Responsabilité sociale des entreprises

La loi dite « OMNIBUS » a retiré au « pacte vert européen » l’essentiel de sa substance. En particulier l’obligation de produire un rapport de « durabilité » dit « CSRD » ne s’étend plus qu’à un petit nombre d’institutions, qui pour la plupart l’avaient déjà fait. Pour les autres, il a été remplacé par une procédure simplifiée, volontaire.

En fait, il n’est pas certain que cela change grand chose. Depuis le début le « pacte vert » joue sur le levier financier : si vous ne pouvez pas faire la preuve de votre « vertu », vous n’avez pas de financement. Les banques imposent cette règle. Et les grandes entreprises font de même avec toute leur chaîne de fournisseurs.

Le changement est ailleurs. Il concerne la perception que nous avons de cette information « extrafinancière ». Aujourd’hui elle souffre de son association avec un courant idéologique qui s’est fait beaucoup d’ennemis. Or, il s’agit réellement d’un travail, vital, concernant la « durabilité » de l’entreprise, au sens propre du terme. Il la force à envisager, ce qu’elle ne fait jamais, l’avenir et la solidité de son modèle économique. Alors, elle découvre, comme disent certains, que « 80% de sa valeur n’est pas dans son bilan ». Bref, elle doit faire, pour la première fois, un travail de stratégie, sur les risques et les opportunités, les forces et les faiblesses, et sur le plan d’action qui doit en résulter.

C’est aussi un changement massif pour l’expert comptable. Au lieu de se contenter de « regarder dans le rétroviseur », ce qu’on lui reproche et qui a peu d’intérêt, il doit aider l’entreprise à se projeter dans l’avenir. Avec tout ce que cela signifie de provisions et autres conseils de bonne gestion.

Agences et changement

Pourquoi notre Etat compte-t-il autant d’agences ?

L’idée vient, quasi certainement, de Margaret Thatcher. Elle les a utilisées pour réformer son pays. L’agence a un objectif précis. Elle ne se préoccupe pas de systémique. Résultat : en poursuivant son objectif, elle fait exploser le système. Ce qui était l’objet de Margaret Thatcher.

La technique n’est pas neuve. Aristote en parle déjà.

Et les ONG sont construites sur le même principe.

La RSE est l’exact envers de cette idée. Il s’agit de prendre en compte l’intérêt général, dans toute sa complexité.

L’histoire n’est qu’oscillations ?

Bernard Arnault

Good, bad billionnaire de BBC5 parlait de Bernard Arnault.

A sa sortie de polytechnique, son père lui fait don de la société familiale de BTP. 1000 personnes. Beau départ dans la vie. L’assurance n’attend pas le nombre des années. Après tout, il est polytechnicien. Il la transforme en société immobilière. A l’arrivée de la gauche, il émigre aux USA. Mais y fait un flop. Il n’a pas compris le marché. Le tournant de sa carrière est la reprise du groupe Boussac, qui embarrasse le gouvernement de l’époque. Contrairement à ses engagements, il licencie en masse. Et il le vend par appartements. Il fait de gros bénéfices. Puis il est appelé en ami par le groupe LVMH. Le loup est entré dans la bergerie.

Mais, on n’attendrait pas cela de l’austère et cassant polytechnicien : il a aussi beaucoup de flair. Il exploite les modes. Non seulement il perçoit, avant tout le monde, ce qu’il peut tirer du nouveau riche asiatique, mais il sait aussi exploiter la société des réseaux sociaux en associant ses marques à des célébrités montantes. Et il sait choisir des créateurs brillants et des dirigeants compétents.

Il semble aussi avoir perçu, avant beaucoup, que le marché avait de grosses défaillances. En particulier, qu’il est incapable de comprendre que le tout vaut plus que ses parties. Le groupe de Bernard Arnault, en conséquence, ressemble à Beaubourg : on en voit les organes. C’est une fédération de marques.

