Nikita

Nikita Khroutchev fut exceptionnel. Ce fut le seul dirigeant soviétique sans bagage intellectuel initial (Staline était un séminariste). Et ce fut le seul, avec Gorbatchev, a être renversé. D’ailleurs, peut-être ressemblait-il à ce dernier ? Lui aussi semblait aimer la paix, et avoir de bons contacts avec l’Occident. Curieusement on a aussi parlé d’un moment de « dégel », et il a libéré les prisonniers politiques et lancé la carrière de Soljenitsyne.

Lui-même avait fait une carrière impeccable, du bon côté des purges. C’était un homme du peuple qui était toujours resté sur le front, quel qu’il soit. Contrairement aux membres de l’appareil du parti. Et peut-être qu’il a fini par comprendre que le pays était gouverné par la terreur, et qu’il n’était plus possible d’aller plus loin dans cette voie. D’où la dénonciation de Staline (dont, par ailleurs, il aurait pu être la prochaine victime).

Pourquoi a-t-il été renversé ? Des réformes malheureuses, dit-on. Peut-être aussi était il un homme du peuple qui croyait au potentiel de son pays ? Contrairement à ses prédécesseurs et ses successeurs il s’est jeté la tête la première dans l’agriculture, un sujet qu’il semblait connaître en expert. Et le résultat n’a pas été celui qu’il escomptait. Mais, peut-être surtout que l’appareil du parti s’est senti menacé par ses réformes ? (Aurait-il découvert que c’était cet appareil qui grippait la transformation de l’URSS ?)

Le seul moyen de le transformer était-il la purge stalinienne ? L’émission qui racontait sa vie laissait entendre que c’était plus « le système » qui avait fait Staline que le contraire.

(Khroutchev aurait suscité la méfiance des communistes occidentaux et surtout des Chinois, qui, déjà ? lui préféraient Staline.)

Isaac Babel

Vernis culturel. Babel est un nom qui revient souvent lorsque l’on parle de Russie stalinienne. Ce fut un de ses génies littéraires et martyrs. C’est d’autant plus impressionnant que l’on imagine que, comme pour Kafka, on ne peut rien saisir de son oeuvre si l’on ne comprend pas sa langue.

En écoutant une émission, j’ai cru comprendre qu’il avait un grand talent d’observateur et beaucoup d’humour. Il aimait le régime sans pour autant lui sacrifier son art. Il écrivait ce qu’il voyait, atrocités comprises. Ce qui a été accepté au temps de Lénine et tant qu’il a été protégé par Gorki. (D’autant plus que les intellectuels étaient des trésors nationaux pour la propagande soviétique ?) Mais pas à l’époque de Staline. Il a été victime d’une purge.

Son histoire ne fut-elle pas celle du Russe ? C’était une célébrité internationale. Il voyageait où il voulait. Il aurait pu fuir l’URSS. Mais sans URSS, il n’y avait plus d’oeuvre. Seulement, pourquoi a-t-il commencé par approuver les purges et dénoncer leurs victimes ? Une vie à la merci du bon plaisir du prince : le propre de la culture russe ?

Georges Nivat

Georges Nivat ou le représentant de l’universitaire d’un autre temps ? Un universitaire qui mettait vingt ans pour écrire une thèse, et qui s’emparait tellement de son sujet qu’il s’identifiait à lui.

Dans son cas, c’était la culture russe. Il est d’ailleurs représentatif d’un autre phénomène curieux, qui ne lui est pas propre : il en est arrivé à donner aux natifs des leçons sur leur propre culture.

Joueur d’échecs de Zweig ? Effet pervers ?

Qui veut faire l’ange…

PINCH ME: Even for journalists immersed in the wild upheavals of our time, some moments still land with surreal force.

Ghost of war: One such occasion came this week when NATO chief Mark Rutte visited Berlin and essentially warned of World War III, telling an audience that Vladimir Putin’s Russia may be ready to attack the alliance within five years and that Europeans must be “prepared for the scale of war our grandparents or great-grandparents endured.”

‘Extreme losses’: Behind Rutte’s grave warning, there was a simple message: If Europeans don’t do more to help Ukraine stand up to Putin now, things will get much worse later. Or as Rutte put it: “Imagine it: a conflict reaching every home, every workplace, destruction, mass mobilization, millions displaced, widespread suffering and extreme losses.”

Politico Berlin, 12 décembre

Pourrions-nous connaître une guerre mondiale ? La Russie n’a pas la puissance de l’Allemagne de la précédente guerre, et la guerre qu’elle mène face à l’Ukraine n’a rien d’impressionnant. D’un autre côté, l’Europe fait l’unanimité contre elle : Russes, Américains, Chinois, reste du monde, ses anciennes colonies, la haïssent. (Au fond, écraser les faibles est une jouissance ?)

Et la logique russe a toujours été d’établir un cordon sanitaire entre elle et les démocraties. En toute logique, tant qu’elle n’aura pas conquis l’Europe, elle ne sera pas tranquille. Et elle sait l’Europe lâche. Il suffirait de raser quelques villes pour qu’elle fasse allégeance. N’est-ce pas déjà le spectacle que donne l’Europe vis-à-vis de Trump ?

