Le Conseil national de la Résistance

Le CNR est l’organe de direction de la Résistance. Phénomène unique dans notre histoire : alors que l’on dit que le Français est un farouche individualiste, y étaient représentés tous les partis politiques et tous les syndicats. Et ils ont coopéré efficacement pendant toute la guerre ! Apparemment aucun autre pays n’est parvenu à une telle union. Décidément, la France est un pays surprenant.

S’il est rapidement disparu c’est peut-être qu’il a été victime du Stalinisme. Le Parti communiste a rompu les rangs. (Peut-être, aussi, la paix était-elle favorable au réveil des ambitions personnelles ?) Il a aussi été victime de la clandestinité : alors que de Gaulle était la voix de la France, ses membres avaient dû se cacher pour survivre et étaient des inconnus.

Si l’on prend la révolution française comme métaphore de la révolution qui a été la libération, c’est l’esprit de Valmy, tel que l’histoire la magnifie qui anime les résistants. La libération du territoire et la renaissance de la France démocratique était leur but.

Le CNR a écrit un « programme » dont le but était, justement, de fonder cette France de la renaissance.

Il en a résulté, entre autres, une vague de nationalisations et la Sécurité sociale. Après la crise d’avant guerre, elle était une aspiration universelle. D’ailleurs, elle avait un modèle : le rapport Beveridge, anglais. Mais chaque nation a mis en oeuvre des aspirations communes selon ce que lui dictait sa culture.

Curieusement, le programme est court et se contente, comme la constitution de 1789, de grands principes. On y lit, par exemple, concernant le droit à la retraite : « Une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ». (La définition de retraite a beaucoup évolué depuis lors.)

Mais, comme l’écrit Claire Andrieu, le plus important, certainement, fut l’esprit du CNR :

Ce qui demeure pourtant du programme du CNR, c’est son esprit, celui de la Libération, celui de l’optimisme, du volontarisme et de la solidarité nationale qui ont accompagné la liberté retrouvée. L’idée, enfin, que, face à la misère, le politique doit et peut agir.

Expérience

Germaine Tillion a passé plusieurs années en camp de concentration. Elle a assisté au procès de ses gardes, des SS, qu’elle considérait comme le résultat d’un « dressage ». Soudainement son regard sur eux a changé. Ils étaient privés de liberté comme elle l’avait été.

C’est aussi pour cela qu’elle a déplacé ciel et terre (elle appartenait à de puissants réseaux internationaux de déportés et de résistants) pour faire cesser la torture en Algérie.

Comme quoi, notre comportement dépend essentiellement de notre expérience ?

(Ce fut une résistante de la première heure, d’avant même le 18 juin. Elle a immédiatement trouvé la situation inacceptable et s’est mise à organiser un réseau. On y trouvait de tout, sauf des communistes, qui avaient leur propre orgranisation. A voix nue de France cluture, 1995.)

De Gaulle et la résistance

50 ans après. Rediffusion d’émissions célébrant la libération de Paris. Des témoins sont là. (La plupart sont devenus généraux, entre-temps, avant de consacrer leur retraite à publier leurs mémoires.) Une question se pose à eux : pourquoi de Gaulle s’est-il comporté aussi mal avec les résistants, à cette occasion ? Avec les communistes, on peut le comprendre, et encore, mais avec les modérés ?

Il se révèle qu’il était timide, et même extrêmement attachant, mais qu’il pouvait être blessant et grossier lorsqu’il estimait que des intérêts supérieurs étaient en jeu. C’est ainsi qu’il lui arrivait de traiter Anglais et Américains.

Il se révèle aussi qu’il aurait voulu que Leclerc, donc l’armée, signe seul l’acte de reddition du gouvernement allemand de Paris.

Peut-être avait-il peur que le « système » de la 3ème République (au sens systémique du terme) ne le prenne dans ses rets, et empêche le changement qu’il désirait ? Il n’est pas loin de dire cela dans ses mémoires.

Résistance

Série d’interviews de résistants, dans les années 60 (France culture). Témoignages pour l’histoire.

Réussi ? Ce n’est pas simple de comprendre ce qui s’est passé. Les « témoins » parlent à demi-mot. Difficile de saisir le sens caché lorsque l’on n’est pas un initié.

En tous cas, ce qui est frappant est à quel point il est peu question de De Gaulle. Il était loin de la France ? (Et quelle était sa légitimité ? Il s’était auto proclamé chef de la France. Qui m’aime me suive.)

Un sujet auquel on ne pense pas. Le terrorisme. Fallait-il harceler l’Allemand, quitte à subir des représailles, ou se réserver pour la lutte finale ? Et un argument : si l’on ne s’entraîne pas, on ne sera pas prêts.

Un second argument : les Américains prenaient peu de risques, pour éviter une guérilla urbaine allemande, ils rasaient les villes avant de s’y engager. Il était donc préférable de les libérer, avec les moyens du crû.

Un autre sujet : la peur de la subversion communiste. De Gaulle aurait appelé à l’insurrection populaire, avant de prendre conscience que ce serait celle des ouvriers, dont on avait peur qu’ils soient la cinquième colonne de Staline. Pour autant, ils étaient une force formidable : ils étaient nombreux et entraînés à la lutte des classes. Les Allemands ont hérité du combat entre l’ouvrier et le patron.

La France résistante a vécu entre la menace du Charybde américain, qui voulait en faire un vassal décérébré, et celle du Scylla soviétique.

France unie

Témoignages de résistants de la première heure. Les faits n’ont encore que 20 ans. (Une rediffusion de France culture.)