On peut aussi penser qu’en en faisant un produit de consommation pour oligarque, il a vidé le luxe français de son âme. Mais cela, c’est le propre du milliardaire : son innovation est bien souvent un tour de passe-passe ? C’est ce que la RSE peine encore à saisir ?

Loi PACTE

Récemment, j’ai eu à relire la loi PACTE, de 2019.

J’ai regardé ce qu’en avait dit quelques journaux : fourre-tout ! Et, effectivement, qui en retient quoi que ce soit ?

Mais en regardant de plus près, j’ai vu autre chose. L’idée que l’on avait une idée fausse de l’entreprise. Voici, en substance, ce qu’il me semble y voir. L’entreprise n’est pas marxiste. C’est un être estimable, dont on a besoin.

La loi a deux aspects : elle veut libérer l’entreprise des chaînes du coupable, pour qu’elle croisse et embellisse et devienne une ETI qui fait la fortune de l’Allemagne, et elle veut révéler son humanisme : désormais, elle sera « à mission », RSE.

Pourquoi ne pas s’être exprimé simplement ? A bon entendeur, salut ?

(En fait, l’idée qui semble présider à PACTE est apparue dans ce blog, il y a au moins une décennie : elle a émergé à l’époque du libéralisme économique triomphant. Puisque l’entreprise dirigeait le monde, il fallait, aussi, qu’elle en soit responsable. Décidément, notre gouvernement est toujours en retard d’une guerre ? )

Les bénéfices de la RSE

Opinion d’un participant à une formation d’administrateurs indépendants.

C’est le royaume de l’économie tenue par et pour la finance avec tout ce qui va avec et en particulier le dernier truc à la mode : l’engagement RSE que l’on nous explique être la participation volontaire et hautement responsable des entreprises pour sauver le monde… tout en faisant toujours plus de pognon pour les actionnaires… donc si les futurs administrateurs indépendants que nous sommes pouvons en prendre au passage, ce sera parfait, nous explique-t-on doctement !

Sous couvert de l’obligation de parité dans les CA, la promo est constituée à 85% de jeunes et brillantes quarantenaires aux dents très très longues qui vous expliquent sans rire qu’encaisser un max de pognon comme futures administratrices dans les CA des entreprises du CAC 40 est parfaitement compatible avec leurs miraculeuses et nouvelles valeurs environnementales et sociétales, puisqu’elles ne roulent plus en SUV diesel de fonction mais en Tesla électrique et qu’elles sont passées de 10 à 1 livraison Amazon par semaine ; je passe sur leur shampoing solide qui, remplaçant celui liquide sous emballage plastique, va sauver la planète… le monde (de l’Entreprise) va décidément bien mal…

Pays à mission

Et s’il y avait des « pays à mission » comme il y a des « entreprises à mission » ?

« Entreprise à mission » ? Le projet du dirigeant qui n’a pas de projet. Se donner bonne conscience pour pas un kopek, direz-vous. Mais quand on considère la méthode, elle n’a rien de ridicule. Elle part de ce à quoi l’on croit, au plus profond de soi, et des conséquences que cela signifie. Puis, ensuite, il s’agit d’examiner ses actions à la lumière de cette table de lois. Quitte à les faire évoluer, si la rencontre avec la vie révèle quelqu’autre aspiration jusque-là inconsciente.

Ce qu’il y a d’intéressant dans ce concept n’est pas le résultat, mais la démarche. Et surtout ce qu’elle serait susceptible de nous apprendre de nous, et, encore mieux ?, des autres…

(En fait, la France fut un « pays à mission ». C’est le fameux « universalisme » que l’on nous reproche tant.

Michel Winock parlant de Clémenceau et de ce qu’il pensait de la France : « grand peuple, celui qui avait allumé pour le monde entier la torche de la liberté. » « La France, autrefois soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de la liberté, toujours soldat de l’idéal. »

)

En travaux

Quand j’ai vu apparaître les termes de « RSE » et « d’impact », j’ai pensé que c’était des modes.