Curieuse histoire, d’ailleurs. L’Europe était prospère et en paix. Elle a été prise en main par des gouvernements qui ont voulu faire encore mieux. Qui ont eu des idées « socialement avancées ». Qui ont proclamé notre culpabilité éternelle… Qui ont voulu être aimés. Et qu’ont-ils obtenus ?

Ukraine

Que se passe-t-il en Ukraine ? M.Trump aimerait s’en débarrasser, pour faire des affaires avec les Russes. Mais les Républicains ne sont pas pro Russes et commencent à manifester leur ennui. Les Ukrainiens sont fatigués, bombardés, mais résistent. Ils sont touchés, au plus haut niveau, par la corruption, mais la justice fonctionne. M.Poutine pense avoir le temps pour lui, et pouvoir asservir l’Ukraine, mais il perd beaucoup de soldats et a du mal à les renouveler, et son économie souffrirait. Il y a des tensions multiples en Europe, entre pays, au sein des opinions, etc.

Qu’en déduire ? L’Europe n’a pas que des failles. Elle se trouve, enfin, en face des erreurs qu’elle a accumulées. Fini l’hybris qui l’a torpillée ? Et la démocratie, paradoxalement, a un avantage sur le dirigisme : elle se renouvelle sans cesse. Elle reste jeune. Mais, bien sûr, il peut aussi y avoir des accidents, et les amis de Poutine, nombreux et bien placés, peuvent prendre le pouvoir. Mais peut-être que, comme disent les partisans de la théorie de la « burning platform », on ne peut changer que lorsque son anxiété de survie est élevée…

Tueur russe

Hasards de wikipedia. Un tueur en série russe. Je me suis demandé : comment peut-on être un tueur en série en URSS ?

Une enfance effroyable, des crimes effroyables, une misère qui fournit des victimes et une police qui a le talent de faire avouer l’innocent ? Curieusement, il aurait pu s’en tirer, s’il n’avait pas craqué en dernière minute, lorsqu’on lui a lu le portrait psychologique du tueur présumé.

On a les tueurs que l’on mérite ?

Les temps sauvages

D’ordinaire je n’ai pas une grande estime pour Joseph Kessel, gloire d’un temps révolu. En fait, je n’aime pas les romans.

Mais ce livre, dont je n’ai entendu que des extraits, n’en est pas un. A la fin de la guerre de 14, l’Etat major allié craint que l’Allemagne ne reconstitue un front en Russie. Il décide d’envoyer des troupes en Sibérie. Kessel est volontaire.

Il découvre une humanité de la fin des temps, l’homme redevenu animal. Le milieu naturel de l’aventurier et de l’écrivain.

Impérialisme russe

La particularité de la culture russe serait que l’impérialisme en est un constituant fondateur. (Concordance des temps.)

Toute la population russe est d’accord sur ce point.

Impérialisme original ? Non seulement il est sans complexe, mais il ne semble pas prendre en compte le colonisé, sinon comme une sorte de sous-homme. Le colonialisme des occidentaux et probablement des Romains prétendait apporter la civilisation ou le progrès, celui des Mongols et des Francs ou des Vikings s’adaptait aux civilisations conquises. Le colonialisme russe, c’est la transformation de l’or en plomb ?

(Le livre de Cseslaw Milosz, dont je parlais il y a peu, n’est pas loin de cette idée : l’intellectuel polonais, alors sous la botte soviétique, se réjouit de ce que son sort va être partagé par la terre entière…)

La pensée captive de Czeslaw Milosz

La Pologne et les pays baltes sous la botte de l’URSS.

Il me semble qu’il y a deux histoires dans ce livre.

D’un côté, celle, effroyable, de la destruction de ces pays, tour à tour par les Allemands et les Soviétiques. Massacres, déportations en masse en Sibérie, extermination systématique des classes jugées dangereuses. Et il y a Varsovie. Le gouvernement polonais en exil joue aux échecs. Il demande à la résistance polonaise de chasser l’occupant, histoire d’être en position de force vis-à-vis des Soviétiques. Mais ce sont justement ces gens, leurs opposants, que les Russes veulent exterminer. Ils laissent donc les Allemands raser la ville, façon Hiroshima.

Une première ? C’est un peuple d’incultes, de rustres, qui impose sa culture à une civilisation avancée et prospère.

D’un autre, il est question des intellectuels. Pour les Soviétiques, ils jouent un rôle essentiel. Ils les cultivent avec adresse. Et tous, quelle que soit leur origine, retournent leur veste. Ils y gagnent de magnifiques situations. Parmi tous les intellectuels, le plus ridicule est l’occidental, le compagnon de route du communisme. L’homme de l’est se demande, avec une sorte de stupeur incrédule, comment on peut être aussi niais.

L’auteur, qui était un privilégié, a fait défection. Il semble chercher à s’en excuser, par des raisonnements compliqués qui font un étrange contraste avec l’horreur du drame. Décidément, le destin de la pensée d’un intellectuel est d’être captive ?