Régionalisation

Michel Debré et André Chadernagor débattent de notre constitution et de régionalisation. Une particularité de la France est qu’elle désire un pouvoir local, mais veut que tous les Français se trouvent sur un pied d’égalité. Et si la régionalisation devait succéder à la mondialisation ? C’est son antithèse.

Que fut la mondialisation ? Des premiers de cordée fournissant du travail à des domestiques devant traverser la rue pour le trouver ? Centralisation ultime ? Et la régionalisation ? Une copropriété de citoyens ?

Démocratie directe ou communautarisme ? Notre pays est structuré en communes, intercommunalités, départements, régions. La seconde et la quatrième ont le pouvoir économique. C’est aux citoyens de ces collectivités de prendre leur sort en main, de cultiver les talents de leur territoire, d’en faire sortir une industrie prospère et résiliente, non délocalisable. Et de faire pression sur l’échelon supérieur, dont le rôle est la « mutualisation » des moyens.

L’Etat central a en charge, en plus, ce qui concerne l’extérieur. La diplomatie et l’armée. Il doit être maigre. Finis les hôtels particuliers. Tous « sur le terrain ». Les impôts doivent être, d’abord, locaux. Comme le disaient MM.Debré et Chandernagor, la tâche essentielle du président de la République est l’unité du pays. Le reste, en particulier ses excellentes idées, est secondaire. Il doit pratiquer le « changement planifié ». Faire émerger la « volonté générale », et la réaliser. Ce qui exige du talent. (Travail de « poète et de plombier », selon l’expression de James March ?)

Et l’égalité ? Chaque communauté est stimulée par l’exemple des autres. Elle veut faire mieux qu’elles. Le territoire s’aménage en tirant le maximum de ses atouts. Dans l’intérêt général, les institutions communes doivent être là où elles sont le mieux, ce qui peut favoriser certains territoires. Aux autres de chercher comment exploiter au mieux cette implantation, sans demander de compensation : plus d’assistanat.

Alors, tous membres d’une équipe ? Selon Fernand Braudel, la France a été ou est constituée d’une multitude de communautés ancrées dans un territoire. Seulement, ces communautés, tournées vers elles-mêmes, défendaient leur identité. Parce que leur environnement était hostile ? Qu’il devienne fraternel et elles se tourneront avec optimisme vers l’avenir ? Un changement qui doit venir de vous et de moi ?

Vive le régionalisme ?

Le dirigeant du pôle de compétitivité véhicule du futur me disait que, ne comptant plus sur l’Etat, ses membres ont décidé de prendre leur sort en main (un billet précédent). Voilà une bonne nouvelle !

Et si les Régions faisaient de même et devenaient les poids lourds du régime ? Elles sont conçues pour être des Etats. Idem pour les intercommunalités.

Président de Région, un bon moyen, pour un politique, de prouver ses compétences ? Un tremplin ?

Mille feuille

J’ai découvert récemment le « mille feuille ». C’est ainsi que l’on caractérise l’Etat français. Chaque réforme ajoute des étages à l’Etat, sans en enlever. L’édifice est devenu kafkaïen. Faire la moindre démarche demande du génie, ou rend hystérique.

Cela me rappelle ce que me disaient des Siciliens. Eux aussi ont une bureaucratie kafkaïenne. Mais il y a un moyen de rendre les actes publics instantanés : laisser entendre que l’on connaît quelqu’inquiétant personnage de l’ombre.

Une bonne idée ? Un article en donne une autre. Ne pas toucher à l’existant, on a vu ce qui résultait des réformes, mais reconcevoir le dispositif en partant d’en bas, et, à chaque étage, se demander ce qu’il peut, ou non, faire. L’étage supérieur correspond à ce qui n’est pas possible de faire par l’étage inférieur.

Simple bon sens ? Ou révolution copernicienne ? Car cela renverse la logique française selon laquelle l’inférieur dans la hiérarchie sociale est un assisté sous tutelle.

Réinvention de la France

Le pays semble changer. 

Il est possible qu’un consensus soit en passe d’émerger en ce qui concerne une réelle décentralisation. Celle-ci ne passerait pas par les régions, mais par les « territoires ». 

Parmi les raisons derrière ce changement, il y a le fait que c’est là que se passe l’action. Or, l’appareil jacobin et son « mille feuille » est totalement incapable de comprendre ce qui s’y passe, et de leur apporter les moyens dont ils ont besoin. 

Pourquoi maintenant ? Il est possible que l’événement déclencheur soit la fait que c’est là que se joue la cohésion de la nation. Or, non seulement elle est en mauvais état, mais, surtout, on s’achemine vers un régime de crises qui va accentuer terriblement la fracture. 

Le changement semble mené par les sénateurs

Ce faisant le pays s’alignerait sur les autres nations européennes. La France rentrerait dans le rang. 

Les changements ratés du président Hollande

J’ai trouvé une source d’exemples pour mes travaux sur le changement. Depuis une quinzaine d’années, j’étudie ce que l’on écrit sur les changements que mènent nos gouvernements (ils parlent de « réformes »). Ils illustrent la bonne manière de rater un changement. D’obtenir le contraire de ce que l’on désirait (énantiodromie). 

Je me suis arrêté à François Hollande. Le « changement c’est maintenant » n’a fait apparemment aucune réforme. Il s’est contenté d’attendre un changement du cycle économique. Il ne pouvait rien rater. 

Certes, il y a eu l’aventure du Mali. M.Hollande pensait peut être que, parce qu’il était de gauche, on ne pouvait pas lui reprocher son impérialisme. Une erreur. Mais ce n’est pas une réforme. 

J’ai toujours tort. Il y a eu aussi la « régionalisation ». Il s’agissait, probablement, d’améliorer l’efficacité de l’Etat : moins de régions, suppression des départements (?). Il en a résulté le chaos. 

« les structures de l’Etat sont préoccupantes par leur difficulté à se réformer sans laisser perdurer des structures anciennes et devenues inadaptées au côté des dispositifs nouveaux. (…) La réforme des Régions n’a le plus souvent supprimé aucune structure, mais, au contraire, en a créé d’autres. Et les exécutifs dans les métropoles régionales peuvent être perçus comme auto-alimentés et aussi loin des villes secondaires que Paris ! » (Article.)

Après Les rois maudits, faudra-t-il écrire Les présidents maudits

Solution à la dette : le contrôle de gestion

RFF / SNCF : déjà vu ? Le problème de la France, c’est la dette. Et, j’ai l’impression que, dans les années 90, on a trouvé une idée très intelligente pour s’en débarrasser. La confier à plus faible que soi. Pour cela on a pris l’excuse de la libéralisation de l’économie. Alcatel s’est débarrassé de sa dette sur Alstom. Idem pour l’Etat et les Régions. Et RFF / SNCF, donc. Mais le marché et la concurrence n’ont pas fait à notre place le sale boulot. Au contraire, les nouvelles entités ont accumulé de la dette bien plus vite que les anciennes.
Alors, quel est le problème de la France ? C’est le contrôle de gestion. Nulle part, il n’existe un système qui interdise de dépenser plus que nous gagnons. C’est la contrainte du contrôle de gestion qui est la condition du management véritable. Elle force l’entreprise à être intelligente, à innover, afin de faire mieux avec moins.
C’est vrai pour l’Etat, comme pour les entreprises.