La Grande Bretagne, propriété russe ?

Le FT titrait, il y a quelques jours : « L’ingérence russe au Royaume-Uni est la «nouvelle normalité» »

« Le rapport du Comité du renseignement et de la sécurité conclut que les gouvernements successifs ont «accueilli les oligarques et leur argent à bras ouverts, leur fournissant un moyen de recycler les financements illicites via la laverie automatique de Londres et des connexions aux plus hauts niveaux, de l’économie et la politique » ».

L’Angleterre a toujours été un pavillon de complaisance pour les grandes fortunes ? Une conscience à acheter par le plus offrant ? Décidément, elle était incompatible avec l’UE ?

(Le sujet n’est pas neuf : un billet de 2012 qui en parle.)

Under Western Eyes

Un Anglais se trouve mêlé à la vie des conspirateurs russes, à Genève. On est au début du 20ème siècle.

Il constate que l’âme russe est totalement impénétrable à l’oeil occidental. Ce qui vaut au livre son titre.

Un petit nombre de personnages, très typés, une histoire simple, quelques scènes, un des grands romans de Joseph Konrad.

Voyage au Caucase d'Alexandre Dumas

« Nous commencions à rentrer en pays civilisé ; les voleurs, chassés des grandes routes, s’étaient faits aubergistes. »

Phrase courte, humour fou, joie de vivre. Ce livre, c’est « aventures au Caucase ». Venu de Russie, Alexandre Dumas visite le pays. Comme aujourd’hui, les Russes y affrontent les peuples locaux. On y coupe des têtes et des mains, par dizaines, et l’enlèvement est usage culturel. Précédé par la réputation, extraordinaire, de son oeuvre, Alexandre Dumas est reçu comme une énorme célébrité. Sans compter que la haute société, au moins les femmes, parle français. Mais, entre deux séjours princiers, il doit affronter le froid, la neige, la boue, les loups, les auberges crasseuses, et se garder des brigands qui infestent le pays. On le découvre en ogre, aventurier, grand chasseur, grand cuisinier, excessivement généreux, gros travailleur (il écrit son livre au cours du voyage en plus d’au moins un roman), curieux de tout et extraordinaire conteur d’histoires. Il s’adapte partout où il passe, et semble même avoir les talents du polyglotte. Chose unique pour un Français, il a le don de se faire aimer.

(L’introduction du livre précise, ce qu’il ne dit pas, qu’il a laissé une descendance cosaque.)

Logique russe

Un ancien espion russe, sur la Russie : du PC, de l’armée et de l’espionnage, il ne reste plus que ce dernier. La classe dirigeante russe est presque exclusivement liée au service de renseignement (l’ENA locale ?). Et elle pense que, quand on est craint, on existe… Voilà qui est simple.

(Une émission de France Culture.)

Dostoïevski

Je me renseigne sur Dostoïevski. Il y en aurait deux :

  • L’un est ivre d’absolu. Il aime le Tsar. Il est religieux. C’est un conservateur. Il semble être à l’origine d’une idée à laquelle ont cru les Russes du 19ème siècle : « Ses dernières années restent marquées par des discours enflammés sur l’âme et le peuple russes ainsi que sur la supériorité du « génie russe » sur les autres nations. Il attribue un rôle messianique au peuple russe, seul peuple capable de comprendre tous les autres et d’avoir ses spécificités nationales. Selon lui, le peuple russe a pour mission d’apporter le bonheur à l’humanité. » (wikipedia)
  • L’autre est celui des romans, où des personnages s’affrontent, chacun porte-parole d’opinions marquant la société de l’époque, sans que l’on ne sache à qui l’auteur accorde ses faveurs. 

Souvenirs de la maison des morts

Dostoïevski est condamné au bagne, en Sibérie. Il en rapporte une étude anthropologique.

Le bagne ressemble au service militaire : toutes les classes de la population s’y côtoient. Ce qui permet à l’intellectuel de confronter ses théories sur le bien des peuples, pour lesquelles il est enfermé, à la réalité. Et de constater que le peuple n’en a rien à faire, et le méprise parce que, privé de ses privilèges, il est un faible. Il découvre aussi que l’homme s’habitue à tout. Quant aux vertus de l’enfermement, on peut en douter. Elles semblent au contraire tremper les caractères et les renforcer dans la certitude d’être des justes. D’ailleurs enferme-t-on réellement des criminels ? Les détenus semblent des gens hors du commun. S’ils ont tué, c’est la plupart du temps sur un coup de sang, ou par sens de l’honneur.

Dostoïevski est revenu du bagne convaincu de la grandeur de la Russie et de ses valeurs éternelles. Comme le service militaire, le bagne aurait-il quelque-chose de culturel ? Les voies de Staline ou du Tsar sont impénétrables. Le Goulag est un accident de la vie russe, normal, voire utile ?

Mémoires d'un chasseur

Voici un livre subversif. Ce que je n’avais pas compris la première fois que je l’ai lu. D’ailleurs, il ne m’avait laissé aucun souvenir. Il m’était apparu comme une habituelle et rassurante histoire du peuple russe éternel.

