La Russie en perspective

La Russie fait trembler le monde. Mais qu’est-ce que la Russie ? Un nain économique. Un pays pauvre.

Serait-elle à l’image des « géantes rouges », étoiles en fin de vie qui connaissent une phase d’expansion, avant de se contracter en naine blanche, étoile à neutrons, ou trou noir ?

(Politico.eu, hier : « Russia has an economy roughly the size of Spain’s. It also has three times the population, which means ordinary Russians are poor, and they die early — life expectancy in Russia is staggeringly over a decade shorter than in Spain. Russia’s GDP per capita is now one of the lowest in Europe — below Turkey.« )

Gladiateurs

Les gladiateurs romains ne se battaient pas à armes égales. Il semble qu’il en soit de même des nations. 

M.Poutine a ses tanks, ses hackers, ses mauvais coups, et son gaz, l’Europe a son économie.  

Mais une nation, c’est aussi une culture. La Russie est une dictature, l’Occident un individualisme, plus qu’une démocratie. Or, la force va aux équipes. Depuis les mésaventures de la Grèce ancienne, et celles de la France en 40, on sait que là est à la fois la force et la faiblesse de l’Occident. S’il a conscience d’un danger partagé, l’autonomie de ses acteurs lui donne l’avantage ; sinon, les appétits égoïstes le disloquent. La paix est son pire ennemi ?

Ukraine : tous perdants ?

Le génial M.Poutine a trouvé une arme extraordinaire : le gaz, la vache à lait de son Etat ! Et il a réussi. Il freine efficacement la croissance de l’Europe. Demain une crise ? La guerre ukrainienne fait deux victimes : l’UE et la Russie. Le reste du monde va très bien. Merci. 

Or, M.Poutine dirige un empire comprenant des dizaines d’ethnies dont certaines, comme les Tchétchènes, ne restent pas en place. Or, que pèsent 140 millions de Russes, et encore pas tous slaves, face à un milliard et demi de Chinois ? Un temps les Russes ont dit qu’ils étaient « asiatiques ». Je doute qu’ils soient vus ainsi par les vrais Asiatiques.

Quel est l’intérêt de la Russie à affaiblir l’Europe, son meilleur client. Surtout celui qui pourrait, si elle était aussi habile que les Chinois, lui apporter ce qui manque le plus à son peuple : la prospérité ? 

Paradoxe du changement, et des familles : alors que, dans son intérêt à long terme bien compris, on doit coopérer, pour des raisons, à court terme, incompréhensibles tellement elles sont minables, on s’affronte.

(Suscité par deux émissions de France Culture, l’une sur la crise gazière, l’autre sur le concept de frontière dans la culture russe.)

Le Maître et Marguerite de Boulgakov

Chef d’oeuvre de Bougakov, dit-on. De quoi s’agit-il ? 

De deux histoires entremêlées. Le drame de Ponce Pilate est dans l’une, et les farces du diable à Moscou sont dans l’autre. Et c’est peut-être, dans les deux, l’histoire de Boulgakov. 

Car ce que fait le diable, agent des basses oeuvres de Dieu, c’est de venger Boulgakov de ceux qui ont rendu sa vie misérable, l’intelligentsia moscovite, et de lui apporter la paix. Le Maître, écrivain malheureux, c’est lui, et Marguerite, réincarnation de la reine Margot d’Alexandre Dumas, c’est sa dernière femme. 

Le plus surprenant, c’est l’Union soviétique, sous Staline, dans les années 30. Elle n’a rien à voir avec ce que l’on nous en a dit. Elle ressemble à la Vienne de la fin du 19ème siècle. Elle est prospère et cultivée. On y emploie du personnel de maison. Seulement, petit à petit, on remarque que l’on s’y appelle « citoyen », comme après la Révolution française. Puis qu’elle n’est que calomnie, envie et délation. Chacun n’a qu’un mot à la bouche : « appeler la milice ». Milice qui est, d’ailleurs, fort honnête. 

