Style Roosevelt

J’évoquais Roosevelt, il a quelque temps. Il avait une façon particulière de prendre des décisions.

Il s’entourait de gens d’opinions très diverses, peut-être les plus diverses possibles. A chacun, il disait que ses idées étaient fantastiques. Puis il décidait. Et, ensuite, il expliquait au peuple, toutes les deux semaines, comment il voyait la situation.

Je n’en sais pas plus sur le sujet. En particulier sur ce qu’il disait au peuple. Mais cela ressemble à ce que les professeurs Kim et Mauborgne ont appelé « fair process ». Ecouter ses conseillers, puis décider, en expliquant sa décision.

Cela me semble la bonne façon de procéder.

Amérique éternelle

Il y a quelques billets, je parlais de Roosevelt et de son émission. Celle-ci me pose, à la réflexion, deux questions.

La crise de 29 fut effroyable aux USA. En outre, je la crois la cause de la guerre de 40. Roosevelt l’attribuait à des financiers irresponsables. Avait-il raison ? Ou y avait-il un mécanisme, tout aussi pernicieux, et propre à la culture américaine à l’oeuvre ? Les mêmes causes pourraient-elles produire les mêmes effets ?

Qu’est-ce qui a remis l’Amérique d’aplomb ? Mes livres de cours disaient : la guerre. Mais ne serait-ce pas plutôt le Plan Marshall ? La reconstruction de l’Occident qui a créé un marché pour les USA ?

Roosevelt a mené une politique contre-culturelle : il a sorti les USA de leur isolationnisme et il a remplacé leur libertarisme natif par la planification étatique, qu’il a étendue au monde.

Il n’est pas certain que cela ait été par grandeur d’âme. Puisque ce dont on avait l’habitude ne marchait pas, il fallait faire le contraire ? L’Américain est pragmatique ?

Yalta

Les dessous de l’histoire sont effrayants, quand on les découvre. A Yalta, le sort du monde est entre les mains de trois personnalités affligeantes.

Roosevelt est au bout du rouleau. C’est un dangereux innocent, qui veut balayer une culture européenne obsolète et installer un ordre mondial américain d’un simplisme consternant. Il croît que Staline, contre quelques concessions, va marcher dans sa combine. Mais Staline est une sorte de paysan madré, un genre de Trump qui fonctionne à l’instinct (et recule devant la force). Il le roule dans la farine. Quant à Churchill, il est vieux, et, contrairement à de Gaulle, il ne croit pas en son peuple. Celui-ci, au mieux, ne peut que résister héroïquement face aux Huns, en attendant les Américains. Il est entre les mains de Roosevelt. Et il se désole de son aveuglement.

(Réflexions venues de La conférence de Yalta racontée par les Dossiers de l’histoire. France Culture.)

The Stalin Affair

Hitler attaque Staline. Quel est le moindre des deux maux, se demandent Churchill et Roosevelt ? Ils choisissent Staline. Un Staline qui, un moment, est prostré tant il est pris par surprise.

On l’a oublié, mais les USA ont apporté une énorme quantité de matériel à l’URSS. Aurait-elle pu résister sans cela ?

La BBC consacrait une série d’émissions aux relations personnelles qu’ont eues Staline, Roosevelt et Churchill, et leurs proches. Cela ressemble étonnamment à ce que dit de Gaulle dans ses mémoires. On est en face de simples mortels. Mais, ce que ne dit pas de Gaulle, probablement parce qu’il est trop bien élevé pour cela, est à quel point ils sont en mauvaise santé. Roosevelt est moribond, Churchill, alcoolique, donne des signes de sénilité. Staline, physiquement, a quelque-chose d’un monstre. Mais c’est le plus habile de la bande.

Sa stratégie est celle de Poutine, et des Tsars : s’isoler en asservissant les nations limitrophes. Roosevelt, que l’émission qualifie régulièrement de « naïf », le laisse faire en échange de son appui contre les Japonais (dont il n’aura pas besoin). Churchill comprend qu’il va se retrouver seul face à Staline. C’est la raison pour laquelle il milite pour que la France de De Gaulle retrouve sa place, et pour que l’Allemagne reprenne rapidement forme.

