un instant, décrivait le changement a posteriori, et non a priori. Les mathématiques justifient, mais n’expliquent pas. La conduite du changement est une question d’intuition et de technique.

Je me demande s’il n’y a pas là une loi que n’a pas vue Kant.

Zéro covid

L’épidémie de covid est finie. (« WHO says Covid-19 emergency is over », disait le Financial Times, vendredi.)

Pourtant, je me souviens de modèles faits par des autorités des mathématiques, qui nous expliquaient qu’il y aurait une quantité de répliques, comme pour un tremblement de terre.

Autre changement : alors qu’il était interdit de dire que l’épidémie aurait pu résulter d’une fuite d’un laboratoire (théorie du complot !), c’est, maintenant, l’hypothèse qui est la plus généralement retenue.

L’erreur est humaine, mais, peut-être serait-il bon que l’on cherche les raisons de ce qui n’a pas marché dans le passé ? C’est le doute qui fait l’élite, pas l’argument d’autorité ?

Efficacité du marché

Fox News est condamné à une amende de 800m$. 4 ou 5% de sa valeur. Mais son cours de bourse ne bouge pas.

Mes professeurs de MBA m’ont pourtant affirmé, sur tous les tons, que cela n’est pas possible. Le marché est rationnel. La valeur de Fox News devrait baisser de 4 ou 5%.

Bien sûr, on peut aussi dire que le marché avait anticipé l’amende. Il savait mieux que les jurés ce qui était dans leur tête. On peut aussi dire que le marché a anticipé que cette perte serait compensée par un gain équivalent.

A moins, plus simplement, que le marché n’ait pas lu les cours de mes professeurs ?

Rigueur intellectuelle

La BBC annonçait que, en Angleterre, les femmes noires et asiatiques mourraient significativement plus en couche que les femmes blanches. Explication : racisme.

Curieusement, la BBC ne se demandait pas si un pays dont le premier ministre s’appelle Rishi Sunak, où Humza Yusef est le nom du leader du mouvement de libération de l’Ecosse, est fondamentalement raciste.

Et si d’autres facteurs entraient en jeu ? Richesse ? Niveau d’éducation ? Histoire de la famille ? Culture d’une société fondamentalement inégalitaire ?… Pourquoi ne pas comparer les conditions de vie de ceux qui ont un duc parmi leurs ancêtres, avec celles du reste de la population ?

L’analyse de la BBC ressemble fort à un biais de confirmation. On ne trouve que ce que l’on cherche. Et, la façon de formuler une question oriente sa solution. Dommage que la rigueur scientifique ne soit plus enseignée ?

Pensée des cavernes

Carbone 14, de France Culture, se demandait pourquoi l’homme avait eu l’idée de décorer des cavernes. (Emission d’il y a deux semaines.)

Jusqu’ici, on considérait que c’était une question de chamanisme. Seulement, le chamanisme est une invention récente. Une autre possibilité serait le mythe. Apparemment, on peut retracer les mythes originaux, comme on le fait de l’ADN. Et, il se trouve qu’un mythe universel est celui de l’émergence : l’homme et l’animal auraient émergé des entrailles de la terre.

Une théorie à prendre avec prudence ? En tous cas, elle dénonce l’erreur du moment : nous projetons nos conceptions modernes sur le passé. Or nos ancêtres ne pensaient pas comme nous. Et ils n’en étaient pas plus malheureux pour autant.

Karl Popper

Karl Popper, un des plus grands philosophes du XXème siècle, disait In our time de la BBC. (Et que j’aurais pu croiser à Cambridge : nous étions affiliés au même collège.)

Je retiens deux idées : « société ouverte » et « réfutabilité ». La réfutabilité est le plus facile. Une théorie est digne d’être appelée scientifique si elle sait faire des prévisions qui peuvent être testées et constatées fausses.

Ainsi la psychanalyse, étant incapable de faire de prévisions, n’est pas une science. Et les prévisions du Marxisme n’ont pas été vérifiées, cela n’a donc rien de scientifique.

La société fermée est celle qui croit à une sorte de loi d’airain. Elle est déterministe. C’est aussi bien la communauté primitive, avec ses tabous, que celle qui résulte des théories de l’histoire de Marx et de Hegel. C’est encore Platon et sa cité gouvernée par le philosophe (autrement dit la France). La société ouverte est le contraire. C’est la démocratie, par essence.

Comme souvent, il n’y a rien de simple dans cette affaire. Une prévision peut être fausse, sans que la théorie soit en cause : on peut, simplement, s’être trompé dans son raisonnement. Pour Freud, il y a peut-être beaucoup d’aspects farfelus dans ses théories, et chez ses disciples, mais, on a constaté que cela faisait du bien de parler de soi.

Et quant à la démocratie, il est frappant à quel point il est difficile de la maintenir « ouverte ». D’ailleurs tous les philosophes que cite Popper sont des êtres de raison et de lumière…

Migration

Pourquoi les oiseaux migrent-ils ? (In our time, BBC)

Je retiens de l’émission que, comme souvent, on en sait beaucoup moins qu’on ne le croyait précédemment.

En particulier, il semblerait qu’au sein d’une même espèce, tout le monde ne migre pas. Ce serait d’ailleurs plutôt les jeunes que les vieux qui voyageraient. Comme chez les humains, les âgés resteraient dans leur maison de campagne.

Comment font-ils pour trouver leur route ? Ils font appel à des mécanismes extrêmement complexes, et pas encore bien connus.

Ce qui m’a fait penser à Bergson et à la musique. Il remarque qu’une note de musique n’a aucun sens. Que c’est la mélodie qui lui donne une signification. Autrement dit, le temps n’est pas découpable en morceaux. Je me demande s’il n’en est pas de même pour l’espace. Tout est relié à tout ?

Torture animale

J’entendais parler de jeunes gens très brillants qui se sont engagés dans des études sur le cerveau. Pour un inculte tel que moi, leurs travaux sur l’animal ressortissent à des tortures difficilement concevables.

Bien sûr, on dira que l’homme est la mesure de toute chose, et que ces travaux profitent certainement à notre santé. Seulement, même cet argument n’est pas sûr. Car entre l’animal et l’homme, il n’y a qu’un cheveu. Et la tentation est grande de le franchir.

Alors, que faire ? Et si des scientifiques se donnaient pour contrainte de chercher à atteindre les mêmes objectifs que leurs collègues, mais avec d’autres moyens ? Qui sait ? Au moins cela ferait progresser la science.

Ovid

De la vie « d’Ovid » (In our time, BBC 4).

Un auteur apparemment plein d’humour, pour le peu que j’en ai compris.

Mais, ce qui est insupportable est la propension de l’universitaire moderne, surtout anglo-saxon, à juger le passé avec les normes de notre temps. Comme si, soudainement, nous avions découvert la vérité absolue.

Dans ces conditions, Ovid devient sexiste et macho. Il fait l’apologie du viol (des nymphes par les dieux).

Ce qui me semble une hérésie. Tout le travail de l’historien consiste à se défaire de ses biais modernes, pour comprendre les modes de pensée de l’époque qu’il étudie. S’il le fait, il constate qu’il n’y a pas de bien et de mal, mais d’autres règles du jeu que les nôtres. Et que chacun joue avec, en fonction de ses caractéristiques et de sa situation. En particulier, dans les sociétés anciennes, l’homme n’était pas présenté comme fort, mais, au contraire, comme faible. Il était sujet aux passions. Et ces passions étaient généralement malheureuses. Une grande partie de la littérature traite de ce drame.

Adam et Eve. La femme et le pantin.