Un train peut en cacher un autre

Règlement de compte en Russie ? Le propriétaire de la milice privée Wagner ne chercherait-il pas à remplacer l’armée et à prendre la pouvoir, comme le firent les SA de Hitler ? M.Poutine va-t-il avoir recours aux méthodes de ce dernier, dans les mêmes circonstances ? (Article.)

Peut-être ne faudrait-il pas se préoccuper que d’arrêter les chars russes, mais se demander que faire de la Russie ?

Faut-il chercher à l’empêcher définitivement de nuire, ou doit-on penser qu’elle est nécessaire à l’équilibre mondial ? Et qu’elle finira bien, comme la France et l’Allemagne, par se civiliser ?

Iran

Christine Ockrent (Affaires étrangères, France Culture, samedi dernier), interrogeait ses invités sur la situation iranienne. Je retiens :

Comme dit dans un précédent billet, le mécontentement semble massif.

L’Iran aurait parié sur l’effondrement de l’UE. Il aurait attendu d’être en position de force pour discuter avec elle. Cela ressemble à la stratégie que je prête aux Russes : on ménage les forts (les USA), on frappe les faibles (l’UE).

Scénario coréen ? Ce type de régime est-il attiré vers une stratégie de la terreur nucléaire ?

Comme pour la Russie, l’Occident aurait peur d’une dislocation de l’Iran. Il fait tout pour l’éviter. Ce qui est étrange, car il n’a eu aucun souci de la dislocation de l’Iraq ou de l’Afghanistan. En tous cas, sachant cela, les Iraniens et Russes peuvent tout se permettre.

Et l’intellectuel occidental ? Il ne s’inquiète plus des droits de l’homme de dictatures à poigne de fer, sa critique porte sur le Qatar et son propre pays. Comme le Russe ou l’Iranien, l’intellectuel ne s’en prend qu’à ce qui est sans danger ?

(Un article revient sur la stratégie de prise d’otage occidental du gouvernement iranien et se demande si l’obsession du nucléaire iranien et d’une déstabilisation du régime par les « modérés » n’était pas un piège tendu par le régime iranien à l’Europe. Et s’il ne serait pas plus judicieux de jouer sur les aspirations légitimes du peuple iranien.)

Air de la taïga

« L’auteure nous fait comprendre comment le pouvoir a été conquis par une partie de l’ancien KGB, devenu FSB, dont Poutine a été le représentant et, surtout, comment une dictature d’un nouveau type s’est établie, en utilisant les ressources du capitalisme pour se l’approprier, à des fins personnelles le plus souvent, mais, également, avec l’ambition de reconstituer la puissance russe ébranlée par la chute de l’URSS. » (Résumé d’une enquête concernant M.Poutine.)

Un livre de plus qui nous explique que la guerre en Ukraine est le résultat d’une manoeuvre quasi militaire, méticuleusement planifiée, ayant pour but d’éliminer la démocratie, donc nous.

Qu’est-ce qui a fait de nos dirigeants des « mangeurs de vent », selon l’expression de B.Cyrulnik ? Quel est le fantasme que M.Poutine a caressé dans le sens du poil ?, si l’on en croit sa théorie ?

Comment ne pas être un mangeur de vent ?

Faut-il croire M.Poutine ?

Faut-il croire M.Poutine ? se demandaient, à peu près en même temps, la BBC et Alain Finkielkraut.

L’Occident a-t-il trahi la parole donnée à M.Gorbatchev ? M.Gorbatchev avait explicitement approuvé la possibilité d’extension de l’OTAN. Cela tenait à ce qu’il avait besoin d’argent pour son pays et était prêt à faire des gestes de bonne volonté. Ce qui m’a rappelé, effectivement, de très vieux souvenirs. On se demandait, à l’époque, si l’Allemagne devait être dans l’OTAN, puisqu’elle contenait désormais la RDA. Je crois me rappeler qu’une partie de l’opinion de l’Ouest n’avait rien contre une Allemagne neutre.