Ce n’est pas pour autant qu’il ne fait pas preuve d’un rien de perfidie. Comme l’avait vu de Gaulle, il essaie de négocier avec Staline le maintient de l’influence de l’Angleterre sur l’Europe du sud.

L’histoire ne tient pas à grand chose ?

Décolonisation

C’est curieux comme notre société tend à tout rendre confus. La plupart des questions dans lesquelles elle est empêtrée pourraient avoir des causes simples.

Je lis les Mémoires de De Gaulle, et il y parle de décolonisation.

Roosevelt a un plan. C’est déjà la « soft power » de Madame Clinton. Pour lui, les nations européennes sont des « has been ». Elles n’ont rien compris à l’avenir. Cet avenir c’est le mode de vie américain. Il faut leur retirer leurs colonies, pour que celles-ci deviennent des clients des USA.

De Gaulle pense aussi que la décolonisation est inévitable. Mais il aimerait que ses colonies restent associées à la France. C’est une question de culture. Mais plus de rayonnement que de business. Ou même de domination du monde. Il ne semble pas jaloux des colonies des autres : il ne paraît pas comprendre qu’ils ne se défendent pas mieux.

Ce qu’il a en tête n’est probablement pas le Commonwealth anglais. Sans transfert de « savoir-faire », signifiant, au moins pendant un temps, une étroite proximité avec le colonisateur, un ex colonisé ne peut pas tenir sa place dans le monde moderne. La « soft power » n’est pas suffisante. Comme on le constate.

En tous cas, les uns et les autres semblent avoir été guidés par une « certaine idée » du changement, qui n’a pas grand chose à voir avec la complexité du monde ?

New deal

L’histoire semble parfois tenir à un fil. Lorsque Roosevelt est élu, les USA s’enfoncent dans la crise. La démocratie a fait la démonstration de son inefficacité, voire de ses vices constitutifs, le totalitarisme triomphe partout.

Roosevelt dit, en substance : ce dont je suis sûr, c’est que la politique de mon prédécesseur va nous être fatale, je ne sais pas où je vais, nous allons apprendre de l’expérience.

Imaginons que l’on ait été à sa place… N’aurait-on pas tremblé sous nos responsabilités ?

Peut-être, comme tout homme politique, comme tout « leader », se croyait-il infaillible, et immortel ?

(Réflexions venues de The confindence man, une émission sur le New deal de BBC4.)

Through the Brazilian wilderness de Theodore Roosevelt

Un roman d’aventure digne de Jules Verne. 1913, Théodore Roosevelt, qui a quitté quelques temps plus tôt la présidence des USA, s’engage, avec un de ses fils et pour la science, dans la découverte de territoires brésiliens inconnus. Il va notamment mettre sur la carte un affluent (de 1500km) du principal affluent de l’Amazone. L’expédition se fait dans des conditions effroyables, mais avec courage et dignité. Pluies incessantes, attaques de multitudes d’insectes vicieux, noyades dans des rapides, indiens menaçants, mutinerie, malaria… Si j’en crois wikipedia, le président mourra quelques années plus tard des maladies contractées lors de ce voyage.

Théodore Roosevelt est un amoureux fou de la nature et un remarquable écrivain. Rien ne lui échappe. Il décrit la faune et la flore de manière simple et précise. Il fait aussi de discrètes considérations sur la science et la vie. En particulier, il remarque que le comportement des espèces n’est pas génétiquement déterminé. Il semble différer selon les circonstances. Par exemple, dans certains endroits, les pumas sont mangeurs d’homme, mais pas ailleurs. Il montre, encore, que l’animal ne cherche pas toujours à se fondre dans son environnement. Souvent, il fait le contraire. Ce livre est aussi un regard sur la société brésilienne. C’est une société où les races se mélangent. Certes, le colonisateur portugais y a l’avantage, mais ce n’est pas l’Amérique. Surtout Roosevelt y parle du progrès et de la conquête par l’homme de la nature. Finalement, c’est une leçon de vie. Les actes de Roosevelt sont conformes à sa pensée. Pour l’humanité, la science et la gloire ?

Surpopulation = problème du monde ?

