Salon de musique

Dans Le salon de musique, Satyajit Ray montre la chute d’un noble indien. Le noble avait un rôle social. Il était l’assurance du peuple contre les catastrophes naturelles, la crise. Surtout ?, c’était un esthète. Sa vie était une œuvre d’art.

Partout dans le monde, le noble semble ferment de la culture. Partout, la société qu’il représentait est détruite par l’inculture, celle du bourgeois et du colonisateur, chez S.Ray. L’inculture, c’est l’individualisme, négation de la dimension collective de l’existence. L’individualiste utilise sa position sociale à son profit. Il devient un oligarque. Ce qui détruit la société, qui ne peut plus fonctionner, et produit la crise. Or, sans société, rien ne marche.

Le développement durable sous-entendrait-il le communisme ? Communisme au sens originel du terme : auto-contrôle de l’individu, de façon à pouvoir maintenir en fonctionnement le « bien commun » qu’est la société. 

(L’individualisme, agent du changement ? En « détruisant » la société, il la force à se « recréer » autrement. Destruction créatrice. Peut-on changer sans crise ?)

Prospective (suite)

Tentative de prospective, suite. Une théorie qu’aime bien ce blog est celle des Chinois anciens[1]. Le monde passe du Yang au Yin, et inversement. Autrement dit après une phase Yang, individualiste et masculine, le Yin, la société et ses valeurs de solidarité devraient revenir.

Autre théorie, celle d’un retour régulier de certaines caractéristiques du capitalisme. « Quant à croire que la concurrence assurera par la voie naturelle la sélection des meilleurs c’est faire (…) comme un jardinier qui dans son jardin laisserait pousser tout, pensant que les bonnes espèces sauront bien prendre le dessus. Qu’arriverait-il ? il aurait son jardin rempli de ronces et de chiendent. » dit Charles Gide, au Collège de France, il y a 80 ans[2]. Mêmes débats, mêmes arguments qu’aujourd’hui ! L’histoire se répète.

Ce que MM. Ray et Séverino expliquent ainsi[3] : Le capitalisme procède toujours de la même façon. La croissance démographique crée une forme de disette. Les plus avantagés en tirent parti pour accumuler capitaux et innovations. C’est le progrès. Mais la misère conduit à la crise. Elle force à installer des systèmes de solidarité sociale. En créant une classe moyenne, ils relancent la croissance.

[1] JAVARY, Cyrille, Le discours de la Tortue, Albin Michel, 2003.
[2] AUDIER, Serge, La pensée solidariste, PUF, 2010.
[3] SEVERINO, Jean-Michel, RAY, Olivier, Le Grand Basculement, Odile Jacob, 2011.

Surpopulation = problème du monde ?

Un commentaire pose la question suivante : « je pense que tous les problèmes actuels de la planète viennent du fait de la surpopulation… » C’est un des thèmes qu’a rencontrés ce blog. Tentative de synthèse :

  • La thèse de la surpopulation, malthusienne, revient régulièrement. En particulier aujourd’hui. J’ai cité Les limites à la croissance, mais aussi les travaux de MM.Ray et Séverino. La croissance démographique semble un des moteurs du capitalisme. Un moteur qui pousse au crime.
  • Mais, est-ce vraiment la taille de la population qui est intenable, ou sa façon de se comporter ? MM. Braungart et McDonough montrent que notre développement produit des déchets toxiques. C’est ce qui ne va pas. Mais on pourrait faire autrement. Des travaux plus classiques expliquent aussi, que sans toucher à notre confort, nous pourrions consommer colossalement moins.
  • Dennis Meadows a attiré mon attention sur le concept de résilience. J’en suis arrivé à penser que la résilience est la capacité d’un système à se transformer avec le changement, même s’il est imprévu, à en profiter. La résilience ce n’est pas encaisser sans dommages.  La résilience doit être construite. Un système qui a cette capacité est peut être « apprenant« , pour utiliser un terme en faveur dans les années 90.

Comment construire une organisation apprenante ? Une piste ?

Je crois que si, à la naissance de son enfant, une mère pouvait demander à sa marraine la fée de le doter du don le plus utile, celui-ci devrait être la curiosité. (Eleanor Roosevelt, citée par Jean-Jacques Auffret).

Crises mondiales : Malthus avait-il raison ?

SEVERINO, Jean-Michel, RAY, Olivier, Le Grand Basculement, Odile Jacob, 2011.

Le capitalisme procède toujours de la même façon. La croissance démographique crée une forme de disette. Les plus avantagés en tirent parti pour accumuler capitaux et innovations. C’est le progrès. Mais la misère conduit à la crise. Elle force à installer des systèmes de solidarité sociale. En créant une classe moyenne, ils relancent la croissance.

Au 19ème siècle ce mécanisme conduit à une première globalisation, à plusieurs bains de sang mondiaux et à une crise sans précédent.
Aujourd’hui, le surplus de main d’œuvre amené par l’émergence de l’Asie a produit une seconde globalisation, et une explosion des inégalités (au sein des nations). Puis une crise. De nouveau, il faut recréer un minimum de solidarité, avant que l’affaire ne tourne vraiment mal.
Mais, cette fois-ci, les capacités de la planète sont à leurs limites. Nous ne risquons pas une simple guerre mondiale, mais l’extinction de notre espèce
Solution ? Faire le contraire de ce que l’on a fait. Dans notre comptabilité, l’homme est cher et la nature bon marché, sa consommation étant même subventionnée. Il faut inverser les taxes pour donner envie d’employer l’homme et de protéger la nature. Notamment, il faut mettre un terme à une paupérisation volontariste, en réinvestissant dans l’homme, en particulier en le formant. Il faut stopper la globalisation à outrance, en redécouvrant le marché intérieur. La clé de cette réorientation : les services de proximité. Pas de concurrence internationale possible, ainsi, et, par combinaison de qualifiés et pas qualifiés, remise au travail de ces derniers. Exemple : « décarbonisation » de la nation.

