Sarkozy et les salaires

Un extrait, entendu sur France Culture, des propos qu’a tenus N.Sarkozy hier soir. Si je comprends bien il justifie le salaire de H.Proglio par le fait que, comme Bill Gates, il crée des emplois. L’alternative est « l’Union soviétique ». Par contre, il trouve honteux le salaire des joueurs de football. Intéressante question théorique :

  • M.Sarkozy s’arrête-il aux footballers, aux sportifs, aux artistes… ? Quid des héritiers ? Et de sa belle famille ?
  • Confusions. Bill Gates est un entrepreneur, il a créé son entreprise ; Henri Proglio est un manager professionnel, un gestionnaire. De même la France de De Gaulle n’était pas l’Union soviétique et pourtant elle ne rémunérait pas autant que la nôtre ses P-DG.
  • Si la création d’emplois fixe la rémunération du dirigeant, comment expliquer que depuis que nous payons cher nos dirigeants l’emploi ne progresse pas en France, au contraire ? D’ailleurs, un footballer ne crée-t-il pas des emplois ? Le B A BA du marketing c’est le leader d’opinion : le bon sportif qui porte les couleurs d’une entreprise fait vendre. Et, contrairement au P-DG, il ne restera pas longtemps en place s’il n’est pas en permanence au sommet de sa forme, ou même de la morale, comme l’a démontré le malheur récent de Tiger Woods.

Compléments :

  • La théorie économique classique justifie le revenu de l’entrepreneur (plutôt que du manager) par le fait qu’il joue le rôle d’assurance pour son entreprise.
  • L’inflation récente du salaire de la classe financière (manager, banquier…) semble expliquée par la théorie de la « capture » : une partie de la population à utilisé sa position sociale pour servir ses intérêts personnels (cf. les oligarques).

Résoudre la question russe

L’imprévisible Russie, dont la classe dirigeante semble avoir besoin d’ennemis, paraît poser une bien difficile question à l’Europe. Un article apporte une solution inattendue :

Il existerait une haine féroce entre l’Allemagne, la Pologne et la Russie, résultat de l’histoire.

Jusque-là, ce que faisaient les uns et les autres alimentait le feu en huile.

Mais le nouveau gouvernement de Donald Tusk prend à rebours la politique précédente. La Pologne chercherait à établir de saines relations avec la Russie. Pour cela, elle aurait besoin de l’aide de l’Allemagne, de ce fait préférant un ancrage européen à son amitié initiale pour l’Amérique. Si le mouvement réussit, non seulement Pologne et Allemagne pourraient connaître, dit l’article, une réconciliation semblable à celles de la France et de l’Allemagne, mais l’Europe pourrait trouver le moyen de vivre en bonne intelligence avec la Russie.

Ce scénario peut-il se réaliser ? En tout cas, la manœuvre semble étonnamment élégante, et susceptible de réussir d’une pierre de multiples coups.

La retraite de M.Sarkozy

France culture : interview de Francis Brochet qui vient de publier un livre sur M.Sarkozy.

Il dit que M.Sarkozy et Mmes Parisot et Royal sont les agents d’une « rupture ». Quelle rupture ? D’après une enquête ultérieure, ce serait la victoire de l’individualisme et du libre échange. La dissolution de l’état.

Plus curieux : M.Sarkozy ne serait pas candidat aux prochaines élections. Il rêve de s’enrichir immensément, et de remplir d’admiration sa compagne.

Qu’envisagerait-il ? Le modèle du président américain qui après une ou deux élections exploite sa notoriété pour faire fortune ? Ou celui, bien plus efficace, de l’oligarque russe, qui détache une partie de l’état à son profit ?

Le déclin de l’Occident

La Chine, l’Iran, la Russie sont enchantés : leur heure est arrivée, l’Occident est à son crépuscule. C’est lui-même qui le dit.

Oui, mais il le dit depuis plusieurs millénaires, remarque Thérèse Delpech.

Et si cette sorte de dépression chronique, à laquelle seule semble échapper l’Amérique, était simplement un mécanisme de remise en cause, qui permet de voir la prochaine catastrophe avant qu’elle arrive, et de la prévenir ?

Nous sommes des êtres du déclin et du gouffre qui ont soif de renaissance et de salut.