Un commentaire pose la question suivante : « je pense que tous les problèmes actuels de la planète viennent du fait de la surpopulation… » C’est un des thèmes qu’a rencontrés ce blog. Tentative de synthèse :

  • La thèse de la surpopulation, malthusienne, revient régulièrement. En particulier aujourd’hui. J’ai cité Les limites à la croissance, mais aussi les travaux de MM.Ray et Séverino. La croissance démographique semble un des moteurs du capitalisme. Un moteur qui pousse au crime.
  • Mais, est-ce vraiment la taille de la population qui est intenable, ou sa façon de se comporter ? MM. Braungart et McDonough montrent que notre développement produit des déchets toxiques. C’est ce qui ne va pas. Mais on pourrait faire autrement. Des travaux plus classiques expliquent aussi, que sans toucher à notre confort, nous pourrions consommer colossalement moins.
  • Dennis Meadows a attiré mon attention sur le concept de résilience. J’en suis arrivé à penser que la résilience est la capacité d’un système à se transformer avec le changement, même s’il est imprévu, à en profiter. La résilience ce n’est pas encaisser sans dommages.  La résilience doit être construite. Un système qui a cette capacité est peut être « apprenant« , pour utiliser un terme en faveur dans les années 90.

Comment construire une organisation apprenante ? Une piste ?

Je crois que si, à la naissance de son enfant, une mère pouvait demander à sa marraine la fée de le doter du don le plus utile, celui-ci devrait être la curiosité. (Eleanor Roosevelt, citée par Jean-Jacques Auffret).

The Economist excommunie François Hollande

The Economist n’a pas de mots assez durs pour condamner les intentions de M.Hollande. En particulier celles qui taxent les grandes fortunes et condamnent les licenciements. Il prédit une fuite des « créateurs de valeur », et un chômage de masse.

Mais peut-on croire l’opinion de The Economist ? Il a été créé en 1843 explicitement pour promouvoir le libre échange (et accessoirement les valeurs de l’élite anglaise). The Economist est un type de journal que nous n’avons plus en France depuis la disparition de l’Humanité des temps héroïques. Or, M.Hollande est porteur de tout ce que The Economist exècre. Son succès serait l’hiver atomique d’une croisade de 170 ans pour la domination de la planète.


Je me permets donc d’émettre d’autres idées que les siennes. En voici deux :
  • Qui ne tente rien n’a rien. Curieusement, le combat de M.Hollande et celui du général de Gaulle sont à la fois donquichotesques et très américains : c’est l’homme porté par ses convictions contre le monde. Or Hollywood nous dit que l’homme décidé gagne souvent et de Gaulle a défait les projets de Roosevelt.
  • Le danger est le dogmatisme. Si M.Hollande nie l’adversaire, il perdra à tous les coups. Il faut « changer pour ne pas changer » : il faut s’adapter pour faire réussir ce à quoi l’on croit vraiment.
Plus concrètement ? L’Allemagne nous prouve que l’on peut être habilement protectionniste et dirigiste. (Et admiré par The Economist.) Il faut jouer allemand. 
  1. Les règles qui gouvernent le monde sont celles de la concurrence et de l’affrontement (« la France n’est pas compétitive »). Il faut passer à l’entraide. Mais pour modifier le jeu mondial, il faut une coalition. Dans ces conditions, le rôle de la France, Rantanplan arrogant et ridicule, est extrêmement difficile. Celui de l’Angleterre, diviser pour régner, beaucoup plus simple.
  2. M.Hollande a des atouts. Comme le note d’ailleurs The Economist. Les grands patrons français doivent leur carrière à l’administration, il leur est difficile de défendre leur salaire face à un État auquel ils doivent tout. En outre, l’Etat français est puissant, nos multinationales en sont dépendantes, il ne serait pas intelligent de le mécontenter.
  3. Quant au blocage des licenciements, il peut se faire habilement, comme en Allemagne. Il faut éviter une provocation gratuite des puissances capitalistes. Mais quel homme politique français peut résister à la tentation d’apparaître en Robin des Bois ?
Compléments :

Founded in 1843 to support the cause of free trade, The Economist is and always has been a publication of sometimes radical opinion with a reverence for facts. It is firmly established as one of the world’s most authoritative and influential publications. (Editorial philosophy | Economist Group)