En fait, il ressort de ces émissions et d’autres que M.Poutine est un esprit fruste, modelé par le KGB, mais frustré de ne pas avoir appartenu à son élite. Il veut reconstituer l’URSS. En conséquence de quoi, il doit reconquérir une partie de l’Union Européenne. Et il l’a dit explicitement, il y a quelques années, en menaçant l’Ouest d’une guerre nucléaire si celui-ci n’obtempérait pas. Dans ce plan, l’Ukraine comptait peu. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle résiste. M.Poutine est la réincarnation de Picrochole.

L’émission d’A.Finkielkraut revenait sur la question de la solidité de l’empire russe. Lors de l’effondrement de l’URSS, l’Occident a tout fait pour qu’il ne se disloque pas. Car il pourrait se transformer, comme après la révolution russe, en une collection de royaumes de chefs de guerre. Cette fois-ci armés de la bombe atomique. Une invitée se demandait s’il n’aurait pas mieux valu les laisser s’entre-déchirer. (Ce qui enchanterait une Chine qui a horreur du vide, me suis-je dit.)

Le plus curieux est, peut-être, pourquoi nous posons-nous ces questions ? Pourquoi se demander si quelqu’un qui parle de « dénazification » et cherche à asservir un peuple peut avoir la moindre justification ?

La Grèce sauve l’Europe ?

La campagne de Grèce, par wikipedia. Seconde guerre mondiale, la Grèce défait l’Italie, ce qui amène l’Allemagne à intervenir. Ce qui mécontente l’URSS, la Grèce étant sa chasse gardée. Les prémisses du divorce ?

« La bataille de Grèce est considérée par certains historiens comme décisive dans le cours de la Seconde Guerre mondiale car l’invasion de la Grèce a sans doute rendu impossible un accord entre Hitler et Staline à propos de leurs sphères d’influence respectives. »

Après guerre on disait que l’URSS avait gagné la guerre. Mais elle avait plusieurs façons de la gagner. Et si elle n’avait pas commencé par s’allier à l’Allemagne, aurait-elle eu lieu ? Ou aurait-elle autant duré ? D’ailleurs, la France aurait-elle été vaincue ? Puisqu’en 14, c’est grâce à la Russie que la France a pu encaisser l’attaque allemande et se relever de sa traditionnelle absence de préparation.

Méfions-nous de nos illusions ?

La Russie mobilise

M.Poutine mobilise ses réservistes, lisais-je. 

Je lis aussi que les marges de la Russie s’agitent. L’armée russe n’est plus là pour les calmer. Ou, autre explication vue : on doute désormais de sa puissance.

On parle aussi, de plus en plus, en la prenant au sérieux, d’une guerre nucléaire. 

Leçon de changement ? Si l’on veut espérer une amélioration, il faut passer par une dégradation, voire risquer le désastre ? Car, si l’on en juge par le passé, le seul moyen de faire bouger le gouvernement russe (contrairement à ce que semble penser notre gouvernement) est que son peuple s’émeuve de la mort de ses enfants… 

(PS. Après avoir écrit cet article, j’entends dire que les réservistes russes font tout pour éviter le rappel.)

Ukraine : la guerre sans fin ?

Depuis quelques temps, on entend que la Russie manque de composants pour son armement. 

Affaires étrangères de Christine Ockrent (le 3 septembre) disait aussi que l’Occident donne à l’Ukraine assez d’armes pour empêcher les Russes de prendre l’avantage, mais pas assez pour lui infliger une défaite. 

Volontairement ou involontairement, l’Occident cherche-t-il à ce que ce soit une guerre sans fin ? Que la Russie soit prise dans un piège systémique : que les peuples frontaliers qu’elle cherche à déstabiliser pour créer un rempart avec le monde, soient des sources permanentes d’instabilité la maintenant en état végétatif ?

Les paradoxes de l'aide

On dit de l’aide aux pays pauvres, que ce sont les pauvres des pays riches qui donnent aux riches des pays pauvres. 