Compléments :

  • Curieusement cet article reprend ce que les psychologues disent des vertus de la dépression, et des dangers de l’optimisme militant américain : Stress américain.
  • Cette théorie pourrait enfin rendre sympathiques nos intellectuels : leur rôle social est de créer une saine dépression ? Triste radio.

L’Est après le mur

L’Europe de l’Est, vingt ans après, par Jacques Rupnik :

  1. L’Europe centrale a « trouvé son ancrage dans l’Union Européenne », mais sa vie politique s’est vite essoufflée. Les dissidents, champions de la démocratie, ont été éliminés par les ex communistes qui disposaient d’appareils politiques mieux organisés (et du soutien d’une population pas si inadaptée qu’on le pensait au communisme ?). « Les réseaux hérités du passé sont corrompus et basés sur le contournement de la loi et des institutions. Ils sapent la confiance dans l’État de droit et sont un ingrédient majeur du désenchantement démocratique à l’arrière plan des commémorations de 1989. »
  2. Les Balkans, « sous protectorat », ne peuvent construire de démocratie faute de limites nationales claires. « Des nationalistes devenus « eurocompatibles » » seraient le seul espoir de stabilité.
  3. La périphérie de l’URSS, en révolte contre un « mélange de régime autoritaire et de capitalisme mafieux », est malmenée par une Russie « en transition vers l’autocratie ».

Les pays de l’est sont « désenchantés », en un temps record, ils ont épuisé leurs illusions : démocratie, économie de marché libérale, Europe.

En Europe, comme à la roulette, rien ne va plus…

Compléments :

  • Dans le fil du billet précédent, un témoignage des naïves illusions américaines, qui ont guidé le monde dans les dernières décennies, réformé les pays de l’est, et dont M.Sarkozy ne semble pas avoir fait le deuil. Larry Summers, actuel conseiller de M.Obama, déclarait alors :

Répandez cette vérité : les lois de l’économie sont comme celles de l’ingénierie. Un même type de lois marche partout.

Nationalisme et globalisation

Je n’avais pas aperçu tout ce que signifiait un président fort pour l’Europe. Le président est le représentant des nations. Sa force peut signifier une Europe des nations (le modèle anglais). Europe fédérale, sinon. (Blair’s unbalancing act.)

Ces derniers siècles ont vu s’affronter deux idées concurrentes de la construction des états. D’un côté l’Europe continentale a bâti des nations par une sorte de nettoyage ethnique, en éliminant par la force ou l’école les identités locales (Bretons, Basques…).

L’Angleterre et les USA furent moins brutaux, au moins en théorie, ils ont cherché à bâtir des nébuleuses de nations (comme dans le tournoi du même nom), un Commonwealth… Ce qui fédérait tout cela, c’était moins des valeurs fortes qu’un intérêt commun pour le commerce. C’était la « globalisation ».

En ce 11 novembre, la question suivante se pose à moi. Les nations et les particularismes reviennent au galop, la Chine, la Russie et quelques autres ne semblent voir qu’un nationalisme rigide comme unique solution à leurs antagonismes internes, la France veut redécouvrir son « identité nationale »… les mêmes causes ne vont-elles pas produire les mêmes effets ? L’idéal anglo-saxon n’est-il pas supérieur au nôtre ?

Certes, mais pratiquement il ne vaut pas mieux. La globalisation n’évite pas les conflits, l’attrait du commerce et de l’argent ne pacifie, probablement, que ceux qui ont été culturellement préparés à y succomber. D’ailleurs les Indiens d’Amérique l’ont trouvé mortellement peu inspirant.

Devons-nous inventer une troisième voie ? Une sorte de culture mondiale « light », comme le libéralisme économique anglo-saxon mais sans son obsession commerçante et matérialiste, qui oriente les cultures locales dans une même direction, et désamorce le nationalisme, et plus généralement la tendance à l’hostilité que ressent le groupe à l’endroit du reste du monde ?

Compléments :

  • Nationalisme contre droits de l’homme en Chine : Chine fragile.
  • D’après J.S.Mill, le modèle fédéral américain ou suisse serait plus solide que le modèle de nations anglais, parce qu’il ne reposerait pas sur les nations (états), mais directement sur l’individu. Faut-il un fédéralisme mondial ? En tout cas, s’il arrivait à fonctionner en Russie ou en Chine, il éviterait bien des tensions et la nécessité d’hommes forts et dangereux à leur tête.