Je note que tout ceci nous maintient dans le même système, un peu vicieux. Ne serait-il pas prudent d’en démonter le moteur ? La croissance démographique ? Malthus aurait-il vu juste ?
A moins qu’une répartition équitable des ressources nous enlève l’envie d’une excessive natalité ? Mais quid de l’Afrique, qui n’est pas passée par le même cycle que l’Occident et l’Orient ? 

Et si la démographie expliquait le cours de l’histoire ?

J’ai été surpris par l’argument d’Olivier Ray, l’autre jour. Il reprenait en grande partie l’analyse de ce blog de l’aspect cyclique du libéralisme, mais en ajoutant un élément que je n’avais pas vu : la démographie. Le 19ème siècle comme notre époque ont été marqués par un afflux de main d’œuvre (notamment des pays émergents dans notre cas). 68, par ailleurs, a été le résultat du baby boom.

Il est possible, me suis-je dit, que les structures sociales explosent sous la pression. Du coup, la dimension individuelle de la société prend le dessus. Ce qui fournit un territoire favorable à la fois aux forces libérales (de droite), et libertaires (de gauche). En effet, paradoxalement, elles sont relativement plus solidaires et mieux organisées que la nuée d’individus qui résulte de la dislocation sociale. Et, surtout, elles sont monomaniaques. Il s’ensuit un cercle vicieux, le libéralisme appelant à de plus en plus de déréglementation, et les mouvements libertaires à détruire l’ordre social.
Les libéraux et les libertaires ne sont donc pas la cause de la dislocation sociale, mais une sorte de conséquence. Ce seraient la peste et le choléra, les pathologies opportunistes, d’une société dont le principe est individualiste (cf. « les droits de l’homme »). 
L’individualisme en lui-même n’a probablement rien de mauvais. Ce qui ne va pas est cette dislocation de la maison commune, par exploitation ou destruction. Pour éviter le chaos, il faut recréer l’édifice social, i.e. retendre des liens entre les individus : morale d’entraide, redistribution…
Compléments :

L’inversion des raretés demande-t-elle une remondialisation ?

Il y a eu « inversion des raretés ». Jadis l’homme était rare, les ressources naturelles abondantes. Aujourd’hui, c’est le contraire. En quelques décennies la main d’œuvre disponible à doublé. En même temps, la part de la valeur ajoutée humaine dans le PIB a reculé (de 67 à 57%). D’où précarité, travailleurs pauvres, et inégalités sans précédent. Le mécontentement gronde et demande la protection des frontières. Quant à la nature, ses ressources, dont on fait un gaspillage invraisemblable, sont à la limite de l’asphyxie, comme l’avait prévu le Club de Rome.

L’erreur ? Le monde n’a eu qu’une préoccupation : l’économie. Aujourd’hui, elle se fissure sous les coups de boutoir du social. Elle a besoin d’être tenue par les piliers environnementaux et sociaux. Le salut ne peut passer que par « un grand basculement », une « remondialisation » qui transforme la logique de nos modèles de développement. Il faut renverser l’assiette des impôts, du travail vers les ressources naturelles. Il faut « redistribuer », des gagnants vers les perdants, mais à l’échelle du monde. Ce qui signifie pour certains (la Chine) passer de l’investissement productif à la solidarité sociale et pour d’autres, sortir du modèle néocolonialiste d’aide aux pays pauvres. D’où, aussi, nécessité d’une gouvernance mondiale renforcée à laquelle doivent participer les pays émergents.

En fait, l’histoire se répète. Le 19ème siècle a connu la même arrivée massive de main d’œuvre. C’est alors qu’ont été inventés les régimes sociaux, pour désamorcer cette bombe sociale. Mais le changement sera difficile. Nos gouvernants s’agitent dans un mouvement brownien local, court-termiste et populiste. D’ailleurs, les élites mondiales profitent magnifiquement de la situation. Elles ont tout intérêt à la pousser à l’absurde.
Le nom de notre avenir ? « Les trente soucieuses. »
Voilà ce que j’ai retenu d’une présentation par Olivier Ray de son livre, coécrit avec  Jean-Michel Sévérino, Le grand basculement : la question sociale à l’échelle mondiale, chez Odile Jacob. Il était l’invité de L’association nationale des Directeurs Financiers et de Contrôle de Gestion (DFCG).

Compléments :

La fureur de vivre

Film de Nicholas Ray, 1955.

Au fond, c’est un film pour ado. Révolte (bien élevée) contre le mode de vie bourgeois des années 50. Envie d’aventure. Idéal ? Montrer que l’on est un homme à ses copains, et trouver une compagne (ou un compagnon). Heureux les adolescents d’avoir des rêves aussi simples ! (Ont-ils toujours de telles aspirations ?)

Par ailleurs, Rebel without a cause semble un titre plus approprié, et j’ai été surpris par la ressemblance entre Brad Pitt et James Dean (que je n’avais jamais vu dans un film).