Charles III

Ne raconte pas ta vie, elle est pleine de trous, me disait ma mère. (Qui passait la sienne à la raconter.)

Eh bien Charles the third, contrairement à ce qu’un Français attendrait d’un monarque, raconte sa vie. Il est affligé par la perte de sa mère, et considère avec un peu d’inquiétude le changement de vie, et les responsabilités, qu’il va devoir affronter. 

Qui voudrait être à sa place ? Son existence est à rebours de celle que nos gouvernements ont rêvé pour nous : après 73 ans de retraite, il entre dans la vie active. 

Charles, décidément, n’est pas français ? Il réfléchit avant d’agir ? Au temps où on parle tant de RSE, sans savoir ce que cela signifie, une leçon de responsabilité ?

Grosse chaleur

Il y a deux décennies, mon travail m’a fait visiter l’Espagne. Un soir j’arrive à Jeres, au sud du pays. A l’entrée de la ville, un panneau indique la température : 42°. 

Paradoxalement, ce que j’ai retenu des 6 semaines que j’ai passées à faire des allers et retours entre la France et l’Espagne n’est pas d’avoir eu chaud en Espagne, alors que je devais porter costume et cravate, et sillonner le pays en voiture, en pleine journée, mais d’avoir eu froid en France. Je me souviens, par exemple, d’un atterrissage à Orly, et d’une température de 12°. 

Ces derniers temps j’écoutais les nouvelles d’Angleterre. La canicule y a battu tous les records : 40,3°. Et Londres a été victime d’incendies spontanés. On parlait aussi de feux dans le sud ouest de la France. Ce qui m’a rappelé d’autres souvenirs : ceux de mon grand père qui avait vu des incendies gigantesques ravager Les landes, après guerre ; et, plus tard, mes vacances dans ces mêmes Landes : les pompiers du haut de miradors y repéraient immédiatement tout comportement suspect. Il n’y avait plus d’incendies. 

Quel est le phénomène qui caractérise le mieux notre temps : le réchauffement climatique, ou l’irresponsabilité collective ? 

Il n'y a que l'intention qui compte ?

Abélard aurait été à l’origine de l’idée que l’intention compte seulement, pas l’acte, lisais-je. 

Ce qui m’a fait penser à un cousin qui a été renversé par une conductrice, qui, découvrant qu’elle était entrée dans un sens interdit, avait fait une brutale marche arrière. Evidemment, aucune intention de nuire.

Heureusement que notre justice ne fait de l’absence d’intention qu’une circonstance atténuante ?

Il est vrai qu’il est difficile d’établir les intentions. Mais, peut-être, savoir que l’on peut être condamné sans même avoir l’intention de mal faire, amène l’homme à éviter de suivre ses impulsions ? Nous ne sommes pas supposés ne pas maîtriser nos actes ? Principe de la responsabilité civile ?

Ma responsabilité est engagée

La France a deux caractéristiques. D’abord, elle concentre tous les pouvoirs en quelques mains. Ensuite, elle possède un système de sélection particulièrement sévère qui ne retient que le plus intelligent.

Or, tout Français constate que ces gens omnipotents et supérieurement intelligents ne font rien. Qui peut faire changer les choses dans ces conditions ? Et si c’était vous ? Et si c’était votre responsabilité ?

Virgin Galactic : confions notre vie à l'entreprise ?

Deuxième fusée privée qui explose. Cette-fois ci, il s’agit de celle de Richard Branson, qui voulait l’utiliser dans quelques mois pour transporter dans l’espace des voyageurs. (La première est ici.)
Etrange ? Donc, le projet était loin d’être au point et pourtant on comptait lui donner tout de suite une application commerciale ! Comme l’histoire du gluten, cela pose une question importante. La capacité à assurer la sécurité collective de l’entreprise est-elle suffisante pour qu’on lui confie une part aussi importante de notre vie qu’on le fait aujourd’hui ? Ne serait-il pas grand temps que la main visible de la société se remette à réguler l’entreprise ?

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Devons-nous confier notre sort à l’entreprise privée ?

Bretigny et systémique

L’affaire de Bretigny (billet précédent) m’a fait penser à un film que je n’ai pas vu. Je ne suis pas sûr que mon histoire soit correcte, mais c’est l’esprit qui compte ! Un homme condamné à l’immobilité donne des lettres à ses amis. Chacun est un élément d’une chaîne qui fabrique et va lui administrer un poison. Mais personne n’est au courant. Ils vont le tuer, sans être responsables de sa mort. 
Je me demande si ce conte systémique n’est pas à l’image de notre société. Elle a été éclatée, si bien qu’il n’y a plus aucune responsabilité. Vraiment ?
Nous ne sommes pas forcés d’exécuter ce que nous dit la lettre. La législation sur les contrats est claire à ce sujet. Un point essentiel du contrat est « l’intention » de chacun de ceux qui le forment. N’en est-il pas de même dans la vie ? Notre responsabilité première n’est-elle pas de nous demander quelle est « l’intention » (éventuellement inconsciente), qui se cache derrière ce que l’on nous demande ?
L’exécutant est coupable de ne pas avoir voulu être responsable ?

Redécouvrons les mérites de la bureaucratie ?

La bureaucratie c’est le mal. Voici ce que répétaient les textes que je devais lire à l’Insead. Et pourquoi je suis surpris de tomber sur un articlequi dit le contraire. Et qui vient du blog de Harvard.
Le mal de la bureaucratie, selon ce billet ? La déresponsabilisation. Mais il est facile d’y remédier.
Ce qu’il y a d’étrange, quand on y réfléchit bien, c’est qu’après des décennies de lutte contre la bureaucratie, on a abouti à des entreprises hyper bureaucratiques. Pourquoi ?