Mais le chasse n’est pas qu’un massacre. C’est aussi l’occasion de se promener dans la nature. On y rencontrer le petit peuple. Et on découvre qu’il est fait d’êtres humains. Et peut-être même des seuls êtres humains qui peuplent la terre. Car, que ceux qui les dirigent, et les méprisent, sont  ridicules !

Phénomène étrange, quand on y réfléchit bien. Depuis, la société a-t-elle beaucoup évolué ?

L'homme pris au piège

Léon Chestov est un philosophe estimé. J’ai pensé que ce petit livre serait une introduction facile à son oeuvre. En fait, il est plutôt à l’image de la Russie du début du 20ème siècle. Son complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Europe virait à une supériorité touchante. Elle avait désormais une littérature. Elle était certaine que l’Occident avait les yeux tournés vers elle. Elle avait une mission :

Et après Pouchkine, à son exemple, toute la littérature russe depuis le début de ce siècle jusqu’à nos jours a conservé et conserve la devise : enseigner aux hommes l’humanité.

La haute société russe était occupée à commenter ce miracle en marche. Il n’y avait pas plus lu et écouté que le critique littéraire, dit la préface. Chestov s’inscrit dans ce mouvement. Il commente Pouchkine, Tolstoï et Chekhov. Peut-être cherche-t-il ce qui justifie ses opinions ? Comme les pragmatistes américains, auxquels il s’oppose pourtant, il se bat contre deux courants. L’un est l’absurde, l’autre l’idéalisme. Il croit que, certes, la situation de l’humanité n’est pas brillante. Mais il est possible de l’améliorer. Et, probablement, comme il le voit dans la vie de Tolstoï, dans les moments désespérés peut se faire la lumière.

(La Révolution de 17 fut-elle un résultat de cette mission messianique ?)

Kolchak

L’intelligence artificielle, ça marche ? YouTube m’indique une vidéo. C’est un combat naval entre un mouilleur de mines russe, et un croiseur allemand. En 14. C’est en russe. Mais je regarde. C’est du grand spectacle hollywoodien. On s’y croirait. Du coup, cela m’a amené au film, aussi sur YouTube. Toujours en russe. Mais ne pas comprendre une langue ne nuit pas au spectacle. Au contraire. 
En fait, c’est l’histoire de l’amiral Kolchak, un des chefs de l’armée blanche. Je l’ai croisé en terminale, en cours d’histoire. En lisant sa fiche wikipedia, j’ai découvert qu’il avait été un héros. Il s’était distingué, très jeune, dans des explorations arctiques. Puis, pendant la guerre de 1905, contre les japonais, durant laquelle il avait coulé un croiseur japonais, puis en 14, à chaque fois en faisant preuve d’un courage exceptionnel. Ce n’est pas un profil ordinaire pour un général de la guerre de 14, tous camps confondus. 
Comme la France de la 3ème République, la Russie semble vouloir se réconcilier avec son passé. Et ce passé est fait de Rouges et de Blancs. Des hommes qui se sont battus, et qui ont souvent péri, pour des idéaux. 

Dans la tête de Vladimir Poutine

Qui sont les philosophes qui influencent Vladimir Poutine ? Ce livre est une occasion de découvrir quelques penseurs russes connus ou non. Mais M.Poutine ne semble guère influençable. Il cherche un fondement idéologique à une Russie qui n’a plus de repères. Et il pioche à droite et à gauche ce qui lui paraît utile. Apparemment, son idée est que tout ce qui est russe est bon. A condition d’éviter les excès idéologiques. Il tente donc une synthèse des grands thèmes qu’ont agités les penseurs russes, depuis toujours. En particulier, le rôle du peuple russe, et celui de l’Europe, tour a tour adorée et honnie. Il semble aussi faire preuve d’un certain pragmatisme. 

L’Europe est en déclin économique et en décadence morale (…) une petite bande d’ultra modernistes, inspirés par les théories du genre américaines, chercheraient subrepticement  à imposer à la population des changements anthropologiques majeurs.

L’URSS n’était pas un pays, mais un concept. Avec Validimir Poutine, la Russie est à nouveau le nom d’une idée.

En fait, M.Poutine aurait accepté l’économie de marché. Sa stratégie serait d’y réussir à la soviétique. C’est à dire par une forme d’impérialisme expansionniste qui s’appuie sur une doctrine, et des satellites. Cette doctrine, c’est le « conservatisme identitaire« . C’est un retour aux valeurs fondatrices de la nation (des nations, en général). C’est le rejet du « libéralisme » au sens contre-culture américaine, maintenant dominante. C’est aussi le désir de régénérer l’Europe. Et les satellites ? Ce sont les partis populistes. Mme Le Pen a remplacé M. Thorez. 
(ELTCHANINOFF, Michel, Dans la tête de Vladimir Poutine, Babel, 2016.)