L’histoire qui se fait n’a rien à voir avec celle que l’on nous raconte. On découvre, par exemple, un de Gaulle désemparé, qui se plaint amèrement aux résistants de l’intérieur qui lui rendent visite. (Spectacle curieux, lorsque l’on pense à la faible espérance de vie de ces derniers.)

Ils découvrent, à leur immense surprise ! que si « en zone libre, la résistance se bat contre Vichy, et, en zone occupée, contre les Allemands, en Angleterre, elle se bat contre les Anglais ». Les Anglais font tout pour torpiller de Gaulle. Quant à Roosevelt, il coopère joyeusement avec Pétain !

Encore plus surprenant, peut-être : cette poignée de résistants venait de « tous les horizons », et pourtant elle est demeurée unie. Un espoir ?

Résistance

Qui furent nos premiers résistants ?

Des individus hétéroclites. Ils ne croyaient pas à la victoire. Ils trouvaient, simplement, la situation inacceptable. Quant à de Gaulle, qu’on ait entendu son discours ou non, il ne représentait rien. Jeune et peu élevé dans la hiérarchie militaire, il prêchait, au mieux, dans le désert. En outre, il avait fait partie du gouvernement de la défaite.

Ils évoquaient aussi les causes de cette défaite, un sujet qui semble depuis avoir été totalement censuré.

Apparemment Pétain accusait le Front populaire. Mais certains de ces résistants soupçonnaient, j’ai fini par penser, surtout l’armée d’avoir collaboré avec l’ennemi bien avant la guerre. Ne se serait-elle pas pas préparée pour punir ceux qu’elle considérait comme ses ennemis ? Est-ce aussi pour cela que Pétain a accepté précipitamment une reddition honteuse, alors que l’empire français aurait pu continuer la lutte, comme le fit l’Angleterre, et peut-être avec des moyens qu’elle n’avait pas ?

Cette histoire fait penser à Trump. Il semble avant tout vouloir se venger d’une partie de son peuple. Y a-t-il des moments où une société se dérègle dans un affrontement entre « élite » intellectuelle d’un côté et forces réactionnaires de l’autre ? (Le fils contre le père ?) Une sorte de réflexe suicidaire ?

(France Culture : La résistance par ceux qui l’ont faite.)

Pas de résistance

Je lisais que la presse américaine s’étonnait qu’alors que la première présidence Trump avait été traitée par la dérision, il n’y ait aucune résistance, cette-fois.

Une hypothèse tirée des observations de ce blog :

La plupart des mouvements de foule ne sont pas spontanés, ils sont organisés. Comment ? cela demeure un mystère. En tous cas, ils semblent aux mains d’un « microcosme ». Or, je soupçonne que celui-ci a été sévèrement ébranlé par la victoire de Trump. Autre possibilité : ses moyens d’actions sont devenus impuissants.

Bien sûr, il y a des exceptions. Les « gilets jaunes », par exemple. Peut-être aussi ce que l’on appelle le « populisme ». Il me semble qu’alors sont en jeu des intérêts vitaux, voire des valeurs communes. Peut-être est-ce la « société » qui réagit ?

(Ce qui pourrait signifier que ceux qui subissent sans réagir, comme les Palestiniens ou Libanais, ne sont pas, au fond, une société ?)

Céline

Il n’y a pas que la BBC qui sache raconter des enquêtes. L’émission Une histoire particulière de France culture est partie à la recherche des papiers de Céline.

Quand Céline fuit l’épuration, il laisse derrière lui les ouvrages auxquels il travaillait. Il dira ensuite qu’on les lui a volés. Depuis, on les cherche. Et on vient de les retrouver.

France culture a fait de l’Agatha Christie. Tout du long de l’émission, l’auditeur était sur une fausse piste. Car, après avoir cru découvrir un trésor, ce dernier comprend que ce travail n’avait aucune valeur pour Céline. Après guerre Céline se voulait une victime. Il avait tout oublié de son passé. Il était une oie blanche persécutée par la société. Or, coup de pied de l’âne, son appartement est confié à un résistant modèle. Un humble devenu héros. Et que celui-ci contacte Céline, à son retour en France, pour lui rendre ses documents. Mais comment être une victime, quand un homme qui serait justifié de vous expédier au peloton d’exécution, vous rend votre bien ?

Epilogue : les papiers sans valeur semblent avoir fait la fortune de Gallimard, et, j’imagine, des ayants-droits. Ce qui n’était que justice ?

(Je me suis toujours demandé pourquoi on avait une telle estime pour Céline. J’ai trouvé séduisante sa révolte d’après première guerre. Mais n’était-ce pas une posture ? On dit qu’il était une célébrité. Et son oeuvre d’après guerre, quant à elle, est abjecte. Quant à son style, ce n’est que mécanique.)

Le résistant était-il un terroriste ?

Marc Ferro expliquait que pendant la guerre et longtemps ensuite, on a considéré les résistants comme des terroristes. Il est vrai qu’en représailles, on fusillait des otages. 

Mais n’est-ce pas la règle de la guerre ? Quand un pays bombarde les populations d’un autre pays, ce dernier procède à des représailles, en bombardant à son tour.

Et on peut se demander si la résistance, qui a très peu de moyens, et beaucoup de courage (un résistant n’est pas considéré comme un militaire), ne fait pas bien plus de dommages que l’armée traditionnelle. La résistance espagnole, en particulier, semble avoir beaucoup nuit à l’invincible Napoléon, par exemple. 

Certes, mais une guerre est-elle propice à une pensée rationnelle ?