Toujours est-il que je lisais que cette aide n’a pas l’effet escompté. L’Afrique adore M.Poutine, mais pas du tout l’UE, en dépit de toute l’aide qu’elle lui apporte. 

Comment s’expliquer ce paradoxe ? 

La Chine et la Russie sont des impérialistes sans complexes. Avec elles, tout est une question de rapport de forces. 

L’Occident, lui, aimerait tant être aimé. Il donne de l’argent pour cela. C’est un dû. Pourquoi lui en serait-on reconnaissant ? 

(Une hypothèse qui n’est pas si fantaisiste que cela : on dit que, quand l’Occident a apporté la médecine aux pays colonisés, leurs citoyens, qui n’avaient rien demandé, estimaient qu’ils devaient être payés pour faire plaisir aux médecins, et prendre leurs médicaments.)

L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera

Milan Kundera, suite. Livre lu il y a 40 ans, et oublié. De même que le film qui en a été tiré. 

Légèreté, vraiment ? Pas autant que dans les deux autres livres que j’ai commentés. Avec l’âge, Milan Kundera prend du poids ? C’est plus sombre, plus savant, plus construit, moins spontané ? Désespéré ?

Il y est toujours question de sexualité débridée, les personnages font toujours la ronde, ils ne se comprennent toujours pas, leurs décisions sont toujours aussi peu rationnelles, ils sont toujours autant dirigés par l’influence inconsciente de traumatismes venus de leur passé. La vie est toujours aussi absurde, « insoutenablement légère ». 

La Tchécoslovaquie est sous la botte soviétique. Pour autant, tant que l’on se tient à sa place, on n’a rien à craindre. Et, quoi qu’il arrive, on a un travail. D’ailleurs, paradoxalement, il reste un peu de lourdeur dans cette vie : un métier que l’on fait par vocation. On est mieux sans. Et la légèreté a du bon. 

Malheureusement ils sont bien peu qui peuvent la soutenir. Ce livre est à charge. Une attaque contre ce qui nie la légèreté de l’être : le kitch. La faute de l’URSS, c’est le « kitch ». Le « réalisme soviétique » est la négation de la réalité. Car la réalité est la complexité du monde, qui se manifeste par sa « légèreté ». Le kitch est la croyance simpliste, qui ne « désespère pas Billancourt », comme aurait dit Sartre. C’est aussi la faute des USA, qui opposent à un monde contre nature, un autre monde contre nature. Le kitch est, probablement, aussi, le mal de notre temps, avec ses certitudes risibles, son moralisme étouffant et sa « cancel culture ». 

Et, effectivement, tout finit très mal : les personnages parviennent à se comprendre. 

La fin de l'Occident ?

M.Poutine a certainement compris qu’il pouvait détruire l’Occident. Et que son point faible était l’UE. Non seulement il y a bien peu en commun entre la Hongrie et la Pologne, d’un côté, et la France et l’Allemagne, de l’autre, mais ses nations, elles-mêmes, sont divisées. Et que dire de la Grande Bretagne, parasite de l’UE ?

Surtout, l’Occident a donné au reste du monde la corde pour se pendre. Non seulement, il lui a apporté sa technologie, mais encore, il l’a abreuvé de l’auto-détestation qu’il a pour lui même. Avec un grand paradoxe : les valeurs des intellectuels qui portent cette auto-détestation révulsent les non Occidentaux ! 

La faiblesse de l’Occident, c’est son principe : l’individualisme. Il produit le chacun pour soi. Et son arme d’auto-destruction massive, c’est l’inflation, car elle fait exploser la société entre « profiteurs » et « victimes ». 

Au fond on a ici un exemple de la théorie de Hegel du changement comme dialectique. L’Occident a suivi ses principes jusqu’à l’absurde, la thèse a mené à l’anti thèse. Il doit maintenant se transformer, ou périr. 

Il est heureux que MM.Xi Jinping et Poutine n’aient pas plus attendu pour abattre leurs cartes.