Mes parents étaient des fonctionnaires. Le sens de l’appartenance et du devoir était leur caractéristique. Il en était de même pour beaucoup d’employés des entreprises d’après guerre. Car elles étaient toutes plus ou moins paternalistes. La lutte contre la bureaucratie a été une lutte contre ces humbles. Elle a conduit à les dégoûter de leur travail. Si bien qu’on en est arrivé à une organisation faite d’ordinateurs et d’exécutants. Une bureaucratie. 

Garder le contrôle de son sort dans un monde incertain

Les troubles psychosociaux causés par l’entreprise sont dus à « l’irresponsabilité », explique un de mes cours. Nous devenons fragiles lorsque nous perdons le contrôle de notre sort, lorsque nous sommes en situation d’irresponsabilité. Oui, mais nous n’avons aucune maîtrise des événements, me dit-on !

J’ai trouvé une réponse qui satisfait mes interlocuteurs. Bizarrement, elle vient d’une méthodologie de conception destratégie que j’utilise depuis une bonne quinzaine d’années. Elle dit ceci :

Quand vous êtes face à un environnement incertain, pensez à trois techniques :
  1. Modifiez l’avenir à votre avantage.
  2. Développez vos capacités d’adaptation.
  3. Acquérez des compétences qui pourraient vous être utiles au cas où. (Stratégie dite de « l’option ».)

En fait, elles sont complémentaires, et doivent être utilisées ensemble. Voilà l’application qu’en font les gens à qui j’en parle :

Modifier l’avenir à son avantage
Ici, il s’agit essentiellement de se faire des amis, si possible puissants. Ou d’utiliser ceux que l’on a, à bon escient. De cette façon, on peut voir arriver beaucoup d’événements bien avant qu’ils ne nous surprennent, s’y préparer, et éventuellement les orienter dans une direction favorable.
Ce n’est pas pour autant que l’avenir sera parfaitement stabilisé, mais il y aura beaucoup de mieux.
Développer ses capacités d’adaptation
Il est curieux à quel point nous sommes contraints. Nous avons très peu de temps pour faire autre chose que ce que nous faisons ordinairement, et nous avons une vision étroite de qui nous sommes. Si vous êtes ligoté par votre train-train, vous ne pouvez que subir, et souffrir.
L’incertitude exige, au contraire, d’avoir du temps libre. Pour pouvoir écouter son environnement, y voir apparaître des signaux annonciateurs de changement ; et pour pouvoir réagir.
Au début d’un changement, j’annonce à mes clients qu’ils doivent dégager 50% de leur temps pour s’occuper d’imprévu. Ce qui les surprend.
Apprendre
La troisième tactique est la plus compliquée à mettre en œuvre. Que doit-on apprendre ?
Il me semble qu’il faut faire comme l’entrepreneur. L’entrepreneur navigue dans le plus complet incertain. Or, il n’a pas de réelle stratégie, il saisit sa chance. Il a « envie » de faire des choses et il les fait. Et à force d’accumuler des savoir-faire il parvient à une masse critique d’où sortent une nouvelle idée, un nouveau marché, et une nouvelle entreprise. En environnement incertain, l’homme doit probablement chercher à s’enrichir en permanence.
Il est bon pour la santé d’être curieux ? Au moins, cela donne un sens à la vie : le chaos devient source d’émerveillement.

Les médias sociaux peuvent-ils révolutionner ma communication ?

Le cas. Soit un individu. Que peut-il dire sur Internet ? Que doit-il ne pas dire ? Quelles sont les conséquences d’une prise de parole ? Devons-nous avoir une stratégie de publication sur Internet ?…
Au fond, pour bien utiliser Internet, il faut être responsable au sens de la loi française. C’est-à-dire assumer les conséquences de ses actes.

Attention aux traces ! Tout ce que l’on y publie peut être retrouvé par Google. (Facebook fournit un espace, un peu, protégé.) Les risques ? Multiples et subtils : paraître puéril (le pire ?), diffamation involontaire, révéler ses absences à un cambrioleur, etc.

Mais il y a aussi du positif – tout aussi subtil. Internet nous permet de dire du bien de celui dont on en pense le plus : soi. C’est un moyen unique d’expression de son narcissisme. Mais ce narcissisme, s’il est exprimé intelligemment, peut avoir le même effet que la communication d’une entreprise : il fait de nous une marque, « moi 2.0 ». Pour cela, tout tient à la « manière de le dire ». Ce n’est pas tant le fond qui compte, que sa « capacité à se mettre en valeur ». Nous pouvons tous être séduisants !

Dieu et le sens de la vie

Jeudi matin j’entendais un écrivain portugais reprendre l’idée de Dostoïevsky selon laquelle sans Dieu la vie n’a pas de sens. Je n’en suis pas sûr.

Pour moi le besoin de sens est propre à la raison humaine. Sa caractéristique est de mettre tout en lois. De ce fait, elle a besoin, par souci de cohérence, d’une raison supérieure et bienveillante.

Mais ce n’est pas l’unique moyen de lui éviter la folie. En effet, l’homme crée une société rationnelle, à son image. En tenant compte de quelques contraintes, naturelles, il construit, donc, le sens de son existence. D’une certaine façon, elle ne se justifie pas par son passé, mais par son avenir. Il est responsable de son sort.