Protestants

Pour Bsa ce que je dis du nouvel ordre mondial qu’a voulu imposer l’Amérique semble résulter de la pensée protestante.

Ce qui m’a fait penser à Tawney qui voyait le protestantisme, ou au moins ses tendances anglo-saxonnes, comme une adaptation du Christianisme par les classes commerçantes. Alors qu’il refusait leurs valeurs (par exemple l’emprunt à intérêt), d’une certaine manière ils ont construit une religion qui reconnaissait l’évident : que leur succès était d’essence divine.

Il semble qu’il existe une population de personnes, bien représentée dans l’élite anglo-saxonne, qui possède l’absolue certitude d’avoir raison, ou, de manière équivalente, que le monde appartient au plus fort. Tout, alors, n’est que moyen d’imposer son point de vue : religion, science…

On comprend que cette population ait eu en sainte horreur l’Église catholique et continue à en conserver un souvenir inquiet. Car l’Église a l’ambition d’asservir les âmes. Du pape au prêtre la vocation des hommes d’Église est de dire au fidèle ce qu’il doit penser. Contrôle par l’homme de l’âme de l’homme. Et l’Église a été une pieuvre : les nations qu’elle conquérait se liguaient pour en convertir de nouvelles. C’est pour cela que les Russes en ont toujours eu une peur bleue.

Compléments :

In other words, models succeed because they meet the needs of real human beings, and VaR was just what they needed during the boom. And we should assume that a profit-seeking financial sector will continue to invent models that further the objectives of the individuals and institutions that use them. The implication is that regulators need to resist the group think of large financial institutions. If everyone involved is using the same roadmap of risks, we will all drive off the cliff again together.

Turcs et Arméniens

J’écoutais tout à l’heure une discussion sur le massacre des Arméniens par les Turcs. La cause semble en être la « modernisation » de la Turquie, ou peut-être son occidentalisation.

  • Au milieu du 19ème siècle, elle décrète l’égalité de tous. Ce qui ne plaît guère à la majorité turque, qui voyait jusque-là les Arméniens comme de sympathiques inférieurs. D’autant plus que les Arméniens, étant commerçants ou artisans, acquièrent, du coup, une forme de supériorité par leur richesse.
  • Deuxième épisode, qui conduit au massacre et au déplacement de population (juste avant la première guerre) : le nationalisme. Être moderne c’est construire une nation, et nation, si on lit correctement l’histoire de l’Occident, c’est un peuple homogène. Donc il faut se débarrasser de tout ce qui refuse cette homogénéisation.
  • Troisième épisode. Les Turcs, probablement avec un fond de raison, ont estimé que la question arménienne était utilisée par l’Occident et la Russie pour démembrer leur pays. Pas question d’affirmer une quelconque responsabilité dans ces conditions.

Probable nouvel exemple d’enfer pavé de bonnes intentions, de danger de l’application d’une idéologie bien pensante dont on ne mesure pas les conséquences. Bref, le changement tel qu’on le pratique partout, à commencer par l’entreprise.

Peut être aussi nouvel exemple de notre perfidie, ou de notre schizophrénie. C’est parce qu’elle a appliqué nos valeurs que nous rejetons la Turquie au nom de leurs conséquences.

Bouclier antimissiles et autarcie américaine

Selon la radio, B.Obama renonce au « bouclier antimissile » de M.Bush. Le bouclier inquiétait les Russes, B.Obama aurait obtenu une concession en échange de son oubli (une attitude moins amicale de la Russie vis-à-vis de l’Iran ?).

L’Europe de l’Est est inquiète, et se sent trahie (End of an affair?). Et je me demande si B.Obama n’organise pas un repli de l’Amérique vers son territoire, et l’abandon corrélatif de ses amis. Les commentateurs des dernières élections japonaises ne disaient-ils pas que les Japonais doutaient du soutien militaire américain, ce qui les jetait dans les bras de la Chine ? Lors de son passage en Europe B.Obama ne nous a-t-il pas reproché de ne pas prendre en main notre défense ?

Voici un scénario pour dirigeant européen : que signifierait un retrait américain ? Que faire dans ces conditions ?

Compléments :