La RSE, en particulier, a surgi dans la littérature de management anglo-saxonne. Sa raison d’être semblait provenir de ce que, dans un monde libéral, la société était entre les mains de l’entreprise. En conséquence de quoi, cette dernière devait avoir un code de conduite impeccable. (Ou, à l’envers : sans code de conduite, pas de libéralisme.)

J’avais peut-être tort. Tout ceci semble correspondre à une aspiration de la société. Et pas exclusivement des jeunes. La plupart d’entre-nous sont des Messieurs Jourdain de la RSE ou de l’impact !

Paradoxalement, si la croisade libérale a réussi quelque-chose, c’est de rendre l’entreprise omniprésente. L’entreprise, c’est la liberté, me dit-on.

Du coup, l’entreprise est l’agent du changement. Mais elle mène un changement peut-être fort peu libéral. Elle semble vouloir réaliser les « circuits courts » au sens véritable du terme : réinsérer l’homme dans la nature. Ce qui a une signification surprenante : remplacer le fossile par la production du vivant. Or, ce n’est pas qu’une question d’énergie renouvelable, mais aussi de chimie…

Le changement pourrait prendre un tour imprévu.

Renier le passé

Un jeune homme disait : regardez comme j’ai changé. Hier, je parcourrais le monde en colon et en avion, aujourd’hui, je suis une pasionaria de la bicyclette. (Linkedin)

Ailleurs on dévisse les statues des anciens, parce qu’ils ont mal pensé, ou mal agi. Faut-il renier son passé, au nom du présent ? 

Ou reconnaître qu’il n’y a ni bien, ni mal absolus, mais un monde en évolution ? Un monde qui se construit en avançant, et donc qui peut s’égarer si l’on ne s’interroge pas sérieusement à chaque pas qu’il fait ?

Le début de la responsabilité ?

C'est l'idéologie qui fait le clown

Alcatel ou la chronique d’une mort annoncée. Un ami s’y trouvait et me racontait, à chaque fois que l’on se voyait, le progrès du déclin, et ses efforts pour que ses dirigeants ne le précipitent pas par une nouvelle bêtise. Il les appelait « les clowns ». 

Le « fabless » d’Alcatel n’est pas propre à son dirigeant, il illustre la vision « post moderniste » de la France que son gouvernement s’applique à réaliser, avec une détermination remarquable. Notre pays serait-il dirigé par des « clowns » ? 

Qu’est-ce que cela signifie ? Le Français attend tout de l’Etat. Il a tort. Certains parlent de « Grand soir ». Ils croient qu’une idéologie peut en remplacer une autre. Or, c’est l’idéologie qui fait le clown.

Le Français doit tout attendre de lui-même. 

Responsabilité, Solidarité, Exemplarité, dit Dominique DELMAS. 

RSE nationale (suite)

Quelle est la responsabilité du citoyen ? Il doit gérer la « co propriété » nationale. C’est ce que l’on appelle, depuis les Grecs, « politique ». 

Mais comment avoir un impact sur un Etat de 60m de personnes ? Et même sur un village ? Ou encore sur un syndic de copropriété ?

D’abord, il faut chercher à comprendre. La passivité bovine, c’est fini. Il faut avoir une opinion, pour savoir où guider la société. Ensuite, il y a des leviers d’action. Ce sont les réseaux. Toute la question, est d’en trouver un qui convient. Ou de le construire. Et de s’assurer qu’il a une véritable efficacité. Qu’il n’est pas une de ses multiples associations dont le seul mérite est d’avoir donné un titre de président. 

On peut, d’ailleurs, commencer par s’entraîner.  Par exemple avec sa copropriété. 

Principal enseignement : cela demande du temps, beaucoup de temps, et du travail. La responsabilité, ce n’est pas le loisir.