Boulgakov a écrit sur Molière. A-t-il pensé être le Molière russe ? Corriger les moeurs par le rire ? Et qui est ce Ponce Pilate qui a de la sympathie pour Jésus, mais est contraint par son devoir, les usages et le peuple, de le condamner ? Staline ? Avec Boulgakov en Maître mais aussi en Jésus ? 

Les Chinois à Moscou

M.Poutine a-t-il envisagé les risques que lui fait courir sa politique belliqueuse ? Coût de troupes d’occupation, sanctions, et surtout amitié chinoise. 

Car l’ennemi de mon ennemi est-il mon ami ? La Russie est tout le contraire de la Chine : un territoire immense, une faible population, des ressources naturelles, une économie ridicule. 

La BBC disait que les Russes apprenaient le chinois. Sage décision ? 

Du plomb dans la supply chain

Les entreprises qui font des affaires avec la Russie s’interrogent. En particulier les banques. C’est ce que je lisais récemment parmi les titres du Financial Times. (« Banks betting on Russia face a new test of their appetite« .)

L’Ukraine est un coup de semonce. La Russie est un pays avec lequel il est risqué de faire des affaires. Mais c’est aussi vrai de la Chine : imaginons qu’elle attaque Taiwan… 

La « supply chain » a été le coeur ignoré de l’ordre mondial de ces dernières décennies. C’est elle qui a rendu possible la mondialisation. Or, ce géant avait des pieds d’argile. Le coronavirus l’a révélé. Mais on n’a pas voulu le croire, car il est plus aisé de se bercer d’illusions que d’effectuer un changement. 

Il serait maintenant sage de prendre les mesures qui s’imposent ?

L'art de la communication

Guerre en Ukraine. On lit qu’elle est imminente, et que M. Poutine cherche à installer une marionnette au pouvoir. On lit aussi, en ce qui concerne la Russie et la Chine, que l’Allemagne dit une chose et en fait une autre. 

Généralement, la communication gouvernementale se résume à « nous connaissons la seule bonne solution, dormez bien, tout doute serait criminel ». Dans ce cas, c’est tout le contraire. Heureux précédent ?

Vladimir le terrible

Faut-il avoir peur de M.Poutine ? 

Certainement. Son pouvoir de nuisance est sa raison d’être. 

La Russie ressemble à la France de De Gaulle : elle n’a pas fait le deuil de sa gloire et de son empire. M.Poutine veut que le monde considère son pays comme une grande puissance. Le seul moyen d’atteindre son objectif est de faire peur. Pour cela, il a les moyens de se battre, alors que ses anciens ennemis n’en ont plus envie. Pire : ils le prennent pour un clown.  

A cela s’ajoute une vieille tradition russe : « l’impérialisme défensif » (voir ici). L’empire russe s’étend parce qu’il se croit menacé. Il envahit donc ses voisins pour, à chaque fois, en découvrir de nouveaux, encore plus menaçants. (Ce qui explique, peut-être, pourquoi il fut un pionnier de la conquête de l’espace ?) 

Combattive Europe ?

L’UE serait-elle une proie ? L’Angleterre ne veut pas appliquer les accords du Brexit, qu’elle a signés, la Pologne, entrée dans l’UE à l’initiative de l’Angleterre, ne veut pas appliquer les lois de l’Union qu’elle a acceptées, la Russie lui coupe le gaz, pour lui imposer un contrat dont elle ne veut pas, la Turquie joue au chantage au migrant… 

Rien de cela n’arriverait à un Etat fort. Serait-il temps de réagir ? 

Martyre et dirigisme

Sans surprise, le principal opposant à M.Poutine a été empoisonné.

Etrange qu’un régime de terreur ne soit pas capable de museler l’opposition. Je me souviens d’avoir lu l’histoire d’une révolte en Chine, par exemple, durant laquelle des femmes avaient manifesté contre le sort fait à leurs maris. Ce qui leur avait valu, plus ou moins, d’être coupées en morceaux.

La peur impose le silence à beaucoup, mais le sentiment d’injustice, à l’envers, fait oublier tout intérêt égoïste. En particulier en Russie, et ce depuis la nuit des temps. Trait culturel ?